Il faudra surement quelques secondes, devant ce cliché, pour que certains comprennent de quoi il s’agit réellement (surtout avec mon titre quelque peu bizarre) . Une dizaine de longues nasses ajourées sont couchées en épi sur le sol d’un hangar, entourées d’une poignée d’ouvriers qui paraissent minuscules et d’escabeaux en bois disposés un peu partout (Arnaud s’y sentirait chez lui). Une grande horloge murale semble rappeler que le temps presse à cette période.

Les passionnées et aérophiles auront saisies l’univers et la période. Nous sommes vraisemblablement en 1939, dans le grand hall d’assemblage de Vickers à Weybridge. Ces squelettes géométriques sont des fuselages de Vickers Wellington Mk I qui attendent leur entoilage. Seul l’appareil garé tout au fond, devant les portes ouvertes sur l’aérodrome, a déjà reçu ses 2 moteurs. Le reste évoque davantage une vannerie industrielle qu’une chaîne de production de bombardiers. Et c’est pourtant de cet assemblage qui semble d’un autre âge que sortira le pilier de l’offensive nocturne du Bomber Command en 1940 et 1941.
Ce treillis porte la signature de Barnes Wallis, le futur père de la bombe rebondissante des Dambusters. Il était alors responsable des structures chez Vickers sans être le concepteur de l’avion lui-même (comme beaucoup le pense). Nourri de son expérience des dirigeables, Wallis a imaginé une cellule où de petites poutres en duralumin, profilées en W, s’entrecroisent en double spirale et se répartissent les efforts. Pas de cloisons ni de couples massifs : la structure travaille comme un tout, et un fuselage de Wellington réunit ainsi quelque 1650 éléments. Aux essais statiques de Farnborough, elle encaissa un facteur de charge de 11G sans céder, quand on lui en demandait 6.
Sur le squelette métallique, on vissait des lattes de bois servant de support à une toile de lin irlandais tendue puis enduite. Un panier, donc, mais en alliage léger car le bois, finalement, n’y joue que les seconds rôles. Les structures en treillis, dites géodésiques, qui sont faite avec de l’impression 3D gardent cette logique, à ceci près qu’ici c’est l’intuition et la maîtrise d’un ingénieur, et non un algorithme, qui aura dessiné les mailles. Sur le front, la toile révéla une vertu inattendue. Comme elle ne portait aucune charge, ses déchirures affaiblissaient peu l’avion, et nombre de Wellington rentrèrent avec des pans entiers de revêtement brûlés, le treillis à nu. Reste que la géodésie n’a pas survécu à la guerre car inadaptée à la pressurisation et aux vitesses croissantes, elle fut supplantée par le revêtement travaillant.
Crédits Photo : BAE Systems Heritage
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