Il faut parfois croire que l’administration Trump possède une conception assez personnelle de la sécurité aérienne. Alors que les États-Unis viennent à peine de digérer la terrible collision aérienne survenue au-dessus de Washington en janvier 2025, faisant 67 victimes. Voilà que l’hélicoptère présidentiel américain s’est retrouvé un peu trop près d’un avion de ligne. Cette fois, pas de collision heureusement. Mais l’histoire vaut tout de même le détour.
Le 4 août dernier, le Marine One transportant Donald Trump décollait de la pelouse de la Maison-Blanche lorsque, dans le même temps, un Embraer E170 d’Envoy Air recevait l’autorisation de décoller de l’aéroport Ronald-Reagan de Washington. Les contrôleurs n’avaient tout simplement pas reçu le message radio du Marine One annonçant son départ imminent. Résultat : les deux appareils se sont retrouvés à environ 0,94 mile l’un de l’autre horizontalement et à seulement 700 pieds verticalement. Une séparation insuffisante au regard des règles mises en place après l’accident mortel de janvier 2025. Heureusement, les systèmes anti-collisions de l’Embraer ont permis aux équipages de détecter la situation et aucun accident n’est à déplorer.
Le problème aurait pu être classé parmi les nombreux incidents techniques qui peuvent survenir dans un environnement aérien complexe. Sauf qu’une nouvelle panne de communication est survenue le 27 août, alors que Donald Trump s’apprêtait une nouvelle fois à embarquer à bord de Marine One. Cette fois, la tour de contrôle n’entendait toujours pas correctement les transmissions de l’hélicoptère présidentiel. Un autre appareil dut servir d’intermédiaire pour prévenir les contrôleurs que Marine One allait décoller. « Je n’entends pas Marine One », pouvait-on entendre dans les échanges radio, avant que le pilote d’un autre hélicoptère ne soit sollicité pour faire le relais.
Deux problèmes de communication en quelques semaines avec l’hélicoptère transportant le président des États-Unis : on pourrait presque croire que Marine One joue à cache-cache avec les contrôleurs.
Ce nouvel incident vient surtout s’ajouter à une étonnante série de mésaventures autour du transport présidentiel américain. En septembre 2025, Marine One avait déjà dû effectuer un atterrissage d’urgence en Angleterre à la suite d’un problème hydraulique, alors même que Donald Trump se trouvait à bord. Quelques mois auparavant, nous évoquions également les réticences du président américain à abandonner les vénérables VH-3D Sea King au profit des nouveaux VH-92A Patriot. À croire que, pour Donald Trump, le vieux Sea King n’est peut-être pas si mauvais que ça… lorsqu’il arrive à communiquer avec la tour !
Si vous me permettez ce biais d’humour mais après le fameux « Make America Great Again », il faudra peut-être inventer un nouveau slogan pour la Maison-Blanche : « Make Marine One Hear the Tower Again ».
Le problème est évidemment que Washington n’est pas exactement l’endroit où l’on peut se permettre de prendre à la légère les conflits entre hélicoptères et avions de ligne. Depuis la catastrophe de janvier 2025, la FAA a renforcé les restrictions applicables aux hélicoptères évoluant dans le secteur et impose notamment l’arrêt des opérations incompatibles lorsqu’un hélicoptère se trouve dans une trajectoire conflictuelle.
Que Marine One puisse malgré tout se retrouver en situation de perte de séparation avec un avion de ligne quelques mois plus tard a donc de quoi faire grincer des dents.
Certes, Donald Trump n’était pas personnellement aux commandes de son hélicoptère. Et les premiers éléments de l’enquête montrent que les problèmes de communication ne résultaient pas d’une manœuvre hasardeuse des pilotes du Marine One, mais d’une combinaison de problèmes techniques, de procédures et de travaux autour de la Maison-Blanche. Mais cela n’empêche pas une certaine ironie car le président américain a entrepris de transformer son lieu de travail, notamment avec un projet de vaste salle de réception et de nouvelles infrastructures. Dans le processus, son propre hélicoptère s’est retrouvé à décoller depuis un emplacement dont les communications avec le contrôle aérien étaient défaillantes.
En attendant, les autorités américaines ont corrigé une partie du problème et adapté les procédures. Espérons simplement qu’il ne faudra pas attendre qu’un autre avion de ligne croise de beaucoup trop près le chemin de Marine One pour découvrir le prochain défaut.
© Photo : Maison Blanche
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12 réponses
Bravo Loïc pour ton excellent premier article parmi nous. C’est très encourageant car tu as du style et en plus ton sujet est passionnant. Hâte de te lire de nouveau…
Merci Arnaud , ça fait vraiment plaisir à lire ! Je suis ravi de faire partie de la bande des auteurs de cette véritable mine d’or qu’est Avions Légendaires. Si mon premier article est validé par l’équipe, c’est déjà une belle satisfaction ! Maintenant, reste à convaincre les lecteurs et les habitués du site… Je vais tâcher de faire aussi bien pour les prochains 🙂
Un tel incident est quand même impensable ! Vu l’autorité transportée…. Bel article.
Et pourtant, il y a déjà eu des incidents et des accidents impliquant des appareils du HMX-1, y compris des VH-3D et VH-60N utilisés pour les missions présidentielles. Mais à ma connaissance, aucun ne s’est produit alors que le Président était à bord. Les procédures entourant le Marine One sont justement extrêmement strictes, même si, comme on vient de le voir le risque zéro n’existe pas… Merci pour le commentaire 🙂
Ah bah c’est sûr que Marine One emplafonnant un avion de ligne, ca ferait tache dans le ciel de Washington… Y a vraiment un amateurisme crasse sur ces sujets pourtant critiques, ca fait peur.
Le fait que ce soit l’hélicoptère présidentiel fait effectivement bien tâche .. Mais le conflit entre voilures tournantes et fixes aux US ne sont hélasse pas si rare, bien sûr celle mentionné au-dessus de Washington en janvier 2025, faisant 67 victimes, mais nous pouvons nous souvenir de celle au-dessus de l’Hudson en 2009 entre un Piper et un hélicoptère, qui avait fait 9 morts…
Bravo pour ce premier article Loïc !
Merci Marcel, c’est encourageant 🙂
Bravo pour votre 1er article, intéressant sujet.
L’équipage de Marine One, trié parmi les meilleurs je suppose, n’était pas surpris de n’avoir pas reçu l’accusé de réception de la tour de contrôle. Bizarre.
Merci beaucoup ! Oui, c’est aussi ce qui m’interpelle, car ne pas recevoir de clearance de la tour devrait normalement être un signal d’alerte immédiat. Peut-être qu’à force d’être habitués à un statut très prioritaire, cela a été banalisé ?
Il existe une théorie dans l’aérien que je tâcherai de vulgariser qui nous dit que lorsque les procédures deviennent trop routinières, le jour où quelque chose ne se passe pas comme prévu, le temps de s’en rendre compte c’est peut être trop tard. Ça pourrait expliquer l’incident, s’il ne s’était pas répété une deuxième fois dans le même mois…Mais là, on ne peut que spéculer et le rapport d’enquête définitif permettra peut être d’en savoir plus.
Pour ma part je valide. (pour ce que vaut mon modeste avis).
Pour une fois que personne n’entends Donald Trump, on trouve le moyen de ne pas trouver ça normal. 🙂
Ou bien, le passager faisait tellement de bruit que les communications étaient inaudibles?
Merci beaucoup ! Et peut-être, qui sait ? C’est peut être un élément perturbateur que la FAA n’avait pas prévu dans ses procédures !