Durant ce 75ème anniversaire de l’opération Overlord, les Canadiens honorent les derniers Canucks encore en vie après avoir défié la mort sur la plage Juno et dans les bocages de Normandie. Dans le ciel normand, les Canucks ont également participé à cette sanglante bataille au sein de la Royal Air Force (RAF) et de l’Aviation royale canadienne (ARC).

Le surnom Canuck fréquemment utilisé par les alliés anglophones dès la Première Guerre mondiale remonte en fait bien avant ce conflit. Né sous la plume de caricaturistes en 1869, Johnny Canuck fut alternativement dépeint comme un fermier, un bûcheron, un cow-boy ou un soldat. C’était un grand gaillard qui n’hésitait pas à résister aux agissements de John Bull (Grande-Bretagne) et de l’Oncle Sam (États-Unis) parfois défavorables aux intérêts de la toute jeune confédération canadienne. Il fut l’une des premières personnifications du nationalisme canadien.

Dans l’univers de la bande dessinée, Johnny Canuck prend la forme d’un héroïque pilote canadien ayant combattu durant la Deuxième Guerre mondiale. Alors que l’Armée canadienne peinait à recruter suffisamment de soldats pour grossir ses rangs, forçant le recours à la conscription, l’ARC fut submergée par les volontaires désirant s’enrôler. Johnny Canuck a certainement contribué à cet afflux des jeunes canadiens dans les écoles du Programme d’entraînement aérien du Commonwealth.   

La première aventure de l’intrépide Johnny Canuck est apparue en février 1942 dans le périodique Dime Comics publiée par Bell Features de Toronto. Ce personnage fut créé par le collégien Leo Bachle. En mentant sur son âge, Leo avait réussi à s’enrôler dans l’armée dès l’entrée en guerre du Canada en 1939. Il en fut évincé quelques mois plus tard, lorsque le pot aux roses fut découvert. Dépité, l’adolescent retourna aux études et combattit les forces de l’Axe non pas avec une carabine, mais avec sa plume.

On sait moins de choses sur la jeunesse de Johnny Canuck. Son premier contact avec l’aviation fut probablement avec un biplan Canadian Aeroplanes JN-4 Canuck lors d’une fête foraine à l’époque des Barnstormers. Très tôt durant la guerre, Johnny devint un pilote de chasse émérite ainsi qu’un habile agent secret lors de missions d’infiltration. Au fil de la trentaine d’aventures publiées entre 1942 et 1946, Johnny a combattu en Afrique du Nord, en Europe et en Asie.

La carrière militaire de Johnny Canuck a brusquement pris fin, alors qu’il aurait pu voler à nouveau en France et en Allemagne aux commandes de chasseurs Canadair CL-13 Sabre et Avro CF-100 Canuck pour contrer la menace soviétique. La tradition de l’intrépide pilote canadien se poursuivit plutôt avec Dan Cooper. Quant à Johnny Canuck, il est disparu sans laisser de traces. Malgré ses exploits de guerre, l’humble Johnny aspirait sans doute à une vie paisible. Amant de la nature, j’aime croire qu’il est devenu pilote de brousse. Comme bien des aventuriers désirant fuir la «civilisation», on dit qu’il affectionnait particulièrement le Yukon, Johnny y a probablement construit une cabane sur les rives d’un lac isolé uniquement accessible avec son hydravion Fleet 80 Canuck. Quant à son «père» Leo, il changea également de carrière, devenant un comédien connu aux États-Unis sous le nom d’artiste Les Barker.

Hormis son apparition dans une collection de timbres de poste portant sur les héros canadiens de la bande dessinée parue en 1995, Johnny Canuck est aujourd’hui tombé dans l’oubli car aucune réédition de ses aventures n’a vu le jour. Prises hors du contexte de la propagande de guerre prévalant à l’époque, il faut dire que les images résolument racistes de ses ennemis seraient maintenant prestement décriées par les tenants de la rectitude politique ! Lorsque j’étais gamin, je me souviens vaguement d’avoir feuilleté quelques numéros des aventures de Johnny trouvés dans un coin de débarras. Dommage de ne pas les avoir conservés, car certains collectionneurs sont prêt à payer un petit pactole pour ces souvenirs de guerre !

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2 COMMENTAIRES

  1. Je n’avais jamais entendu de ce personnage et son graphisme est assez sympa. Je ne sais pas si c’est le fait qu’il soit Canadien mais il tient autant visiblement de la BD belge que du comics américain. Ça donne envie de se plonger dans ses aventures.

  2. Qu’Arnaud se console! Je suis un passionné de bandes dessinées depuis ma tendre enfance, mais je n’ai jamais entendu parler de ce héros.. Le lecteur qui suit semaine après semaine d’une aventure de son héros comme Dan Cooper dans un journal comme Tintin éprouve une sensations bien particulière et fort différente de la lecture en album de cette même aventure.

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