L’affaire commence à tourner au scandale en Californie. Ce mardi 14 janvier 2020 un avion de ligne Boeing 777-200ER appartenant à Delta Airlines a du faire demi-tour peu après son décollage et atterrir en urgence sur l’aéroport de Los Angeles. Si cela s’est déroulé sans encombre en revanche sa procédure de vidange de ses réservoirs a causé de graves brûlures à au moins une soixantaine de personnes dont une quarantaine d’enfants et d’adolescents. La Federal Aviation Administration a été saisie de l’enquête, plusieurs familles ayant décidé de se retourner contre la compagnie aérienne.

Pourtant tout avait bien commencé pour les 181 passagers et membres d’équipage du vol DL89. Ce biréacteur long-courrier Boeing 777-200ER devait relier Los Angeles à Shanghai, un vol d’une douzaine d’heures sans escale. L’avion, immatriculé N860DA, a toujours appartenu à Delta Airlines. Il lui a été livré en mars 1999, il s’agit donc d’un appareil vieux d’un peu moins de vingt-et-un ans. Ce qui demeure très correct pour un appareil de ce type.
Il est communément employé par la compagnie aussi bien pour des vols transpacifiques que transatlantiques. Ce 777 est fréquemment aperçu sur les aéroports londoniens et parisiens.

Une vingtaine de minutes après le décollage le commandant de bord annonce une grosse perte de puissance sur l’un des deux réacteurs. Il décide alors de faire demi-tour et donc de rentrer à Los Angeles. Il en avise ses passagers. S’en suit alors une conversation radio avec le contrôle aérien qui lui conseille de vidanger ses réservoirs de carburéacteur tant qu’il est au-dessus de l’océan, afin de ne pas réaliser cette dangereuse manœuvre à la verticale d’une zone urbanisée. Pour une raison encore inconnue le commandant de bord s’y refuse.

Mais à l’approche de l’aéroport de Los Angeles il se ravise. Sauf qu’il est trop tard ! L’avion est désormais au-dessus de la mégapole californienne et de sa très grande densité urbaine. Le commandant de bord décide alors de vidanger en partie ses réservoirs. Il expulse ainsi entre 55000 et 75000 litres de carburéacteur… brûlant. Après une courte phase d’hippodrome l’avion se pose sur la piste à 11 heures 40, en heure locale. Sur le tarmac les services de secours aéroportuaire l’attendent de pied ferme, le pilote réussit à poser son avion sans encombre. Les passagers sont évacués sous l’œil attentif des personnels navigants commerciaux. Tout est bien qui finit bien. Ou plutôt pour les occupants de l’avion.

Car dans la ville de Los Angeles c’est une toute autre histoire. Le standard téléphonique du 911, la plateforme commune d’appels d’urgence de la police et des pompiers aux États-Unis, est saturée de coups de téléphones. Partout dans un rayon d’environ deux kilomètres et demi on signale des victimes de brûlures par hydrocarbure. Et à chaque fois les témoins disent avoir été survolés quelques secondes plus tôt par un avion de ligne. C’est le carburéacteur brûlant du vol DL89 qui fait ses victimes. Les sirènes des ambulances et des camions de pompiers se font entendre partout dans le quartier très populaire de South Gate. Mais surtout plusieurs établissement scolaires sont touchés. Il faut dire que les élèves sortaient de l’école.
Les écoles élémentaires San Gabriel et Tweedy sont les plus sévèrement impactées, avec 23 blessés, l’école privée Park en décompte trois. Le lycée de Jordan High School dénombre seize blessés, dont des ados qui jouaient au basket-ball en attendant l’ouverture de la cantine. Dans les rues aussi il y a des victimes. Un sans-domicile-fixe qui dormait là est retrouvé inanimé par des policiers, avec de lourdes brûlures aux bras et au visage.
Les hôpitaux du secteur voient aussi arriver des gens par leurs propres moyens. Trois heures après l’atterrissage du Boeing 777-200ER la municipalité de Los Angeles fait état d’au moins 62 blessés. Des sources médiatiques parlent pourtant alors de plus d’une centaine de victimes, certaines n’étant pas allées à l’hôpital mais chez leur médecin traitant ou bien dans des dispensaires associatifs. Fort heureusement aucune victime n’est décédée. Mais plusieurs enfants et adolescents garderont des séquelles durant les mois et années à venir.

Alors à Los Angeles l’exaspération monte. Malgré la tentative de communication, assez maladroite reconnaissons-le, de Delta Airlines les familles de victimes ne décolèrent pas. Les parents des enfants et ados surtout réclament des explications. Devant l’ampleur de l’incident et l’indignation qu’il soulève le bureau du procureur de la ville a décidé de saisir la FAA, la Federal Aviation Administration. La puissante aviation civile américaine doit décider d’éventuelles sanctions contre le commandant de bord et/ou la compagnie. D’ores et déjà l’avion incriminé a été cloué au sol, il faut comprendre d’où vient la perte de puissance du réacteur à l’origine du drame. Mais surtout il faut éteindre l’incendie médiatique. Et ça c’est une autre histoire.

Photo © Agence France Presse.

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8 COMMENTAIRES

  1. Bonjour,
    « C’est le carburéacteur brûlant »
    Ce carburéacteur a occasionné des brûlures parce qu’il était à une température élevée ou du fait d’une réaction chimique sur la peau ?
    Cordialement

  2. Bonjour,
    Une question de débutant :
    Pourquoi le carburant était-il brûlant ?
    Quel besoin de chauffer 75000 litres de carburéacteur ?
    Et puis carburéacteur = kérosène ????

    Merci d’avance pour vos explications

  3. Il serait intéressant de savoir pourquoi le pilote a refusé de vidanger au-dessus de l’océan plutôt qu’au-dessus d’une ville. Peut-être a-t’il eu des consignes de sa compagnie de vider le moins possible (économies oblige…) et s’est planté dans ses calculs, avant de se rendre compte de son erreur ? Dans tous les cas, c’est une erreur qui n’est pas acceptable.

  4. Peut-être que par le terme « brûlant » Arnaud voulait tout simplement dire « corrosif » ou « irritant » et non pas brûlant au sens chaud.
    L’action se passe aux États-Unis et surtout a Los Angeles, on peut donc s’attendre à ce que les familles demandent plusieurs millions de dollars de dédommagement.

  5. Il me semble qu’une partie du carburant sert a refroidir certaines partie de l’avion, ça expliquerait la température du carbu ejecté

  6. Il n’est sans doute pas conseillé de prendre un bain au kérosène, mais je ne pense qu’un simple contact cutané forcément passager (parce que recevant ces gouttes désagréables venues du ciel on les essuierait rapidement), puisse provoquer autant de réactions graves, Donc le carburant en question devaient être en effet « brûlant » à cause de sa température. Pourquoi ?

  7. ou, il n’ose pas larguer son carburant ( brûlant ) au-dessus de la mer, question de ne pas polluer cet océan, tout de même 75000 litres.Une somme!!

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