Frank Barnwell et son frère conçurent l’un des premiers avions à s’envoler dans le ciel écossais en 1909. Quelques années plus tard, F. Barnwell participa à la conception du Bristol Scout. Au déclenchement de la guerre en 1914, il s’engagea dans le Royal Flying Corps. En août 1915, le Capitaine Barnwell retourna chez Bristol Aeroplanes où il fut désigné concepteur en chef. Il y mit à profit sa brève expérience du combat aérien en concevant l’excellent chasseur Bristol F.2 Fighter. Initiative non sollicitée par le gouvernement britannique, le développement d’un avion de chasse monoplan débuta en parallèle à l’insistance de Barnwell. Les hauts gradés des forces aériennes du Royaume-Uni étaient plutôt réfractaires aux monoplans, mais il voulait produire un chasseur nettement plus rapide que les avions ennemis.
Le 14 juillet 1916, le premier prototype désigné Bristol M.1A (M pour Monoplane), effectua son vol initial. Lors des essais, l’appareil démontra rapidement des performances impressionnantes, atteignant une vitesse de 212 km/h, soit de 50 à 80km/h plus rapide que les monoplans allemands Fokker Eindecker et français Morane-Saulnier N et de tout autre avion de chasse alors en service. Propulsé par un moteur rotatif Clerget 9Z de 110 ch. entraînant une hélice bipale de grande dimension et munie d’une casserole hémisphérique afin de réduire la trainée, le M.1 possédait un fuselage à section circulaire soigneusement profilé. Malgré son apparence épurée, le M.1A était construit selon des techniques classiques de bois et de toile pour minimiser les difficultés de fabrication.
Impressionné par les performances du prototype, le War Office britannique commanda en octobre 1916 un lot de quatre appareils modifiés, désignés M.1B, pour des essais complémentaires. Le M.1B différait du premier prototype sur plusieurs points: il possédait une configuration de cabine plus conventionnelle, surmontée d’une pyramide de quatre mâts en acier, ainsi qu’un large panneau transparent découpé à l’emplanture de l’aile droite pour améliorer la visibilité à l’atterrissage. Le M.1B était en outre armé d’une mitrailleuse Vickers de calibre 7,7 mm, montée à l’emplanture de l’aile gauche.
Face aux performances du M.1B, et après bien des atermoiements, le War Office commanda 125 appareils M.1C Scout en août 1917. Ces derniers étaient propulsés par un moteur rotatif Le Rhône 9J de 110 ch. et armés d’une mitrailleuse Vickers montée sur l’axe longitudinal du fuselage, à portée de main du pilote. Toujours dû à l’aversion de certains hauts-gradés pour les monoplans, les M.1C Scout ne combattirent jamais sur le front occidental. Une trentaine d’appareils furent plutôt déployés au Moyen-Orient, ainsi que dans les Balkans, pour lutter contre les Turcs et les Bulgares. Parmi les pilotes de M.1C ayant combattu sur le front macédonien, le capitaine Frederick D. Travers devint le seul as sur ce type d’appareil. Il avait préalablement abattu quatre avions ennemis avant de signer ses cinq dernières victoires sur un appareil M.1C Scout. Sur son tableau de chasse, figurait un Fokker D.VII, considéré comme le meilleur chasseur allemand de son époque.
Les autres M.1C Scout furent principalement affectés à des unités d’entraînement basées sur le territoire britannique. Ils y furent particulièrement appréciés comme avion personnel de plusieurs officiers supérieurs du Royal Flying Corps (RFC). Nombre d’entre eux, arboraient des couleurs vives et même des livrées fantaisistes en damiers, rayures et autres motifs.
L’attitude plutôt tiède du War Office à l’égard du monoplan Bristol se manifesta par le fait que six exemplaires du M.1C furent livrés au Chili en 1917, en paiement partiel de deux navires de guerre dont la construction avait débutée au Royaume-Uni avant le conflit. Ces cuirassés initialement destinés au Chili furent réquisitionnés par l’Amirauté britannique. Douze appareils M.1C Scout supplémentaires furent acquis par le Servicio de Aviación Militar de Chile en octobre 1918. Le 12 décembre 1918, le capitaine Dagoberto Godoy marqua l’histoire de l’aviation en effectuant la toute première traversée aérienne des Andes à bord d’un M.1C, en reliant Santiago à Mendoza en Argentine.
Suite à l’armistice du 11 novembre 1918, plusieurs appareils Bristol M.1C désarmés furent revendus à des fins civiles, notamment comme avion de course. L’un de ces M.1C fut acquis par l’Australien Harry Butler qui connaissait bien l’avion, ayant agi comme chef instructeur de vol durant le conflit. Butler ramena l’avion à Minlaton, sa petite ville natale, où il fut accueilli en héros le 6 août 1919. Cinq jours plus tard, il transporta deux sacs de courrier jusqu’à Adélaïde en survolant la mer. Dans les années qui suivirent, Butler effectua des démonstrations aériennes à bord de son M.1C repeint en rouge et surnommé Red Devil. Suite au décès de Butler en 1924, le Red Devil changea de mains, et fut doté d’un moteur Gipsy. Ce M.1C continua à voler occasionnellement jusqu’en 1945, puis fut suspendu au toit d’un hangar. En 1956 son propriétaire en fit don à la ville de Minlaton. Puis en 1973, lors d’une restauration, le M.1C retrouva un moteur rotatif Le Rhône. Seul appareil Bristol M.1 survivant, il est aujourd’hui exposé au Harry Butler Red Devil Memorial à Minlaton. Quatre répliques du M.1C Scout sont également connues, dont un exemplaire en état de vol, entretenu par la Shuttleworth Collection à Old Warden, au Royaume-Uni.
Le Bristol M.1C Scout était incontestablement de conception brillante et en avance sur son temps. Les rumeurs sur ses performances avaient courues jusqu’au front en France, où les pilotes de chasse l’attendaient avec impatience. Leurs supérieurs en décidèrent autrement, et le seul monoplan britannique produit en série durant la Grande Guerre ne put pleinement prouver sa valeur face a l’ennemi. Certainement dépité, Frank Barnwell retourna sur les planches à dessin et, répondant aux spécifications gouvernementales, conçut l’un des plus fameux chasseurs biplans de l’entre-deux guerres, soit le Bristol Bulldog. Il ne délaissa pas pour autant son désir de concevoir des avions de combat monoplans. Après divers prototypes rejetés par le gouvernement britannique, la persévérance de F. Barnwell fût enfin récompensée en 1935, lorsque la Royal Air Force aligna ses premiers bombardiers légers Bristol Blenheim. Il ne vécut pas assez longtemps pour voir l’évolution phénoménale des chasseurs et bombardiers monoplans durant la Seconde Guerre mondiale. Ironiquement, en août 1938, il se tua aux commandes d’un petit monoplan de tourisme qu’il avait lui-même conçu.
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