Nommé Ookpik par les Inuits, le Harfang des neiges est un résident représentatif du Grand-Nord. C’est aussi l’emblème aviaire du Québec. À ce temps-ci de l’année, on peut l’admirer dans le sud du Québec car il y migre pour occuper ses quartiers d’hiver pendant quelques mois.

Harfang des neiges

Hormis ce magnifique visiteur hivernal, un inukshuk érigé dans les jardins de l’édifice abritant l’Assemblée nationale du Québec constitue un autre symbole des liens qui nous unissent avec nos 13000 compatriotes Inuits vivant dans les quatorze villages côtiers du Nunavik. Cet inukshuk est d’ailleurs constitué de pierres provenant de chacune de ces communautés dispersées sur ce vaste territoire jadis nommé Nouveau-Québec.

Inukshuk / Édifice de l’Assemblée nationale du Québec

Lors de mes déplacements à l’Aéroport Jean-Lesage de Québec, j’y aperçois à l’occasion d’autres oiseaux du Nunavik, soit ceux d’Air Inuit. Hormis le ravitaillement par navire lors de la brève saison de navigation, la seule façon d’accéder à ces communautés inaccessibles par la route est par la voie des airs. Heureusement, elles peuvent compter sur les vols d’Air Inuit pour s’approvisionner quotidiennement en nourriture et autres nécessités de la vie, tout en permettant aux résidents de se déplacer d’une communauté à l’autre ainsi que vers les centres urbains de Sept-Îles, Québec et Montréal.

Boeing 737-200C / Aéroport Jean-Lesage à Québec

De propriété collective des Inuits du Nunavik, par l’entremise de la Société Makivik, Air Inuit fut fondé en 1978. Pour mémoire, la Société Makivik administre les avantages découlant  de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Signée en 1975, cette convention s’inscrivait dans la volonté du Gouvernement du Québec d’exploiter le potentiel hydro-électrique de cette région. Autrefois isolés et menant une vie de subsistance, les Inuits entraient ainsi dans la modernité… pour le meilleur et pour le pire. La nécessité de liaisons aériennes régulières fut jugée prioritaire et Air Inuit débuta ses activités en 1978 avec l’achat d’un DHC-2 Beaver. Peu de temps après, s’ensuivit l’acquisition d’un DHC-3 Otter et de deux DHC-6 Twin Otter. L’année 1981 fut marquée par la perte de l’avion-cargo C-47 Skytrain immatriculé C-FIRW qui coula au fond du lac Bienville en défonçant la piste de glace sur lequel il roulait. Heureusement les deux seuls occupants de l’appareil s’en tirèrent indemnes.

DHC-6 Twin Otter
Douglas C-47 Skytrain

En 1983, Air Inuit acquiert d’Austin Airways les routes aériennes longeant la côte est de la baie d’Hudson et porte à huit sa flotte de DHC-6 Twin Otter. En 1985, Air Inuit achète son premier Hawker Siddeley 748 pour répondre à la demande croissante de fret  aérien dans la région.

Hawker Siddeley 748

Air Inuit lance un ambitieux plan d’expansion en 1995, et établit ses premières liaisons régulières entre Montréal et le Nunavik avec un appareil Bombardier Dash 8-100. Aujourd’hui les turbopropulseurs Dash 8 constituent le gros de la flotte d’Air Inuit qui en compte une douzaine, dont des Dash 8-100 Combi (Cargo et passagers), Dash 8-300 Combi et Dash 8-300 Cargo.

Bombardier Dash 8-100

Air Inuit aligne également trois bimoteurs Beechcraft King Air 100 ainsi que trois King Air 350, qui sont notamment utilisés pour des vols nolisés et des évacuations médicales.

Beechcraft King Air 350

En 2008, Air Inuit acquiert le premier de ses trois Boeing 737-200C spécialement adaptés aux missions nordiques, dont la capacité d’utiliser des pistes de gravier. Ces 737-200C peuvent transporter jusqu’à 112 passagers ou 14,2 tonnes en configuration tout cargo. Selon les besoins, diverses combinaisons passagers/cargo sont également possibles. Air Inuit possède également un appareil Boeing 737-300 classique.

La mission première d’Air Inuit est toujours d’offrir un service aérien fiable pour les Inuits et autres résidents du Nanvik, mais son offre de services s’est diversifiée au fil des ans afin de générer des revenus additionnels. Mentionnons l’offre de nolisement d’aéronefs auprès des entreprises minières, des agences gouvernementales et du tourisme d’aventures. À cette fin, Air Inuit acquiert en 1988 sa filiale Johnny May’s Air Charters, qui exploite des DHC-2 Beaver et DHC-3 Otter.

DHC-2 Beaver / Johnny May’s Air Charters
DHC-3 Turbo Otter / Johnny May’s Air Charters
DHC-6 Twin Otter

Air Inuit offre également directement de tels services, notamment avec ses propres DHC-6 Twin Otter. Enfin, par l’entremise de sa filiale Nunavik Rotors, Air Inuit offre également des services héliportés depuis 1998 grâce à un appareil Aérospatiale Astar AS350.

Aérospatiale Astar AS350 de Nunavik Rotors

Air Inuit dévoilait en 2011 sa nouvelle image de marque. Typiques de l’art inuit, les oies stylisées qui ornent dorénavant ses avions évoquent les migrations saisonnières de ces voyageuses au long cours. Aujourd’hui, après plus de 40 ans de service, Air Inuit est devenu une société aérienne régionale importante qui compte une trentaine d’aéronefs et plus de 130 pilotes. Près du tiers de la main d’œuvre d’Air Inuit est aujourd’hui constitué de personnes d’origine inuite. Le siège social d’Air inuit, de même que son centre de maintenance, sont situés à Montréal alors que sa base principale au Nunavik est à Kuujjuaq. Malgré le climat fréquemment hostile du territoire où opère Air Inuit, ce transporteur possède l’une des meilleures fiches de sécurité au Canada.

Bombardier Dash 8-300

On est bien loin de l’image caricaturale des Eskimos (nom considéré aujourd’hui péjoratif) habitant des igloos et partant à la chasse en traîneau à chiens ou en kayak. Les maisons chauffées, les motoneiges, les embarcations à moteur et les armes à feu font maintenant partie du mode de vie des Inuits. En appliquant le proverbe «on n’est jamais mieux servi que par soi-même», les habitants du Nunavik ont également fait d’Air Inuit un outil de développement de leur communauté et un transporteur incontournable pour tous ceux désirant s’aventurer dans le Grand-Nord québécois. On ne peut qu’admirer la résilience des Inuits qui conjuguent modernité et traditions. Leur capacité d’adaptation est à nouveau mise à l’épreuve par un phénomène sur lequel ils n’ont aucun contrôle, soit le réchauffement climatique dont les effets se font sentir avec plus d’acuité dans le Grand-Nord que partout ailleurs. Cela va des modifications aux pratiques de chasse de subsistance, jusqu’aux infrastructures aéroportuaires mises à mal par la fonte du pergélisol au Nunavik.

Harfang des neiges perché sur un avion d’Air Inuit
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11 COMMENTAIRES

  1. Superbe article, une fois encore, Marcel. Des Boeing 737-200 en service commercial au Canada en 2020 c’est à peine croyable. J’apprends un truc sur ce coup là. Merci à toi.
    PS : chez nous ça fait longtemps qu’ils n’ont plus le droit de transporter qui que ce soit.

      • Pas faux ça. En même temps beaucoup d’avions sont plus sécurisés que le 737 Max.

        Non chez nous les 737-100/737-200 ne peuvent plus voler pour des raisons environnementales. Leurs réacteurs sont considérés comme trop bruyants et trop émetteurs de gaz à effet de serre. C’est une directive européenne vieille de plus de 20 ans qui avait mis cela en place dans tous les pays de l’UE. D’où ma surprise de voir nos amis canadiens utiliser encore ces vieux jets.
        Ça donne un certain charme à cette compagnie aérienne. 🙂

        • Surnommé le « Jet du Nord », c’est un des rares appareils de sa catégorie à pouvoir atterrir sur des pistes de gravier. En version combi passagers/cargo, il se prête parfaitement aux missions nordiques. C’est pourquoi il est utilisé par pratiquement tous les transporteurs du Grand-Nord. Ces vieux soldats ne sont toutefois pas tolérés pour les liaisons entre les aéroports du sud du Canada.

  2. Très bel article pour moi également. les photos sont superbes. j’ai bien apprécié les couleurs de l’ Astar AS350 qui sont en harmonie avec le Harfang des neiges, merci Marcel !

  3. Pour pouvoir voler dans le grand nord canadien les 737 doivent être entretenu avec beaucoup d amour ! C est limite je pense des avions de collection !
    En tous cas excellent article. Merci.

    • Ce ne sont pas des avions de collection, mais bien des appareils pleinement fonctionnels. Ils sont modernisés : nouvelle motorisation et avionique.
      Malgré leur âge, ce sont d’infatiguables bêtes de somme ! Il font évidemment l’objet d’un entretien minutieux. J’ai eu l’occasion de voler à quelques reprises sur ce type d’appareil. Encore aujourd’hui je m’y sentirais plus en sécurité que dans un 737 Max !

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