En 2026, les ailes mexicaines coopèrent encore avec les États-Unis mais sans leurs F-5

Les relations entre le Mexique et les États-Unis ne sont plus au beau fixe depuis le retour de Trump à la maison blanche. Pourtant, lorsqu’il est question de surveillance de l’espace aérien et d’interception d’aéronefs suspects, les deux pays continuent de travailler ensemble. Fin septembre 2026, leurs forces aériennes ont ainsi participé à Amalgam Eagle, un exercice binational organisé dans le nord-ouest du Mexique. Une belle occasion de (re)découvrir les moyens engagés par la Fuerza Aérea Mexicana, mais aussi de constater l’absence remarquée de ses vieux chasseurs Northrop F-5E/F Tiger II ! 

Cet exercice Amalgam Eagle 2026 fut organisé à Ensenada et visait à éprouver les procédures de détection, de suivi et de transfert d’un aéronef suspect entre les autorités mexicaines et américaines. L’exercice s’inscrivait dans un mécanisme de coopération entretenu depuis plusieurs années entre les deux pays. Le scénario retenu simulait le déplacement d’un aéronef suspect entre les deux espaces aériens. Une fois identifié par son comportement  celui-ci devait être détecté, suivi puis pris en charge par les forces compétentes de chaque côté de la frontière. L’objectif était de vérifier que les informations pouvaient être transmises aux autorités américaines sans rupture dans le suivi de la cible.

Scramble ! Ce F-16C pleine Post Combustion décolle sur alerte pour prendre le relais de l’interception mexicaine. Photos © US Air Force

L’avion jouant le rôle de cible était un Beechcraft King Air de l’armée de l’air mexicaine. Après sa détection, les équipages mexicains ont assuré son suivi tandis que les centres de commandement échangeaient les informations nécessaires à la coordination de l’interception. À l’approche de la frontière, le transfert de responsabilité a permis aux appareils américains de poursuivre la mission. Des F-16C américains ont alors pris le relais et escorté l’appareil jusqu’à son atterrissage à Twentynine Palms, en Californie. Les équipages mexicains ont quant à eux mis fin à leur participation et regagné leur territoire..

L’intérêt d’Amalgam Eagle réside aussi dans son contexte politique, car les relations entre Washington et Mexico sont marquées par des désaccords, notamment sur l’immigration, les droits de douane et la lutte contre les cartels. Pourtant, ces tensions n’empêchent pas les deux pays de maintenir des mécanismes de coopération militaire et cet exercice de  contrôle des mouvements aériens suspects typique des cartels en est un exemple concret.

Et comme nous sommes d’abord et surtout sur Avions Légendaires, attardons nous sur les moyens aériens mobilisés des deux pays. Selon les comptes rendus publiés, le Mexique a engagé 8 appareils pilotés et un drone Hermes 900, tandis que les États-Unis ont déployés pour l’exercice 5 appareils pilotés et un drone MQ-9

La surveillance de la cible simulée a notamment été assurée côté mexicain par un Cessna Citation 501 Eagle II. Tandis que deux T-6C+ Texan II engagés dans le scénario ont ensuite assuré le suivi de l’appareil suspect jusqu’à la frontière étasunienne. Conçus à l’origine comme avions d’entraînement avancé, ces turbopropulseurs sont également employés par la Fuerza Aérea Mexicana (la force aérienne mexicaine) pour des missions de surveillance et d’interception d’aéronefs lents, et son par conséquents bien sollicités.

Interception du King Air (second plan) réussie pour ce Texan II (premier plan) Photos © Ministère de la défense mexicain

En revanche, la communication mexicaine ne s’attarde pas sur l’absence d’un chasseur supersonique mexicain à cet exercice. Est simplement souligné que l’interception et la surveillance d’un appareil léger par « un avions turbopropulsés est jugé efficace [et donc suffisant] ». Nous pourrons toujours débattre de cette affirmation, car est-ce le maintien en condition opérationnel (MCO) des derniers chasseurs Northrop F-5E/F Tiger II qui dicte ces paroles ou une véritable doctrine d’emploi de l’arme aérienne ?

Deux des théoriquement sept derniers Tiger II mexicains en état de vol !

Toujours est-il que l’absence du Tiger II demeure prégnante, selon moi. Ce chasseur est le principal avion de chasse supersonique de la Fuerza Aérea Mexicana et cela depuis son entré en service au début des années 1980 ! Ces appareils ont désormais plus de quatre décennies derrière eux et ils représentent encore la principale capacité de combat aérien du Mexique, malgré que leur remplacement est évoqué depuis de nombreuses années sans jamais se concrétiser.

Les pistes n’ont pourtant pas manqué au fil du temps. En avril 2026, le commandement de la Fuerza Aérea Mexicana a évoqué l’étude de plusieurs options en vue d’acquérir douze nouveaux avions de combat à l’horizon 2028. A la faveur de cette étude le Dassault Aviation Rafale F4 a notamment été évoqué, d’autres appareils, à l’image du Saab Gripen et du Lockheed Martin F-16, ont également été mentionnés au fil des ans. Puis des solutions plus légères, comme le KAI FA-50 ou le Leonardo M-346, ont aussi été citées parmi les options possibles sans qu’aucunes piste ne se concrétisent. Derrière ces différentes hypothèses le choix des Méxicains dépendra autant des besoins opérationnels que des moyens budgétaires disponibles, des coûts du MCO et de la capacité à former les équipages.

Dans ce contexte, l’absence du Tiger II à Amalgam Eagle 2026 ne permet pas d’affirmer que les chasseurs mexicains étaient indisponibles ou qu’ils auraient été incapables de participer à l’exercice. Mais il met en lumière le fait que le Mexique n’a toujours pas arrêté le choix du successeur de sa flotte de chasseurs supersoniques se reposant de fait sur une coopération avec son voisin étasunien, coopération par ailleurs étonnante au regard des relations qu’entretienne les deux administrations.

Retenons premièrement que l’exercice Amalgam Eagle 2026 aura prouvé que malgré les tensions politiques, la coopération opérationnelle entre le Mexique et les États-Unis demeure bien réelle. Deuxièmement la surveillance d’un aéronef suspect ne s’arrête pas à une frontière, et la coordination entre centres de commandement et équipages constitue un élément essentiel de ce type de mission. Mais derrière cette coopération restons en veille d’une décision quant au renouvellement de l’aviation de chasse dont le principal appareil supersonique approche de la fin de sa carrière.

Voilà à (continuer de) suivre …


En savoir plus sur avionslegendaires.net

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

PARTAGER
ARTICLE ÉDITÉ PAR
Image de Loïc
Loïc
Passionné d’aéronautique et d’histoire depuis toujours, je m’intéresse aussi bien aux grandes machines qu’aux appareils plus méconnus qui ont parfois laissé une empreinte discrète dans l’histoire. Maquettiste amateur, je prends autant de plaisir à construire un avion qu’à rechercher son histoire, ses variantes, ses marquages et les anecdotes qui l’entourent.
articles sur les mêmes thématiques
Commentaires

2 réponses

  1. Un article passionnant sur un exercice passé un peu sous les radars de ce côté ci de l’Atlantique nord. Je ne sais pas vous mais moi je suis de plus en plus fan des articles de Loïc. Ce garçon a du talent et de la passion, et ça se ressent !

Laisser un commentaire

Seuls les comptes authentifiés sont désormais autorisés à commenter les articles d’actualités. Si vous avez créez un compte, vous devez vous identifier. Si vous souhaitez obtenir un compte personnel vérifié, vous pouvez faire une demande de compte en suivant la procédure (la création n’est ni automatique, ni immédiate et est soumise à contrôle)

Identifiant et/ou mot de passe perdu ? Réinitialisez-le

Sondage
Sondages

400 ans de la Marine Nationale : lequel de ces avions symbolise le mieux la patrouille/surveillance maritime française ?

Voir les résultats

Loading ...
Archives des sondages
Dernier appareil publié

Loire 210

Au début des années 1930, la Marine nationale française cherche à disposer d’un chasseur capable d’accompagner ses grandes unités en mer. L’idée est alors de

Lire la suite...