Malgré la tempête diplomatique qui existe entre Ankara et Washington l’avionneur américain Lockheed-Martin fait encore avancer son chasseur de nouvelle génération. Ce jeudi 21 juin 2018 le premier exemplaire du F-35A Lightning II destiné à la Türk Hava Kuvvetleri a été présenté aux officiels autant qu’à la presse. Un avion dont la livrée extérieure ne dépareille pas des autres utilisateurs à l’exception de la toute nouvelle cocarde turque avec son croissant au centre. Dans le même temps une loi visant à placer les F-35 turcs sous embargo américain est actuellement à l’étude.

Et point de problème lié aux droits de l’homme comme en Europe, les dissensions entre la Turquie et les États-Unis concernent en fait le rapprochement du premier de ces pays avec la Russie. Le dirigeant turc, Reccep Erdogan, n’hésite plus à afficher ses proximités commerciales et idéologiques avec Vladimir Poutine. Ce qui a cordialement le don d’en énerver plus d’un à l’OTAN autant que dans les allées du Congrès américain.
Aussi le sénateur démocrate du Maryland Chris Van Hollen a t-il récemment décidé de déposer un amendement devant la Chambre des Représentant (l’équivalent américain de notre Assemblée Nationale) visant à placer tout matériel militaire d’origine américaine sous un embargo temporaire jusqu’à ce que la Turquie ait clarifié sa position au regard des armements d’origine russe.

Car en Turquie il n’est plus fait aucun mystère de l’acquisition de batteries de missiles S-400 (ou SA-21 Growler selon la nomenclature de l’OTAN) fabriquées en Russie. Des armes anti-aériennes, achetées l’an dernier, et qui pourraient selon Erdogan assurer l’indépendance du pays et le respect de sa souveraineté. Mais que le siège de l’OTAN voit comme une nouvelle provocation de la part de l’autocrate. Et qui selon certains pourrait pousser la Turquie hors de l’organisation atlantiste, avec à la clé pour ce pays une baisse drastique de ses budgets de défense mais aussi la perte pour les Américains et leurs alliés de l’usufruit de bases dans ce pays.
Erdogan a donc jusqu’en juillet 2019 pour refuser la livraison des S-400 et dénoncer ce contrat. C’est cette date qui est choisie comme butoir par Chris Van Hollen et ses soutiens (tant démocrates que républicains) pour lever les sanctions contre Ankara et livrer les matériels dont le F-35.

Pour autant tant qu’aucune décision n’est prise au Congrès rien n’empêche la livraison de ce premier F-35A ni des suivants. Pour mémoire la Turquie doit recevoir trente avions de ce type au total et tablerait encore sur une commande supplémentaire de cent vingt machines. En Turquie le chasseur de nouvelle génération de Lockheed-Martin a bien plus de soutiens qu’un éventuel revirement au profit du Sukhoi Su-57. Les médias pro-russes tentent depuis plusieurs semaines, sans succès en réalité, de «vendre» le nouveau chasseur Sukhoi comme alternative turque au Lightning II. Cent vingt nouveaux F-35A qui pourraient calmer les ardeurs de certains parlementaires américains ou au contraire en exciter d’autres. Le spectre de l’espionnage turc au profit de la Russie est très largement mis en avant dans les deux chambres parlementaires américaines.
Affaire donc à suivre.

Photo © Lockheed-Martin

4 COMMENTAIRES

  1. Je trouve cette décision assez étrange de livrer du F-35 à une nation qui compte ce procurer ce en quoi le F-35 à été construit afin de détruire ce genre de système anti-aérien, en l’occurrence du S-400 Triumph.
    C’est comme si l’Inde prenait du F-35 plus du SU-57 en ayant du S-400. Ça semble très risqué comme manœuvre politico-militaire ou même en temps que manœuvre industriel pour Lockheed Martin

  2. En effet bizarre de promouvoir le SU-57 pour remplacer le F-35, le premier est un chasseur de supériorité aérienne donc plutôt un concurrent du F-22 alors que le F-35 est plus orienté pénétration-bombardement dont le concurrent russe le plus proche serait le SU-34., la furtivité en moins.

  3. La Turquie a déjà payé 11 milliards de dollars, et participe à la conception de certaines parties du f35 en Turquie.
    Quand la Turquie demande à acheter des systèmes de défense aérienne, les états unis ont refusé, pareil pour les drones, pour l’hélicoptère cobra, des missiles anti bunker. Par contre les États-Unis livrent certaines de ces armes aux groupes ennemis de la Turquie. La Turquie a dû trouver un système de défense aérienne en urgence jusqu’à qu elle a son propre système. Et c’est pareil pour le reste, aujourd’hui la Turquie fait ses drones d attaques, ses missiles et bientôt son avion. Ça ne dérange pas les États-Unis quand la Grèce a un système russe s 300. Les États-Unis ne se passeront pas de la Turquie. Ils trouveront un terrain d entente. Y a des pays qui obéissent aux États-Unis qui leur demandent même pas leur avis, et y a la Turquie.

    • Si par « groupes ennemis de la Turquie » vous parlez de la résistance kurde, les matériels livrés par le Pentagone sont principalement des armes légères et des équipements de communication. Donc rien de stratégique. Ensuite j’aimerais bien savoir quelles parties du F-35 ont selon vous été conçues par la Turquie et son industrie aéronautique quelque peu balbutiante ?

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