Il faut avoir le courage de le reconnaître : avant l’invasion russe de l’Ukraine et la guerre qui en a découlée notre pays était nul en matière de munitions rôdeuses. Petit à petit la France refait son retard sur ses principaux partenaires otaniens grâce à des innovations tous azimuts dans le domaine. Un des plus ambitieux et des plus prometteurs est le programme Déluge ayant accouché de la munition téléopérée Durandal. Cette aile volante au fort faux air d’HESA Shahed 136 est piloté par MBDA avec l’aide de la PME francilienne Aviation Design.
C’est pour le compte de l’Armée de Terre que la Direction Générale de l’Armement expérimente la munition rôdeuse Durandal. Si esthétiquement elle ressemble beaucoup au célèbre modèle iranien, ou encore à sa copie américaine LUCAS, la comparaison s’arrête très rapidement. Le programme Déluge et sa munition téléopérée Durandal sont nettement plus novateurs. Et beaucoup plus audacieux.
Par exemple sur le Durandal l’alliance Aviation Design et MBDA ont effacé l’idée d’un moteur à hélice propulsive pour le remplacer à un micro-jet, un réacteur de très petite taille simple et économique à produire. Résultat selon la DGA ce «drone kamikaze» comme on appelle encore parfois les munitions rôdeuses ou téléopérées dispose d’une vitesse de croisière de 400 kilomètres à l’heure, très supérieure ainsi au Shahed 136. Son rayon d’action est annoncé aux alentours de 500 kilomètres avec une masse de 120 kilogrammes dont un tiers de charge militaire à haute puissance. Clairement le programme Déluge place Durandal dans le haut du spectre des munitions téléopérées.
C’est d’ailleurs un engin télépiloté plutôt de taille moyenne à grande avec ses 3,9 mètres d’envergure et ses 2,5 mètres de longueur. Son lancement se fait via un rail, comme pour les Delair DT46 et STT Orlan 10 d’observation respectivement français et russes. La cadence est d’une munition téléopérée toutes les 225 secondes, soit seize en une heure.
On ignore à ce stade si l’Armée de Terre l’acceptera au service, et si oui quand ? Il y a tout de même de bonnes chances. Une chose est assurée son expérimentation s’articule autour du programme dit de DGA de Combat dont la promotion est assurée par le ministère des Armées. Durandal n’est pas la seule munition rôdeuse française en développement actuellement. La start-up Harmattan AI s’y est aussi collée, mais c’est là une toute autre histoire sur laquelle nous reviendrons très prochainement.
Vous l’aurez compris la France ne compte pas se laisser distancer sur le très juteux marché des munitions téléopérées ou rôdeuses. Elle rattrape son retard certain, et Durandal l’y aide.
Rappelons qu’avant cet engin le nom de Durandal fut porté durant la guerre froide par un célèbre chasseur expérimental.
Affaire à suivre.
Photo © AFP.
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5 réponses
Bonjour Arnaud et tous,
Entre le chasseur expérimental et cette MTO, il y a aussi eu la bombe anti piste Matra DURANDAL…
Effectivement, de bombe larguée (1970/80) à MTO (2026) DURANDAL se rapproche de son aïeul chasseur (1950/60).
Bonne journée
Stéphane
Est-ce que vous savez quelle est la comparaison avec le Geran-3, aussi appelé Shahed à réaction ?
Je ne pense pas qu’on soit si en retard que ça techniquement. Même avant ce modèle.
C’est bien beau de concevoir la meilleure munition rodeuse, mais ce qui compte, c’est notre capacité à la fabriquer en série et en masse au besoin. Car ces munitions sont utiles que si on les envoie par grappe de 300. Il faut donc un process de fabrication et des flux d’approvisionnement de tous les composants qui soient performant.
Vous avez raison Balb. Je rajouterai qu’il faut aussi intégrer dans cette équation le coût de production unitaire attendu pour ce type d’engins.
Les finances, il parait que c’est le nerf de la guerre !
C est incroyable comme ce type d armement à bouleverse le rapport de force entre belligérants.
Ça permet à un pays » moyen « de faire une guerre d usure assimetrique contre un adversaire supérieur et cela avec des moyens financiers reduit