C’est au micro d’Europe 1 que la ministre des Armées, madame Florence Parly, a fait une petite déclaration loin d’être passée inaperçue ce dimanche 9 septembre 2018. Selon elle la loi de programmation militaire 2019-2025 va bien permettre d’aborder toutes les facettes de la question du deuxième porte-avions pour la Marine Nationale sans pour autant prendre de décision concrète. Pour cela elle renvoie à la prochaine LPM, celle de 2026-2032. En rugby on appelle cela botter en touche.

Mais surtout et comme les mots ont un sens madame Parly ne parle plus comme ses prédécesseurs d’un second porte-avions mais bien d’un deuxième. Cela impliquant qu’il pourrait y en avoir un troisième. Pour autant inutile de fantasmer sur une escadre (même forte de seulement trois bâtiments) de porte-avions français car cela serait une totale perte de temps. En filigrane des déclarations de la ministre des Armées se profile le remplacement à plus ou moins long terme du Charles de Gaulle actuellement à mi-vie.

Surtout cette réaction de la ministre fait suite aux déclarations du général d’armée François Lecointre, actuel Chef d’État-Major des Armées. Ce vendredi 7 septembre 2018 le patron des armées françaises faisait état dans les colonnes du journal Le Monde d’une forte dégradation des budgets alloués à la défense depuis 2017.

Pour autant il ne faut pas se méprendre, la question du second (et à fortiori du deuxième) porte-avions français relève depuis une vingtaine d’années du plus parfait exemple de serpent de mer. Que ce soit la droite ou la gauche française personne n’a jamais eu dans l’idée de l’étudier sérieusement et encore moins de le commander. En terme budgétaire il s’agit en effet d’une gageure dans une période où chacun tente de ramener les dépenses publiques à l’équilibre. Il suffit de voir les atermoiements autour du programme de sous-marins nucléaires d’attaque de classe Suffren (anciennement Barracuda) censé remplacés les navires de classe Rubis actuellement en dotation. Pour mémoire leur étude remonte à vingt ans maintenant.

C’est aussi une maladie bien française que de vouloir toujours tout prévoir de manière très administrative et en prenant au maximum son temps. Au final on se retrouve avec des programmes militaires finalement rapidement dépassés et que l’on peine à mettre en œuvre correctement.

De ce fait la déclaration de la ministre des Armées peut être avant tout considéré comme un contre-feu face aux déclarations du général Lecointre. Aucun doute à avoir que ce second (ou deuxième) porte-avions est loin d’être la priorité de l’Élysée en matière de défense. D’ailleurs à la différence de son prédécesseur Emmanuel Macron n’a lancé aucun chantier majeur pour l’Armée de l’Air ou la Marine Nationale au cours de sa première année de mandat, et ça c’est un signe.

Photo © ministère des Armées.

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5 COMMENTAIRES

  1. Pour moi la question du 2ème porte avion est réglé, pour la durée de vie du CDG il n’y en aura pas.
    La question qui se pose actuellement c’est celle du remplacement du CDG, il a été mis en service en 2001 mais les études et la construction avaient commencer au début des années 80, il a donc fallut au moins 20 ans entre la décision et la réalisation, si on veut le remplacer en fin de vie en 2040, il faut dès 2020 prévoir le lancement d’une nouvelle classe.
    Que celle classe contienne un ou plusieurs navire c’est une question à laquelle on est pas obliger de répondre dans l’immédiat

  2. Un deuxième porte-avion implique plus de navires d’escorte, plus d’avions et le personnel qui va avec.
    Financièrement c’est plus lourd mais c’est le prix pour la permanence à la mer.

  3. De l’utilité d’un porte avions au XXI siècle? Moins évidente, surtout à l’ère des armes hypersoniques. Et comme le dit Voltaire, il faudra l’escorte, les avions, et le personnel que l’on a pas. ( et la marine attire moins ! ) La priorité devrait être la surveillance et défense de nos zones économiques maritimes. Et de ce côté là, on est bien à poil….

    • @olivier 15
      Peut-être dans une guerre ouverte avec une nation qui possède ces armes et encore, car ce genre d’attaque entraînera une réponse nucléaire tactique pour détruire une base par ex.
      En revanche dans une guerre asymétrique ou psychologique, un PA est un outil assez efficace.

  4. A une époque pas très lointaine on avait un vrai budget défense mais ça c’était avant.
    Il y a tellement de choses à financer, hopitaux et système de santé à bout de souffle, forces de l’ordre usées, infrastructures diverses en décrépitude, énergie… que la construction d’un nouveau porte-avion apparaîtrait comme un camouflet pour ces derniers.

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