L’information a officiellement été révélée par Moscou via sa très sérieuse agence de presse TASS. Entre ce lundi 13 et ce mercredi 15 mai 2019 une cinquantaine d’avions et d’hélicoptères militaires russes a participé à un exercice aéronavale au-dessus de la Mer Noire et de la presqu’île de Crimée. Le but était de s’entraîner à empêcher un débarquement de forces ennemies, soutenu par un ou plusieurs porte-avions et porte-aéronefs. Bien entendu chacun aura compris que les forces de l’OTAN et plus particulièrement l’US Navy étaient visées.

Le scénario de base était qu’une force internationale hostile à la Russie décide de faire débarquer des troupes amphibies en Crimée, tout en larguant en même temps des forces aéroportées. Et la Russie répondait avec l’envoie massif d’avions et d’hélicoptères afin de rejeter à la mer l’envahisseur.

Pour s’assurer la maîtrise du ciel l’aviation russe a fait prendre les airs à une dizaine de chasseurs Sukhoi Su-27P et Su-30SM dont le rôle était d’abattre la chasse embarquée ennemie. La supériorité aérienne de ces deux modèles d’avion était (toujours selon le scénario d’origine) la clef face à une aviation alliée connaissant mal la région.
Ils étaient guidés dans le ciel via un Beriev A-50 assurant également le commandement aéroporté. Quatre avions ravitailleurs Ilyushin Il-78 assuraient eux le transfert de carburant aux avions de combat.

Dans le même temps l’aviation et l’aéronavale russes organisaient une riposte armée à l’aide d’une vingtaine d’avions de pénétration Sukhoi Su-24M et Su-34, protégés dans le ciel par dix Su-35. Autant le dire une force d’attaque particulièrement puissante. Et là encore les forces alliées étaient balayées par la puissance de feu russe et la détermination des équipages.
Une seconde vague répressive était lancée via une douzaine d’hélicoptères Mil Mi-35 assistée de quelques Kamov Ka-52 dont la mission était d’attaquer au plus près les troupes ennemies ayant pris pieds sur le sol criméen. Une escadrille de Sukhoi Su-25 étaient quant à elle engagée pour détruire les blindés débarqués sur les plages et dans la ville mais également pour couler les navires de guerre amphibie.

Durant les différentes phases de l’exercice toutes les procédures ont été respectées à la lettre, selon le scénario bien entendu. Ce qui est original c’est qu’à un moment les avions russes se sont vraiment retrouvés aux abords d’un bâtiment de guerre de l’US Navy. Deux Sukhoi Su-24M ont en effet survolé le destroyer USS Ross, mais sans que cela ne crée un incident diplomatique comparable à celui de l’USS Donald Cook en avril 2016. Cette fois ci le commandant du navire américain savait que la Russie menait à proximité un exercice aéronaval. Lui continuait sa patrouille sur les eaux internationales de la Mer Noire.

On peut d’ailleurs se demander jusqu’à quel point un tel exercice est crédible. Quelque points semblent incohérents :

  • Le premier, et non des moindres, est qu’actuellement l’hypothèse d’un débarquement des troupes de l’OTAN en Crimée semble complètement fantaisiste. Même si l’organisation atlantiste ne reconnait toujours pas l’annexion russe de ce territoire ukrainien (pas plus d’ailleurs que l’ONU ou encore 95% de la communauté internationale) elle n’a pas dans ses cartons un projet de libération par la force de cette presqu’île.
  • Le deuxième est que même si un tel déploiement était décidé par l’OTAN il ne se limiterait sans doute pas à un simple débarquement. Il serait sans doute précédé d’une série de frappes tactiques justement contre les aérodromes et bases aériennes russes aux abords de la Crimée ou sur son sol lui-même. Avant de plager ses troupes l’organisation atlantiste veillerait sans aucun doute à s’assurer la maîtrise du ciel par l’envoi massif d’avions de chasse, pas uniquement stationnés sur porte-avions. Elle ne laisserait pas ainsi le temps à l’aviation russe de se préparer.
  • Le troisième enfin est que l’aviation russe ne semble pas avoir pris la mesure du renseignement allié. Il est évident qu’avant une telle opération amphibie les forces de l’OTAN enverraient sur zone des drones de reconnaissance, déploierait ses satellites espions, ou encore feraient infiltrer des commandos des forces spéciales.
    Sans compter l’arme cybernétique, les alliés engageraient forcément leurs moyens sur le web et sur les réseaux.

En fait cet exercice ressemble bien plus à un outil de propagande à l’attention des médias et de l’opinion publique qu’à une réelle mise en situation des moyens existant. La Russie de 2019 croit-elle vraiment pouvoir repousser un débarquement allié en Crimée avec moins de 75 aéronefs engagés ? Soyons sérieux.
Du coup clairement oui l’OTAN et plus particulièrement l’Amérique sont visés par cette action militaire. Elle aura au moins eu le mérite pour Moscou de montrer ce qu’elle possède de mieux dans son arsenal. Même si finalement cela a été en assez petit nombre.

Photo © ministère russe de la défense.

 

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7 COMMENTAIRES

  1. Le débarquement Otan est effectivement improbable en Crimée.
    Tout comme une invasion russe des pays baltes, alors que l’OTAN y mène aussi des exercices en vue de repousser une attaque russes, qui n’ont strictement aucun intérêt à envahir des pays européens qui sont des clients pour son gaz.
    Une propagande répond à une autre, et il faut bien un scénario pour s’exercer.

    • A une différence près, c’est que les Russes mènent depuis longtemps dans les pays baltes diverses opérations de déstabilisation et d’intimidation, incitants les autorités de ces 3 pays a demandé le stationnement de troupes de l’Otan en permanence sur leur territoire.

      • Tiens donc, et quelles opérations de destabilisation? Et pourquoi faire? Les pays baltes achètent 100% de leur gaz aux russes, pourquoi les russes auraient intérêt à déstabiliser et se fâcher avec leurs clients?au contraire, bien au contraire.
        Regardez l’hystérie récente de la soit disant Invasion de la Norvège par des espions béluga russes au final …il s’agissait d’un bélouga échappé d’un centre pour enfants handicapé.
        Allons, allons…la politique intérieure balte et la géopolitique us ont besoin d’agiter de fausse menaces russes. L’intérêt des russes est de vendre du gaz à l’europe, l’intérêt des usa est de couper les liens Europe/Russie. C’est à cela qu’on assiste. L’urss n’existe plus, la Russie n’a pas de modèle communiste à propager au monde en concurrence du modèle libéral, il lui suffit d’avoir suffisamment de clients pour vendre ses ressources naturelles et en retour importer ce qui lui manque, bref de commercer, pas de faire des guerre d’agression, pure logique.

        • S’il vous plait Olive et Delaloire, essayez de rester sur le domaine aéronautique et pas sur le terrain politique. D’avance merci.

  2. L’on pourra dire que c’est de bonne guerre, car l’US Marine Corps (visé en filigrane par cet exercice) s’entraine lui aussi -mais bien plus régulièrement- à des opérations de débarquement, que ce soit unilatéralement à petite / moyenne échelle, ou lors d’exercices majeurs de l’OTAN comme Trident Juncture 2018 (qui comptait 50000 participants de 31 nations, 10000 vehicules, 250 aéronefs et 65 navires) simulant grosso modo la défense d’un pays nordique en cas d’agression d’un état voisin.
    Comme quoi les Russes n’ont pas le monopole des scénarii improbables, mais il s’agit là avant tout de communication à destination des populations, et on garde les vieilles recettes héritées de la guerre froide : pour l’OTAN on met en avant la coopération et l’entraide entre états membres en cas d’agression d’un méchant voisin pour se souder autour de l’alliance, côté Russe on misera sur la défense héroïque de la Rodina contre une ingérence armée impérialiste (ou comment rendre légitime la défense d’une zone pourtant annexée armes au poing ^^).

    Je rebondis un peu sur vos 2° et 3° points Arnaud, car les exercices, aussi massifs soient-ils d’un côté ou de l’autre de l’ex rideau de fer, ne peuvent de toute façon pas mobiliser l’ensemble des moyens et services qui seraient déployés en cas de conflit chaud ; cela coûterait bien trop cher. Bref, ils se limitent souvent à certains domaines et n’ont donc pas valeur d’une simulation absolue.
    Alors évidemment, comparer un Trident Juncture à l’exercice russe de Crimée serait bien vain, l’un étant beaucoup plus complexe et complet car mobilisant armées de l’air, de terre, marines et aéronavales durant plusieurs semaines avec de vraies forces d’opposition sur le terrain simulant l’adversaire, l’autre uniquement des aéronefs pendant 3 jours (sans quoi nous sommes d’accord, les aéronefs russes et leurs bases auraient été préalablement attaqués selon la doctrine de pré-strike).

    Mais tout de même… même très spécifique et limitée au domaine aérien (Red Flag ne se limite-t-il pas au domaine aérien également ?), cette démonstration de force -et surtout de coordination- russe est tout de même importante dans le contexte de ces dernières années (et on y a vu pas mal de leurs matériels modernes de première ligne). Rappelons que cette nation agit seule, et que naguère habituée aux immenses manœuvres du temps de l’URSS, ses moyens depuis l’effondrement du bloc de l’Est sont très limités.
    Est-il complet ou militairement crédible ? Non. Comme la plupart des exercices.
    Les forces russes en présence auraient-elles été plus diverses et nombreuses ? Bien sûr (marine notamment).
    L’OTAN aurait-elle réagi différemment ? Évidemment aussi.
    Je trouve pour ma part plutôt impressionnant qu’ils aient monté un tel dispositif, d’une ampleur similaire à certains exercices de l’OTAN de ces dernières années, car il faut le dire, hormis des patrouilles / interceptions / survols plus ou moins agressifs d’un petit nombre d’appareils, ces mobilisations d’ampleur sont peu fréquentes du côté de Moscou (et nul doute que l’expérience récente acquise en Syrie et en mer Noire a été mise à profit). Aux uns et aux autres d’en tirer les leçons, maintenant 😉 .

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