Huey, contraction phonétique de Universal Helicopter ; c’est ainsi qu’on le connait depuis des lustres. Le samedi 20 octobre 1956 à Fort Worth au Texas le Bell XH-40 réalisait son premier vol. Il annonçait le Model 204 civil et sa version militaire UH-1B Iroquois qui allait durablement marquer l’histoire de l’aviation. C’était il y a 70 ans.

Par définition un prototype c’est une machine qui en préfigure une autre destinée à la production en série. Cela peut aussi être quelque chose d’assez différent de ce que les chaînes assembleront ensuite. Là dessus le Bell XH-40 en est un exemple parfait. Pour faire simple il ressemble trait pour trait avec le Huey tel qu’on l’imagine, en fait les UH-1D et UH-1H que l’US Army employa massivement au Vietnam, mais en taille réduite. C’est un peu le principe de ces échantillons gratuits que l’on vous offre pour essayer une nouvelle lessive ou encore vous faire goûter une moutarde avec un arôme inédit. Bah là avec le XH-40 c’est un peu pareil.
Est-ce que le pilote d’essais Floyd Carlson savait ce samedi là en octobre 1956 qu’entre les mains il avait l’avenir du transport d’assaut américain pour les 70 années à venir ? Sans doute pas. À l’instar de ses homologues qui réalisèrent les vols inauguraux de légende des airs comme le Douglas C-47 Skytrain, l’Antonov An-24 Coke, ou encore le Cessna 172 Skyhawk il lui était forcément impossible d’imaginer un futur pareil. Qu’en octobre 2026 des évolutions (lointaines) de ce Bell XH-40 qu’il avait entre les mains soient encore en production était forcément inconcevable pour lui.

Pourtant deux ans, jour pour jour, avant de faire voler le Bell XH-40 il avait fallut qu’un autre pilote d’essais maison fasse décoller et voler le méconnu XH-13F. Comme sa désignation l’indique cette machine était une évolution expérimentale du non moins célèbre OH-13 Sioux. Quel rapport peut-il y avoir entre un hélicoptère d’observation modifié et un prototype d’hélicoptère d’assaut ? Justement c’est la modification qui fait tout.
Le XH-13F était tout à la fois un Bell 47G civil sur lequel avait été greffé une turbine Continental XT51-T3 de 425 chevaux mais également le premier hélicoptère turbinisé construit par Bell. Et cette XT51-T3 n’était ni plus ni moins que la version produite sous licence américaine de la fameuse Turboméca Artouste II française, la turbine conçue pour l’Alouette II. Pour autant après deux ans de travaux le Bell XH-40 volait bien avec une turbine américano-américaine : la Lycoming YT53-L1.

Assez paradoxalement on en sait très peu du premier vol du samedi 20 octobre 1956. La documentation le concernant est pauvre. Tout juste a t-on eu l’information qu’il faisait beau ce jour là au-dessus de Fort Worth au Texas et que Floyd Carlson fit voler le Bell XH-40 durant un peu moins d’une heure. À priori l’hélicoptère a décollé en temps et en heure et n’a pas connu d’incident quelconque. Rideau. On n’en sait pas plus.

Ce que l’on sait par contre c’est que ce Bell XH-40 expérimental a donné naissance à l’Iroquois monoturbine, le légendaire Huey, qui a participé à 85% des conflits dans le monde depuis le début des années 1960. Et qu’encore aujourd’hui il vole de manière opérationnelle dans une trentaine de forces aériennes et aéroterrestres aux quatre coins du globe. Même la toute puissante US Air Force l’emploie encore sous la forme de son TH-1H Huey II d’entraînement intermédiaire et avancé. En Europe l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Grèce, et l’Italie l’exploitent encore. Le Huey a été produit sous licence dans plusieurs pays dont l’Italie, le Japon, et Taïwan.
La force du Huey, du Bell UH-1 Iroquois monoturbine, c’est de n’avoir jamais été un appareil statique. Il a évolué aussi bien en hélicoptère de combat AH-1 Cobra qu’en hélicoptère de transport d’assaut biturbine UH-1N Twin-Huey lequel a donné naissance lui aussi à une version de combat AH-1J Sea Cobra. Les biturbines AH-1Z Viper et UH-1Y Venom en sont les ultimes évolutions, encore en production 70 ans après le premier vol du XH-40. Que de chemin parcouru. Les Model 212, Model 214 et Model 412 civils sont également des évolutions biturbines de l’appareil, mais à vocations avant tout civiles et parapubliques.

Avec le temps le Huey s’est donc civilisé. S’il transporte moins de troupes que dans les années 1960-1970, vieillissement oblige, la retraite n’est pas pour lui à l’ordre du jour. Travail aérien, lutte contre l’incendie, soutien aux forces de l’ordre, ou bien simplement vols touristiques il continue de tout savoir faire. Sa seule limite ? Les pièces détachées commencent parfois à manquer, alors il faut cannibaliser les exemplaires qui n’ont pas encore rejoint des musées.

Retracer l’histoire du Huey est quasiment aussi impossible que celle du Dakota. C’est l’hélicoptère le plus connu au monde, n’en déplaise aux aficionados de l’Alouette III et du Mi-24 Hind, et sans doute aussi un des plus increvables. M’est d’avis qu’il sera encore là en 2056 pour le centenaire du premier vol du XH-40, et je ne parle pas là des versions les plus récentes mais bien des UH-1B, UH-1D, et UH-1H. Des Huey purs jus quoi !
Bon anniversaire Huey !
Photos © Cal Fire, National Air & Space Museum, Royal New-Zealand Air Force, et US Air Force.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.













2 réponses
Le père de tout les hélicoptères modernes. Il remplace haut la main et ringardise des hélicoptères comme les Sikorsky H-19 et H-34 mûs par des moteurs à pistons en étoile mis en service pourtant moins de dix ans avant. Sans oublier ce son inimitable caractéristique, dû à ses deux large pales. Peut-être le son le plus iconique de tout les hélicoptères.
J’étais sûr que cet article allait faire réagir certaines personnes… dont Dimitri.