Si aujourd’hui la flotte d’Air France compte plus de 300 avions parmi les modèles les plus évolués du moment, capables de transporter jusqu’à plus de 500 passagers à la fois à travers les océans, il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant près de 15 ans, le transport aérien français reposait cinq sociétés différentes qui fusionnèrent en quelques semaines pour donner naissance à l’embryon de la compagnie aérienne que nous connaissons actuellement.

Affiche à la création d’Air France en 1933

Tout remonte en fait au 31 janvier 1933 et la nomination au poste de ministre de l’air de l’ancien sous-secrétaire d’état aux affaires étrangères Pierre Cot. Considéré par beaucoup comme un homme austère, droit mais peu enclin aux amitiés de couloirs, c’est aussi un vrai passionné des choses de l’air. Pierre Cot est d’ailleurs pilote amateur, possédant même son propre biplan Farman. Or l’homme politique, avocat de formation, a depuis longtemps dans l’idée de réformer l’aviation française. Il s’engage immédiatement dans deux chantiers colossaux : l’indépendance de l’Aéronautique Militaire Française et l’uniformisation du transport aérien civil dans le pays.

L’aventure de l’aviation civile commerciale française est née en 1909 avec la Compagnie Générale Transaérienne fondée par le célèbre industriel et mécène Henry Deutsch de la Meurthe. Néanmoins l’aviation en étant encore à ses balbutiements à l’époque c’est à l’aide d’aérostats que la CGT réalise la totalité de ses vols. Cependant à l’aube de la Première Guerre mondiale quelques vols de tourisme et de découverte sont réalisés grâce à divers biplans acquis ça et là et permettant à de fortunés clients de s’essayer au «plus lourds que l’air». Le conflit mondial va totalement rebattre les cartes fermant le ciel à la compagnie.

Ils ne reprennent qu’en août 1919 quand la Compagnie Générale Transaérienne achète auprès des militaire cinq chasseurs monomoteurs Nieuport 28 qu’elle fait modifier afin de les rendre apte au transport postal. Six mois plus tard en février 1920 la CGT passe au transport de passagers grâce aux sept biplans monomoteurs Nieuport-Delage NiD-30T. Ces élégants avions sont prévus pour transporter quatre passagers entre Le Bourget et Hounslow dans la banlieue ouest de Londres en environ 130 minutes. Un record quand on sait qu’il faut alors au moins une journée pour faire le même trajet par chemin de fer et bateau. En mars 1921 la Compagnie Générale Transaérienne fut rachetée par la Compagnie des messageries aériennes, fondée deux ans plus tôt. Ainsi disparaissait le premier transporteur aérien français.

Les années 1920 furent marquées en France par la quantité pléthorique de compagnies aériennes qui naissaient et parfois disparaissaient. Certaines sont cependant entrées dans la légende des airs. L’une des plus célèbres fut bien entendu la Société des Lignes Latécoère, qui devint mondialement connue sous le nom d’Aéropostale à partir de 1927. Une autre particulièrement importante fut la SGTA (pour Société Générale des Transports Aériens) fondée par les frères Farman et qui développa les lignes aériennes intérieures françaises en reliant notamment Paris à des villes comme Lille, Lyon, ou encore Strasbourg. Dans le même temps la SGTA réalisait des vols réguliers vers la Belgique et les Pays-Bas.

Quadrimoteur Blériot 155 de la compagnie Air Union en 1926.

En fait quand Pierre Cot prend en charge le tout nouveau ministère de l’air en janvier 1933 la majorité des compagnies aériennes françaises sont subventionnées par l’état, y compris celles qui ne volent que deux ou trois fois par semaines et même pas sur des liaisons rentables. L’avocat décide d’y mettre bon ordre. Aidé du député socialiste Max Hymans il va proposer une réforme en profondeur.

Les quatre principaux transporteurs subventionnés français doivent fusionner le 19 mai 1933 au sein de la SCELA, pour Société Centrale pour l’Exploitation des Lignes Aériennes. Adieu donc à Air Orient, Air Union, la Compagnie Internationale De Navigation Aérienne (alors connue sous son nom de franco-roumaine), et la Société Générale des Transports Aériens. Douze jours plus tard, le 31 mai 1933, la SCELA rachète aux banquiers les actifs de l’Aéropostale alors en situation de banqueroute.

Monomoteur Fokker F.VIIa de la CIDNA, intégré ensuite un temps à la SCELA.

Seulement voilà un journaliste spécialisée dans les questions d’aviation, Georges Raffalovitch, annonce publiquement que le nom de SCELA n’a rien de très intéressant et ne marquera pas durablement les esprits. Particulièrement influent dans le domaine aéronautique il propose de la transformer en Air France. Quelques semaines plus tard, le 7 octobre 1933 Air France officialise son logo : une tête de cheval ailé dotée d’une queue de dragon des mers. Affectueusement surnommé la crevette par les pilotes de la compagnie il est souvent représenté sous la forme d’un hippocampe volant.

Breguet Br 530 Saigon au couleurs d’Air France en 1934-1935.

Lors de sa création en 1933 Air France alignait un peu plus de 250 aéronefs, dont une trentaine d’hydravions et d’amphibie. Celle ci allait aussi bien du monomoteur à dix place qu’au quadrimoteur pour 45 passagers. Mais surtout la compagnie française disposait du plus vaste réseau commercial au monde. Sa mission était en effet notamment de desservir tous les terrain d’aviation de l’empire colonial français : d’Afrique du nord à l’Indochine, en passant par la Guyane, la Polynésie française, ou encore l’Afrique Équatoriale Française. Sans oublier les lignes internationales à travers toute l’Europe mais aussi vers les États-Unis, l’Union Soviétique, ou encore l’extrême-orient. Pour la petite histoire Max Hymans dirigera ensuite Air France de 1948 à 1961 l’accompagnant dans beaucoup de ses grands bouleversements.

Par la suite l’aventure d’Air France a mené au transport aérien civil supersonique puis au plus gros avion commercial au monde, l’actuel Airbus A380 ! Que de chemin parcouru en 84 ans.

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