L’information est passée complètement inaperçue dans le microcosme aéronautique français. En cette fin août 2019 l’Armée de l’Air a retiré du service l’Airbus A310-300 immatriculé F-RADA, le premier qu’elle avait mis en œuvre à l’automne 1993. Il s’agissait surtout du premier avion construit par le consortium européen à porter la livrée d’une force aérienne, à une époque où les avions de ligne militaires étaient encore principalement de facture américaine ou ex-soviétique. L’avion est actuellement en cours de démantèlement en Occitanie.

Bien qu’initialement construit pour les besoins de la compagnie aérienne Royal Jordanian Airlines auprès de qui il vola durant un peu plus de six ans c’est bien au sein de l’Armée de l’Air que l’Airbus A310-300 numéro 421 réalisa le plus gros de sa carrière. Il avait donc été acheté d’occasion et après quelques transformations, notamment des travaux de peinture, il entra en service en novembre 1993 sous l’immatriculation française F-RADA.

À l’époque ce biréacteur avait remplacé le plus vieux des quadriréacteurs Douglas DC-8-55 alors en service au sein du CoTAM (pour Commandement du Transport Aérien Militaire) et qui rendait de fiers services. C’est notamment sur ces avions de facture américaine que l’Armée de l’Air avait approvisionné sa base aérienne saoudienne durant l’opération internationale visant à libérer le Koweït du joug irakien en 1990-1991. L’Airbus A310-300 avait donc fort à faire pour tenter de faire oublier ou tout du moins de reprendre efficacement le flambeau de cette machine de légende.

Et en un peu plus d’un quart de siècle le moins qu’on puisse dire c’est que cet avion de ligne a su efficacement devenir un avion militaire. Pourtant sa mission n’était pas différente de celle qu’il réalisait sous les couleurs de Royal Jordanian Airlines. Il transportait toujours autant de passagers et de fret en soute. Sauf que désormais il était servi par des militaires du rangs, sous-officiers et officiers de l’Armée de l’Air. Et qu’à son bord les uniformes étaient fréquents et multiples. Venus de toutes les armées françaises et parfois d’administrations d’état les passagers profitaient du confort assez correct (ça reste un A310 donc la notion de confort est toute relative dès lors que vous dépassiez le mètre 85) de l’avion. Et en presque vingt-six ans de service il en a transporté du monde cet avion, y compris des hautes autorités civils.

Mais surtout le F-RADA fut ni plus ni moins que le premier Airbus militaire de l’Histoire. Avant qu’il ne rejoigne les rangs de l’Escadron de Transport 3/60 Esterel aucun avion produit par consortium Airbus n’avait jamais porté de cocarde de manière opérationnelle. F-RADA est donc à plus d’un titre un avion historique. Et pourtant cela ne va pas le sauver !

Car son dernier vol l’a conduit de l’aéroport Charles de Gaulle de Roissy où il était stationné jusqu’à celui de Tarbes-Lourdes-Pyrénées où il va connaitre ses dernières heures. C’est là chez Tarmac Aerosave qu’il va être littéralement désassemblé. Une manière nettement plus écoresponsable de le désosser plutôt que de l’envoyer chez un vulgaire ferrailleur d’avions comme le font encore trop de pays. Mais le résultat sera le même : le premier Airbus militaire va disparaitre définitivement. Pourtant il aurait été du plus bel effet dans les collections de structures comme Aéroscopia ou le Musée de l’Air et de l’Espace. Mais non le sort en a décidé autrement. Après tout ce n’est pas la première fois depuis 1945 que la France démontre qu’elle ne sait pas gérer son patrimoine aéronautique.

Il reste cependant un espoir. L’empennage de l’avion devrait être déposé et livré à l’Armée de l’Air qui l’exposera sur le site de la Base Aérienne 110 de Creil, laquelle n’accueille plus aucun avion et uniquement des bureaux. Un pis-aller pour ce beau biréacteur au passé aussi prestigieux.

Photo © Keypublishing.

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3 COMMENTAIRES

  1. Bon, pour être franc, cet Airbus a eu une belle histoire, mais n’a rien de prestigieux: ça reste une bétaillère quelconque comme tous ces autobus du ciel. La France a fait pire dans le passé ( et d’autre pays, aussi ) en ferraillant des prototypes ou appareils autrement plus racés…

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