On le sait l’histoire commune entre la Turquie et l’Arménie est compliquée, la première ayant commis un génocide contre la population de la seconde entre 1915 et 1923. Or ce mercredi 29 juillet 2020 au moins deux avions-cargos A400M turcs ont déployé des hélicoptères militaires en Azerbaïdjan, à quelques kilomètres seulement de la frontière arménienne. Surtout Arménie et Azerbaïdjan sont actuellement en conflit plus que larvé autour du Haut Karabagh. Cette petite république à majorité arménienne est revendiquée depuis la chute de l’URSS par l’Azerbaïdjan.

Officiellement l’armée turque s’est déployée à la demande expresse du gouvernement azerbaïdjanais afin de participer à une série de manœuvres terrestres et aériennes à grande échelle. Ankara doit d’ailleurs envoyer sur zone des forces spéciales qui doivent participer aux exercices. En attendant ce sont au moins deux avions de transport stratégique Airbus Military A400M Atlas qui ont été aperçu sur place. Et l’un d’eux a été surpris en train de décharger deux hélicoptères de combat TAI T129 Atak. Pour mémoire cette redoutable machine de guerre est un dérivé local de l’AgustaWestland AW.129 Mangusta.

Au moins un autre modèle d’hélicoptère a été aperçu en Azerbaïdjan : un Sikorsky S-70A Blackhawk. Il faut savoir qu’une partie de ceux-ci a été optimisée par l’industrie aéronautique turque afin de permettre l’infiltration et l’exfiltration de commandos au-delà des lignes ennemies. Si la Türk Kara Kuvvetleri, c’est à dire l’armée turque, utilise ces deux types d’hélicoptères ils sont en revanche absents de l’arsenal azerbaïdjanais. Hormis quelques drones israéliens l’Azerbaïdjan repose encore son armement aérien sur du matériel ex-soviétique ou russe.

Les pales du rotor de ce Blackhawk turc ne sont même pas encore remontées.

Bien entendu on peut comprendre que ces deux pays réalisent un exercice, ils en font souvent car leurs liens sont étroits. L’Azerbaïdjan fait partie de la zone d’influence d’Ankara. Sauf que les récents combats terrestres qui ont occasionné une vingtaine de morts entre forces arméniennes et azerbaïdjanaises rendent cette manœuvre bilatérale très suspecte.
En filigrane la communauté internationale et l’Arménie s’inquiètent d’une possible escalade de la part de la Turquie et de son interventionnisme de plus en plus exacerbé. Il ne faudrait pas que ses hélicoptères franchissent les frontières azéries. D’ores et déjà le gouvernement arménien a annoncé qu’il fermait son espace aérien aux avions militaires turcs. Or pour aller de Turquie en Azerbaïdjan il faut forcément survoler le territoire de l’Arménie. En cas d’impossibilité les A400M Atlas turcs devront emprunter les espaces aériens géorgiens ou iraniens. Dans les deux cas ce n’est diplomatiquement parlant pas gagné !

On peut être sûr que la communauté internationale et notamment l’OTAN vont observer de près les mouvements de l’aviation turque dans la région.

Photos © Agence France Presse.

Publicité

11 COMMENTAIRES

  1. Je m’interroge sur l’action que pourrait mener l’OTAN ? on le vois actuellement en mer Méditerranéenne, la marine turc continue de défier les navires au large de la Lybie et au niveau de Chypre, a part des condamnation verbale, l’action de l’OTAN reste limité. Je pense que la Turquie joue sur le fil du fait de son appartenance à celle-ci, bon courage à l’Arménie pour ces moments difficiles qui s’annoncent…

    • L’un des axes d’attaque de l’OTAN est la finance. Les subventions militaires allouées à la Turquie sont bien plus fortes que ce que reconnait l’actuel pouvoir d’Ankara. C’est un très fort moyen de pression notamment vis à vis d’un pays à l’industrie aéronautique finalement encore faible.

      • Effectivement, vu de cette manière, je comprend mieux les dernières orientations turc en matière d’aéronautique, ils ont toufefois le même problème sur l’industrie lourde en matière d’armement, ils ont longtemps dépendu de l’Allemagne pour certains secteurs (motorisation, canon,…). En espérant que les alliés de l’Arménie montre un peu les muscles.

    • L’OTAN prend des pincettes avec la Turquie pour ne pas la vexer. La Turquie est une pièce maîtresse de l’OTAN et elle le sait c’est pour ça qu’elle s’autorise des interventions hostile car elle n’a pour l’instant pas grand chose a craindre de l’OTAN.

  2. L’Otan n’a été construite que contre la menace du pacte de Varsovie, où est la menace aujourd’hui? Pourquoi autant de précautions vis à vis de la Turquie? J’ai peur que tout cela finisse mal……

    • L’OTAN a évolué avec les changements de périls, elle s’est élargie, elle s’est spécialisée. La preuve avec les actuels drones RQ-4D Phoenix ou encore avec ses engagements face aux menaces russes contre les intérêts européens dans les états baltes.

      • Intérêts Européens ou Américains?
        Vis à vis de la Turquie, j’ai un peu de mal à comprendre la complaisance dont nous faisons preuve, OTAN comprise…..

        • Intérêts américains bien sûr car il serait dans l’intérêt des européens de se rapprocher de nos voisins russes, ne serait-ce que pour commercer et éviter les tensions inutiles.
          Nos amis U.S. par contre redoutent un tel rapprochement et font tout pour l’éviter, avec succès jusqu’à présent.

        • S’il vous plait Palou pensez à vous souvenir que vous êtes sur un site aéronautique et non un forum anti-américain. D’avance merci.

  3. Entendu Arnaud mais très honnêtement je ne suis pas du tout anti-américain. Mais pas non plus anti russe en tout cas je cherche une position équilibré loin de toute idéologie et sur ce point je vous rejoint 😉

  4. Il est aussi probablement de bonne guerre que de laisser la Turquie s’épuiser économiquement en la laissant gesticuler en Méditerranée et ailleurs. On peut donc espérer que les tensions s’apaisent avec le temps.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom