L’industrie aéronautique russe va atteindre un niveau de concentration inédit, même par rapport à l’ère soviétique. L’entreprise publique Rostec se prépare à fusionner les bureaux d’études des avionneurs Mikoyan et Sukhoi, cherchant ainsi à réduire ses coûts de production. Dans un second temps ceux des constructeurs Ilyushin, Irkut, et Tupolev subiront le même sort. C’est United Aircraft Corporation qui assurera l’unification de tous ces moyens.

En bon français on appelle cela une usine à gaz. Pour mémoire au lendemain de l’effondrement du bloc soviétique toutes les entreprises d’état d’ex-URSS avaient gagné leur indépendance. Certaines avaient par la même occasion disparues, d’autres s’étaient adaptées à l’économie de marché. Les constructeurs aéronautiques comme Mikoyan, Sukhoi, ou d’autres avaient réussi à vivoter grâce à divers montages financiers.
Ces deux avionneurs s’affrontaient régulièrement sur des marchés extérieurs, une nouveauté qui n’existaient pas du temps des Soviétiques.

Car sous l’URSS les états satellites de Moscou achetaient les avions sans avoir recours au principe d’appel d’offres. Celui-ci n’existait pas dans le système centralisé marxiste. Son apparition après 1990 fut donc une grande nouveauté, un gouffre idéologique pour beaucoup.
Fin 2007 l’ex fonctionnaire soviétique désormais maître du Kremlin, Vladimir Poutine, décida d’en finir avec cette liberté industrielle et économique en créant Rostec. L’entreprise publique russe allait y mettre bon ordre en mutualisant les moyens financiers de ces structures. La branche United Aircraft Corporation avait pour mission d’assurer leur commercialisation sur un modèle issu justement de l’administration d’URSS mais supposée adaptée au monde contemporain.

Sauf que jusqu’à ce mois de mars 2021 les constructeurs d’avions de combat Mikoyan et Sukhoi avaient une liberté assez grande dans le développement de leurs avions. C’est désormais fini. Moscou remet la main dessus et ne compte plus la lâcher, en tous cas tant que Vladimir Poutine sera aux manettes du pays. Leurs bureaux d’étude, c’est à dire le lieu même où les avions naissent vont fusionner. Un même ingénieur ou un même designer pourra au gré des volontés du pouvoir politique travailler un jour pour l’un des constructeurs et un autre pour le second.
Cela n’existait pas du temps de l’URSS et n’existe nul part ailleurs dans le monde, même pas en Chine communiste.

Certains observateurs y voient aussi une volonté de la part de Moscou d’en finir avec la liberté intellectuelle de Mikoyan. Ce constructeur est réputé beaucoup moins «poutinien» que Sukhoi et, paye bien souvent son indépendance depuis plusieurs années par des contrats en baisse.

Sans même attendre de savoir si cette fusion sera ou non une réussite Rostec a annoncé vouloir en faire autant avec les bureaux d’étude civils des constructeurs Ilyushin, Irkut, et Tupolev. Sur le marché commercial on sent bien que la Russie veut combler son retard vis à vis des avionneurs américains, chinois, et européens. En a t-elle réellement les capacités et la compétence ? On le saura sans doute assez vite.

Reste donc à savoir si l’idée russe de concentration des moyens d’ingénierie est une bonne ou une mauvaise idée. Malheureusement dans un pays où la liberté de la presse n’est qu’une illusion il y a peu de risque de le savoir officiellement. Il faudra attendre les analyses étrangères. Elles devraient intervenir dans les prochains mois.

Photo © ministère russe de la défense.

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1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,
    Dans ce cas là, pourquoi ne pas avoir qu’un seul constructeur étatique ? C’est bizarre de tout fusionner mais de garder des entités séparées.
    Je sais que dans l’automobile ç’est plus ou moins le cas dans les groupes Volkswagen ou Stelantis où les motorisations, châssis où éléments d’habitacle sont communs. mais appliqué à l’aéronautique çà me paraît bizarre. Peut être que cela fonctionnera. On verra.

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