C’est sans doute un des avions d’attaque au sol les plus connus des 50 dernières années. En juin dernier l’US Marines Corps a retiré du service ses derniers McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II, aux profits du Lockheed-Martin F-35B Lightning II furtif. Une carrière de quarante-et-un ans en dents de scie pour un avion qui continue cependant de servir chez deux de nos voisins directs. Un avion américain aux origines britanniques bien connues… sauf outre-Atlantique.

Contrairement à une idée reçue largement relayée à l’époque par des médias peu regardants sur la véracité historique l’AV-8B Harrier II n’a rien de révolutionnaire quand il entre en service au sein de l’US Marines Corps en janvier 1985. Certes il décolle et atterrit à la verticale et peut tirer au canon ainsi que larguer des bombes ou des salves de roquettes sur l’ennemi avec précision. Pour autant les marines américains connaissent déjà cela depuis une quinzaine d’années. Cet avion a en effet été pensé par McDonnell-Douglas afin de remplacer les Hawker-Siddeley AV-8A Harrier opérationnels depuis 1971. Certains ont même combattu au Vietnam où ils ont figuré parmi les avions les plus avancés de cette boucherie.
Alors qu’est-ce qui change en 1985 ? McDonnell-Douglas est un avionneur américain contrairement à son concurrent britannique (alors déjà disparu) Hawker-Siddeley. Et ça dans l’Amérique de Ronald Reagan ça change tout. Sans tombée dans l’extrémisme des MAGA actuels de Donald Trump les républicains des années 1980 sont tout de même des champions du chauvinisme, aux limites d’un nationalisme non assumé.
Surtout l’AV-8B Harrier II va intégrer tout un tas de nouveauté comme une perche de ravitaillement en vol, une centrale inertielle, une conduite de tir laser, et une véritable capacité d’emport et de tirs de missiles air-sol et air-air. En quelques années il ringardise son prédécesseur britannique et le pousse vers la retraite.
Pourtant contrairement à ce dernier le McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II est un avion fragile. Entre 1988 et 2004 il connaîtra neuf périodes complètes d’immobilisations suites à des accidents et incidents à répétition. Une d’elle durera même sept mois, à cheval entre 1993 et 1994. Chouchou incontesté des pilotes de l’US Marines Corps cet avion d’attaque n’est cependant jamais confié à de la bleusaille. Il faut de l’expérience pour voler sur celui que les Américains appellent le jump jet ! Une expression qu’ils n’ont cependant pas créée puisqu’elle nous vient d’outre-Manche et date du Hawker-Siddeley P.1127 Kestrel, l’ancêtre de tous les Harrier et Harrier II.
Popularisé par une mythique publicité Pepsi et son non moins célèbre jeu concours le McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II va gagner ses lettres de noblesse avec la comédie d’action «True Lies» dans lequel le personnage incarné par l’acteur Arnold Schwarzenegger se paye le luxe de réquisitionner un de ces avions d’attaque afin d’empêcher qu’une arme nucléaire n’explose à Miami. Pour le remake américain de la comédie policière française «La totale» on peut dire qu’Hollywood a mis le paquet. Même sans doute un peu trop, si on en croit les réactions des Américains lambdas.
En effet après ce long-métrage la quasi totalité des Américains ne fait pas qu’ignorer les origines britanniques de l’avion elle les remet carrément en doute. En 1995, un an après la sortie du film, un sondage fait savoir que 86% des personnes sondées aux USA pensent que l’AV-8B Harrier II est un avion 100% américain, sans aucune origine étrangère.

Mais au fait pourquoi aborder aujourd’hui jeudi 5 novembre 2026 le McDonnell-Douglas AV-8B Harrier II ?
Tout simplement parce qu’il y a 45 ans jour pour jour le premier exemplaire de série réalisait son vol inaugural. Et que quatre décennies et demi plus tard l’avion d’attaque américain est devenu… marginal.
Il ne sert plus qu’au sein des Armada Española et Marina Militare Italiana ; cette dernière le faisant même cohabiter avec ses F-35B Lightning II. Un avion furtif qui a pleinement réussi à le remplacer car aussi bon que lui pour les missions d’attaque au sol et d’appui aérien rapproché mais en plus capable de mener des missions d’interception et de supériorité aérienne qui auraient été impensables sur AV-8B Harrier II. Et chose surprenante l’avion de Lockheed-Martin se révèle à l’emploi moins fragile et capricieux que celui de McDonnell-Douglas. Par contre lui ne décolle pas et n’atterrit pas à la verticale !
Photos © Marina Militare Italiana et US Marines Corps
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