Je suis tombé récemment sur une série de clichés représentant des livrées assez étonnantes de F-15J japonais, de manière un peu dubitative car certains semblait sorti de jeux vidéos type Ace Combat. Et comme c’est moi qui me colle aux photos de cette semaine, en lieu et place d’Arnaud, je me suis dit que je vous la partagerais bien.
Il faut dire que ce F-15J immatriculé 42-8838 ne ressemble à aucun autre Eagle. Bon avouons que le F-15D de la photo de ce samedi n’était déjà pas à piquer des hannetons avec ces « Stars & Stripes« . Ici, où l’on s’attend habituellement au gris tactique réglementaire, on découvre une chaîne de montagnes brumeuses rendue à la manière d’une estampe à l’encre de Chine (désolé pour l’appellation géographique incongrue ici), sur laquelle courent des branches de cerisier en fleurs, du cockpit jusqu’aux empennages. On est plus proche du papier peint que du camouflage, et c’est justement ce grand écart qui m’a surpris dans ses livrées spéciales japonaises, capables de transformer un intercepteur en pièce de musée vivante le temps d’une saison.
Un peu de contexte s’impose, car cette débauche artistique n’a rien d’un caprice de mécanicien inspiré. L’appareil appartenait alors au 305ème escadron de chasse, stationné à la base de Hyakuri au sein de la 7ème escadre (l’unité a depuis rejoint Nyutabaru en 2016, dans un jeu de chaises musicales assez classique dans l’organisation de la JASDF). En 2004, la Force aérienne d’autodéfense japonaise fêtait son cinquantième anniversaire, et plusieurs escadrons répartis sur l’archipel se sont vus autorisés à sortir leurs plus beaux pinceaux pour l’occasion. Le 305ème n’a visiblement pas fait les choses à moitié.
Et c’est là que l’histoire devient amusante, si l’on gratte un peu. L’insigne traditionnel de l’escadron arbore en réalité une fleur de prunier, en hommage au célèbre parc de Kairaku En à Mito, tout proche de leur base d’attache et réputé pour ses pruniers plutôt que ses cerisiers. Or sur cette livrée commémorative, ce sont bien des fleurs de cerisier qui ornent le fuselage, pas de prunier. Un vrai passionné d’horticulture aurait sans doute quelque chose à redire, mais je suppose que pour célébrer un demi siècle d’existence, le symbole du renouveau printanier au sens large l’a emporté sur la fidélité botanique à l’écusson maison. Les maquettistes, qui raffolent de ce genre de livrée spéciale, ne s’accordent pas eux mêmes totalement sur le sommet représenté en arrière plan, certains évoquant le mont Fuji, d’autres le mont Tsukuba, bien plus proche de Hyakuri. Sur ce type de marquage commémoratif, c’est finalement l’intention symbolique qui prime largement sur l’exactitude cartographique.
Reste que sous ces habits de cérémonie, l’appareil demeure un F-15J bien réel, construit sous licence par Mitsubishi Heavy Industries et pilier de la défense aérienne nippone depuis le début des années 1980. C’est peut être ce contraste qui me plaît tant dans ce genre de photo : voir une machine conçue pour l’interception à haute vitesse porter, l’espace d’un anniversaire, une œuvre digne d’une estampe japonaise. Une manière assez touchante de rappeler que même les instruments les plus austères de la dissuasion aérienne savent, de temps en temps, se faire beaux.
© Photo : mil.ifeng.com
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Une réponse
Tiens je crois Gaëtan que grâce à toi j’ai trouvé mon nouveau fond d’écran de bureau. Merci pour la trouvaille ce F-15J est juste sublime.