Dans la guerre contre le racisme et la xénophobie certains symboles sont bien plus forts que tous les mots et toutes les promesses. L’obtention le mercredi 15 juin 1921 du brevet de pilote-aviateur par Bessie Coleman est de ceux-là. Alors que dans son Texas natal la ségrégation raciale était encore la norme elle devînt en France la première femme noire à pouvoir piloter un avion. Une situation impensable dans son pays qui allait faire d’elle un symbole aussi fort que par la suite Rosa Parks ou Martin Luther King.

C’est d’autant plus fort pour Bessie Coleman que la France de 1921 n’était pas un paradis pour les femmes et les hommes de couleur. Notre pays était encore une puissance coloniale dont les populations africaines étaient réduites la plus part du temps à l’état de citoyens de seconde zone, sans droit au vote mais avec obligation de payer impôts et taxes.
Pourtant au milieu de cette France des années folles il y avait un havre de paix et d’ouverture d’esprit : Paris et plus précisément dans le cas qui nous intéresse son Aéro-Club de France. C’est grâce à lui que Bessie Coleman a pu apprendre à piloter à l’âge de 29 ans.

Elle découvrit le vol au sein de l’école des frères Caudron sise au Crotoy, en baie de Somme. Là elle fait ses premières armes sur des biplans G.III démilitarisés. Par la suite elle poursuit son apprentissage sur sesquiplans Nieuport Nie.82, une version civile du Nie.14 de reconnaissance tactique. Bessie Coleman est infatigable ! Levée avant tout le monde, couchée en dernière, elle pilote mais elle entretient aussi son avion et ceux des autres élèves. Elle lit encore et encore les manuels de pilotages, entre deux vols. Et le mercredi 15 juin 1921 elle obtient enfin le précieux sésame, le brevet de pilote-aviateur remis par l’Aéro-Club de France au nom de la Fédération Aéronautique Internationale.

Deux mois et demi plus tard la jeune aviatrice rentre aux États-Unis. Pour beaucoup de combattants de la liberté elle est alors un modèle. Bessie Coleman est non seulement la première afro-américaine autorisé légalement à piloter un avion aux États-Unis mais elle est également la première femme noire sur toute la planète à avoir cette reconnaissance.

Faisant désormais de l’aviation son métier Bessie Coleman se produira dans des spectacles aériens aux quatre coins de l’Amérique. Cependant plusieurs organisation suprémacistes blanches, et notamment le tristement célèbre Ku Klux Klan, ayant mis sa tête à prix elle ne volera que très rarement dans son Texas natal et absolument jamais en Alabama.
C’est aux commandes de son biplan Curtiss Jenny qu’elle trouvera la mort le 30 avril 1926.

En ces temps où la pensée et la parole racistes se sont plus que jamais banalisées il est primordial de se souvenir de héros, ou dans le cas de Bessie Coleman d’héroïnes. Car elle est de celles-ci. Piloter un avion en shows aériens au début des années 1920 pour une femme noire était aussi courageux et dangereux que refuser de céder sa place à un homme blanc dans un autobus en décembre 1955 à Montgomery dans l’Alabama.

Photo © National Air & Space Museum.

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2 COMMENTAIRES

  1. Dommage qu’elle soit morte si jeune !
    Le racisme est malheureusement toujours présent aux USA. Les choses évoluent très lentement… mais au moins la carrière de pilote est maintenant ouverte à tous.

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