C’est un peu la tentative de la dernière chance pour le géant américain et sa branche hélicoptère. En ce début d’année 2018 sous l’impulsion de Lockheed-Martin, sa maison-mère, l’hélicoptériste américain Sikorsky tente de redonner un second souffle à son biturbine S-76 Spirit. Et ce n’est pas une mince affaire tant cet hélicoptère revient de loin.

Pour mémoire le Sikorsky S-76 Spirit a commencé son aventure technologique à la fin des années 1970 dans le sillage d’un autre hélicoptère de l’industriel : le S-70 alias UH-60 Blackhawk. Malgré des débuts tonitruants le soufflé retomba bien vite. Le S-76 s’avéra vite être un hélicoptère mal pensé, même s’il s’agissait d’un bijou de technologie.

Le parapublique, longtemps la spécialité des S-76 Spirit.

Pis il y a quatorze ans, en 2004, Sikorsky a décidé de totalement tourner le dos aux programmes militaires autour de son S-76 Spirit. Désormais l’hélicoptère biturbine ne devait plus être qu’une machine civile et parapublique. Mais là encore il devait essuyer de plein fouet ce qui l’avait tué sur les marchés de défense : la concurrence. Et c’est principalement d’Europe qu’elle vint au travers d’AgustaWestland et Eurocopter, aujourd’hui respectivement Leonardo et Airbus Helicopters.

Désormais Lockheed-Martin concentre ses efforts sur la version S-76D, la seule encore en production. Dotée de turbines Pratt & Whitney Canada PW210S d’une puissance nominale de 1014 chevaux cette version est équipée d’une avionique d’origine française, fournie par Thales sous la forme du système TopDeck, l’une des plus en pointe de nos jours.

Factuellement aujourd’hui le constructeur se recentre sur le marché du transport commercial d’affaire pour cet hélicoptère, délaissant même petit à petit celui du parapublic qui fit pourtant les (presque) beaux jours du S-76 Spirit. Mais là encore il se prend de plein fouet la concurrence européenne au travers des AW169 et H175, déjà implantés. Pourtant Lockheed-Martin compte bien conquérir de nouveaux marchés, principalement en Amérique du nord et en Asie.
Les commerciaux de Sikorsky espèrent surfer sur la mode du America First ! initiée par Donald Trump afin de doper les maigres ventes de son biturbine. Néanmoins c’est mal comprendre le pragmatisme des décideurs de ces grandes entreprises pour qui les productions d’Airbus Helicopters et de Leonardo sont souvent synonymes de qualité.

Alors pour se démarquer les designers de Sikorsky misent sur le luxe de l’aménagement intérieur, digne souvent d’un jet d’affaire type Gulfstream G550 ou Dassault Aviation Falcon 7X. Bon certains diront que ces intérieurs sont un peu bling-bling, à l’image de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Et ils n’auront à mon sens pas tort.
Mais c’est là aujourd’hui une des stratégies de l’hélicoptériste, peut-être aussi un aveu de renoncement sur le plan technologique vis à vis de ses concurrents. D’autant qu’un nouvel adversaire va bientôt faire son entrer dans l’arène des hélicoptères d’affaire haut de gamme : le Bell 525 Relentless, lui aussi nord-américain.

Sikorsky S-76D civil, immatriculé à la Trinité-et-Tobago.

Alors quarante-et-un ans après le premier vol de son prototype et avec seulement 1120 exemplaires produits le Sikorsky S-76 Spirit peut-il rebondir ? Le passionné d’aviation, et notamment d’hélicoptère, que je suis l’espère tant l’appareil américain est esthétiquement réussi. Maintenant au vu de ses nombreux déboires, on peut raisonnablement en douter.
Seul le proche avenir nous donnera la réponse !

Photos © Lockheed-Martin.

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2 COMMENTAIRES

  1. La situation problème de sikorsky sur le marché civil ressemble à celle de l’industrie automobile américaine dans les années 70 quand les productions européennes et japonaises ont sérieusement concurrencées les productions américaines, car moins chère, moins onéreuses en entretien et de taille plus « humaine », jusqu’à mettre en serieuse difficulté l’industrie automobile américaine obligeant cette dernière à s’adapter au marché pour se remettre. Sikorsky voit peut-être trop grand et devrait concevoir des modèles moins « lourd » et plus simple pour tenter de reprendre quelques parts de marché sur ses concurrents.

    • C’est exactement ça et c’est d’ailleurs le problème qu’ils vivent depuis plusieurs années avec leur S-92 Superhawk qui peine autant sur le marchés civils-parapubliques que militaires. Une fois encore je partage votre analyse Dimitri.

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