Après l’excellent article de Marcel sur la garde nationale aérienne de Hawaï il est peut-être nécessaire de lever certains doutes qui peuvent exister sur les différences entre les deux formes de réserves qui existent dans l’aviation américaine. Aspect lié à son histoire l’Amérique contemporaine dispose en effet de deux forces aériennes de réserves : l’Air Force Reserve Command et l’Air National Guard. Totalement indépendante l’une de l’autre elles ont d’ailleurs plus de points de divergences que l’on ne pourrait croire. Petit tour d’horizon pour mieux comprendre ce particularisme typique des États-Unis.

Pour commencer il est bon de rappeler que l’Air Force Reserve Command (ou AFRC) et l’Air National Guard (ou ANG) sont deux commandements de la défense américaine faisant appel à des pilotes réservistes. Ceux-ci sont dans leur très grande majorité d’anciens pilotes d’active de l’US Air Force mais qui ont choisi de servir dans l’une ou l’autre de ces composantes. Il est formellement impossible d’appartenir aux deux ou bien de passer de l’une à l’autre comme bon leur semble.

Commençons avec l’Air Force Reserve Command dont l’activité est totalement gérée conformément à la loi fédérale américaine et plus particulièrement au Titre 10, sous-titre E, de l’US Code. Le sous-titre E est lui-même directement indexé au sous-titre D, celui de l’US Air Force. À ce titre l’AFRC est directement placée sous les ordres l’USCiC, l’US Commander-in-Chief, c’est à dire le titre militaire porté par le Président des États-Unis. Par délégation ce dernier l’a remis entre les mains du Pentagone.
Chose importante l’AFRC est totalement sous la coupe du Posse Comitatus Act. Cette loi, considérée comme fondamentale aux États-Unis, a été signée le 18 juin 1878 par le président Rutherford Hayes. Elle prévoit que les militaires n’ont aucunement le droit d’intervenir dans les affaires du gouvernement fédéral, dans celles de la justice, dans une procédure judiciaire, ou bien encore dans les affaires liés au système monétaire américain.

General Dynamics F-16C Fighting Falcon aux couleurs du 301st Fighter Wing de l’AFRC.

Sur les aspects purement opérationnels l’AFRC mène les mêmes missions que le reste de l’US Air Force à cela près que certaines lui sont totalement dédiées. C’est notamment le cas de la reconnaissance météorologique, menée par les actuels Lockheed-Martin WC-130J Weatherbird. Comme les autres composantes de l’US Air Force l’AFRC peut-être engagé dans des missions de combat à l’étranger ou lors d’exercice de l’OTAN.
Ses effectifs sont composés de 83% de réservistes et de 17% de personnels d’active, de tous corps et grades.

Lockheed C-130H Hercules du 934th Airlift Wing de l’AFRC.

Abordons désormais l’Air National Guard. Son activité est directement liée au Titre 32, sous titre C de l’US Code. À ce titre l’ANG est placé sous le commandement de son gouverneur fédéral de rattachement géographique. Ça tombe bien il n’y en a qu’un par état, qu’il soit gigantesque comme l’Alaska, la Californie, ou le Texas ou ridiculement petit comme le Connecticut, le District de Columbia, ou encore le Rhode Island. Chaque état américain dispose d’au moins une escadrille de l’ANG. On en trouve également à Guam, Porto-Rico, et aux îles Vierges même si ces territoires ne sont pas des états américains mais des formes de protectorats. En temps de guerre ou suite à un vote du Congrès l’ANG peut être temporairement placé sous le commandement présidentiel, mais jamais pour une durée excédant dix-huit mois.

Boeing KC-135R Stratotanker du 168th Aerial Refueling Squadron de l’ANG.

À la différence profonde avec l’AFRC l’ANG n’est pas contrainte par le Posse Comitatus Act. Sauf bien sûr quand elle est placé sous commandement présidentiel. Le reste du temps l’ANG peut remplir des missions qu’en Europe nous aurions tendance à qualifier de service publique. C’est ainsi que leurs avions et hélicoptères peuvent mener des missions de lutte anti-feu ou encore d’appui lors d’une catastrophe lié aux transports.
Pour autant l’ANG dispose également d’avions de combat. Dans ce dernier cas leurs missions à l’intérieur du territoire américain concerne à 80% la défense aérienne et l’interception d’aéronefs. Les missions d’appui aérien rapproché et de reconnaissance tactique ne représentent que 20%.
Les ressources humaines de l’ANG se répartissent entre 70% de réservistes et 30% de personnels d’active. Il est à signaler qu’à la différence de l’AFRC les employés civils de l’ANG ne sont pas considérés comme des fonctionnaires fédéraux mais relevant de l’état lui-même.

General Dynamics F-16C Fighting Falcon du 175th Fighter Squadron de l’ANG.

Désormais vous en savez un peu plus sur ce qui différencie l’Air National Guard de l’Air Force Reserve Command. Bien entendu d’autres différences existent mais ne voulant pas sembler trop technocratique nous avons décidé de les laisser de côté.

Photos © US Department of Defense.

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2 COMMENTAIRES

  1. Merci pour ces explications.
    Au final, pour les Etats-Unis c’est un moyen peu cher de garder des pilotes expérimentés. En Europe et ailleurs pas mal de pilotes des forces aériennes quittent au bout de quelques années pour gagner mieux leur vie dans le privé. Avec ce système américain, ces « vétérans » sont gardés. Tout le monde est content: le pilote continue à voler et faire des missions sur des appareils militaire pendant que les militaires continuent de profiter de l’expérience (et le nombre) des pilotes..

    Franchement, le concept est brillant. On devrait s’en inspirer.

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