Il y a encore quelques années cela relevait du fantasme ou du serpent de mer. Les déclarations officielles d’un officier français fin février ont relancé la possibilité que notre Armée de l’Air se dote d’ici quelques mois d’exemplaires du célèbre birotor en tandem construit par Boeing Vertol. Et clairement les militaires français lorgnent vers la version dédiée aux opérations spéciales. Avant cela deux appareils devraient être testés par la DGA Essais en Vol.

C’est le colonel Bruno Paupy, de la division des plans de l’Armée de l’Air, qui est à l’origine de cette effervescence. Et soyons honnête, sans la presse spécialisée britannique, nous serions passés totalement à côté de sa déclaration faite fin février 2020 à Londres. L’officier français y indique que désormais l’Armée de l’Air ne tournait plus le dos à une éventuelle location d’hélicoptères du type Boeing Vertol CH-47 Chinook.

Mais au fait pourquoi les louer et pas les acheter ?
Car dans l’état actuel du Livre Blanc de la défense ces hélicoptères lourds de facture américaine ne sont pas prévus dans les plans. Or le recours à une location permettrait de contourner légalement ces dispositions sans risque de froisser trop les parlementaires. Une fois l’échéance du Livre Blanc passée, à l’horizon 2025 une acquisition serait parfaitement envisageable.

Toutefois celle-ci ne pourra se faire qu’en minimum trois temps. Le premier sera la location de deux hélicoptères servant aux tests réalisés par les équipes d’ingénieurs et de techniciens de la DGA Essais en Vol (ex-CEV) dans les conditions de mise en œuvre future par l’Armée de l’Air. Le deuxième temps sera donc la location d’un petit lot d’hélicoptères, certainement au standard CH-47F permettant l’intégration de ce nouveau genre d’appareils dans l’organigramme de l’Armée de l’Air. Et le troisième temps enfin sera la négociation de l’achat d’une lot d’une dizaine voire d’une douzaine d’hélicoptères neufs spécialement dédiés. Et dans ce cas les militaires français ont, on le sait désormais des vues très claires sur le MH-47G.

Sur le papier c’est assez facile. Mais le troisième point par exemple doit passer deux obstacles. Le premier est parlementaire. C’est de savoir si députés et sénateurs français accepteront cette idée d’acheter des hélicoptères hautement sensibles puisque dédiés aux opérations spéciales auprès des États-Unis. Autant dire qu’il faudra batailler en pédagogie pour expliquer qu’un tel aéronef n’existe pas chez les hélicoptéristes européens et n’y est pas envisageable avant bien des années. Et que donc le Chinook est l’appareil idéal.
Le second obstacle est diplomatique. Même si les relations entre Paris et Washington demeurent excellentes le MH-47G n’est théoriquement pas exportable. Une faille existe cependant : la Royal Air Force. Elle négocie depuis deux ans l’achat de seize de ces machines pour ses propres forces spéciales et les autorités fédérales américaines semblent prêtes à lâcher du lest dessus. L’Armée de l’Air pourrait t-elle en faire autant ? Ce n’est pas impossible.

Il n’est donc pas impossible qu’à l’horizon 2022 ou 2023 on voit apparaitre pour la première fois des CH-47 Chinook frappés de la cocarde tricolore. Une sorte de résurgence des «bananes volantes» de la guerre d’Algérie.
Affaire donc à suivre.

Photo © US Department of Defense.

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10 COMMENTAIRES

  1. Le Livre Blanc (majuscules ..), froisser les parlementaires … on se croirait aux beaux jours de l’URSS avec son plan quinquennal et le danger de froisser Staline. Alors qu’il y a urgence (voir operations en cours en Afrique) on va donc tergiverser pendant au moins 6 ans au minimum avant de passer une commande ferme. Peut-etre que Poutine va prendre pitie et nous fourguer quelques MIL26 ?

    • Bah quoi sur les majuscules ? Elles y étaient et y sont toujours. Froisser les parlementaires, bah oui désolé mais la France est une démocratie le parlement est souverain sur les questions de dépenses militaires. Quant au Mi-26 j’éviterais de dire ce que j’en pense sincèrement car je ne voudrais pas être grossier.

      • Pourquoi grossier à propos du MI-26 ? Ces performances sont importantes et il est largement utilisés, même ponctuellement, par les USA ou l’ONU où il semble bien répondre à ce qu’on lui demande. Si effectivement on ne verra jamais un MI-26 aux couleurs Françaises pour des raisons surtout politiques, Il me semble qu’il avait été proposé, au début des années 2000, une version avec de l’avionique occidentale (la remotorisation avait été suggérée mais aucun moteur occidental ne correspondait) ce qui aurait pu avoir du sens.

        • Le Mi-26 est totalement inadapté aux besoins de l’OTAN et c’est une machine fragile réputée pour tomber fréquemment en pannes. Demandez donc aux Ukrainiens ce qu’ils en pensent, et vous verrez leur réaction.

        • Vous le faites exprès ?
          Russe, donc inadapté aux besoins de l’OTAN et surtout aux normes des forces aériennes contemporaines. Les normes de sécurité de l’OTAN sont trop drastiques pour les aéronefs russes, c’est pour ça que tous les pays jadis placés sous occupation ou sous le joug de Moscou et ayant aujourd’hui rejoints le camp de l’UE et de l’OTAN cherchent à se débarrasser de ces matériels. Voyez la Roumanie, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, les états baltes, et j’en passe.

  2. Merci Arnaud pour cet article très clair.

    Où je rejoins Marc, c’est sur le fait que cette décision de location, puis peut-être d’un achat, risque de traîner dans le temps.

    Je ne remets pas en cause la démocratie, mais il y a des moments dans la vie où il faut être pragmatique et ne pas se perdre dans des tergiversations à n’en plus finir.

    C’est ma crainte et c’est un vieux mal français. Quand on demande l’avis à tout le monde, personne n’arrivera à se mettre d’accord rapidement.

    Reste effectivement la question de budget et que bien sûr les Américains veuillent nous vendre la version MH 47G.

    Mais je le redis souvent. Les milita ires sont sur le terrain, et ils savent de quoi ils ont besoin.

    Alors, il faut que le Palais Bourbon les écoutent et apporte des solutions rapides.

  3. Réponse à Qui Ça.
    Le problème n’est le fait que ce soit l’armée de l’air ou l’Alat qui les détienne.
    Arrêtons les gueguerres franco françaises . C’est comme cela que notre pays n’avance pas !!!!
    Moi, je suis plus inquiet de voir le nombre d’étapes par lesquelles il va falloir passer pour mettre en service ces appareils dans nos armées, comme l’explique très bien Arnaud.

    Il faut que ces procédures soient allégées pour gagner du temps. On n’a pas besoin de construire une usine à gaz pour mettre en service des appareils déjà opérationnels dans de nombreuses armées.

    On n’a pas à re-certifier ce qui existe déjà, à faire le contrôle du contrôle pour des appareils « combat proven » et surtout à ne pas mettre une armée de fonctionnaires de la Dga pour réinventer la roue.

    Faisons du copier coller sur ce qui existe déjà et n’allons compliquer les choses comme on sait si bien le faire en France.
    Du pragmatisme, de l’efficacité, copions sur les Anglais qui s’adaptent très vite.

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