La Première Guerre mondiale fut à bien des égards le conflit des biplans. Même si les monoplans existaient déjà et quelques triplans et même quadriplans volèrent ce sont les biplans qui dominèrent les cieux. Il faut dire que ces avions, qu’ils aient des envergures égales c’est à dire de même dimension en haut et en bas de la voilure ou des envergures inégales de dimensions différentes, étaient les plus manœuvrant. Toutes les nations constructrices d’avions en développèrent, la France n’y faisant pas exception.
Parmi la multitude de biplans produits dans l’Hexagone certains sortirent du lot à l’image de l’étonnant Nieuport Nie.12 aussi bien capable de donner la chasse, que de former des pilotes ou encore de reconnaitre les positions ennemies.
Au début de l’année 1915 l’Aéronautique Militaire émit un cahier des charges auprès de l’avionneur Nieuport autour d’un biplace pouvant remplir des missions à la fois de type A2 et de type C2, c’est à dire respectivement de reconnaissance à vue et de chasse/escorte. Les autorités militaires françaises réclamèrent que les deux versions de ce futur avion disposent du moteur rotatif Clerget 9 à neuf cylindres en étoile.
Le nouvel avion reçut la désignation de Nieuport XII.
Dès le départ les ingénieurs placés sous l’autorité de leur chef Gustave Delage choisirent que le chasseur serait plus puissamment motorisé que l’avion de reconnaissance. Ainsi le Nieuport XII A2 disposerait d’un Clerget 9Z de 110 chevaux tandis que le C2 aurait lui un Clerget 9B de 130 chevaux. En dehors de ces distinction de moteurs et de leur armement les deux modèles étaient très similaires.
Ils se présentaient sous la forme de biplan d’envergure inégale construit intégralement en bois et toile et possédant un train d’atterrissage classique fixe. Le pilote et son observateur/mitrailleur prenaient places dans deux cockpits à l’air libre et disposaient d’un bon champ de vision. Sur la version de reconnaissance l’armement consistait en deux mitrailleuses Lewis, l’une en position de chasse au-dessus du plan supérieur de voilure et la seconde sur affût annulaire arrière. Sur le Nieuport XII C2 la mitrailleuse arrière était doublée et jumelée.
Le prototype de l’avion vola pour la première fois à l’été 1915 et les premiers exemplaires de série, des A2 arrivèrent en unité en octobre. Les C2 les suivirent au mois de décembre.
Dès l’entrée en service des Nieuport XII le Royal Flying Corps et le Royal Naval Air Service britanniques s’intéressèrent à la version de chasse. Ils en achetèrent quarante exemplaires avant de demander à l’avionneur français qu’une version anglicisée soit construite sous licence par Beardmore comme Nie.12. Et très vite cette désignation remplaça celle à chiffres romains y compris auprès de l’Aéronautique Militaire.
Les Britanniques reçurent d’ailleurs vingt-et-un exemplaires d’une version qui leur était propre appelée Nieuport Nie.20 sur lequel le moteur Clerget 9B de 130 chevaux avait été déposé au profit d’un Le Rhône 9J de 110 chevaux et sur lequel la mitrailleuse avant avait été supprimée. Ces avions étaient destinés à l’escorte des bombardiers.
Entre les forces britanniques et françaises ce sont près de 300 Nieuport Nie.12 de chasse et de reconnaissance qui furent fabriqués jusqu’à la fin de l’année 1917. Pourtant déjà à l’époque une nouvelle version avait fait son apparition : le Nieuport Nie.80.
Il s’agit là d’un avion non armé, destiné à la formation intermédiaire et avancée des pilotes français. En fait le Nie.80 était le premier véritable avion d’entraînement français, au sens contemporain du terme. Sa voilure avait été redessinée de manière à permettre de travailler les techniques de vol, de manière aussi à atterrir de façon plus aisée que sur les versions de combat. La jeune Royal Air Force fut en 1918 la seule opératrice étrangère à le faire voler en temps de guerre en dehors de l’Aéronautique Militaire.
Après guerre des Nie.80 furent exportés en Argentine, en Belgique, en Bulgarie, au Chili, en Estonie, en Grèce, en Pologne, au Portugal, en Roumanie, en Serbie, et en URSS. L’avionneur japonais Mitsubishi en fabriqua une soixantaine sous la désignation Kō 1.
Si les Nieuport Nie.12 ne furent jamais vraiment des avions de première ligne, limités aux missions d’escorte pour les chasseurs et à de la reconnaissance à vue pour les autres, les Nie.80 connurent une riche carrière comme avions d’entraînement. Certains, notamment en Grèce et en URSS volaient encore en 1931 alors qu’ils étaient totalement obsolètes.
Le Nieuport Nie.13 est une version expérimentale du Nie.12 axée autour d’un moteur à huit cylindres en V Hispano HS.8 de 140 chevaux.
Ironie de l’Histoire le seul et unique Nie.12 préservé jusqu’à aujourd’hui l’est pas le Musée de l’Aviation et de l’Espace du Canada à Ottawa, alors même qu’aucun de ces chasseurs ne vola jamais dans ce pays. L’avion y arbore des marquages français.
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