Le porte-avions NAe Sao Paulo gît au fond de l’Atlantique sud.

Quel énorme gâchis ! En catimini ce vendredi 3 février 2023 la Marinha do Brasil a procédé au sabordage de son ancien porte-avions NAe Sao Paulo à environ 350 kilomètres de ses côtes, dans l’Atlantique sud. Considéré comme une «bombe environnementale à retardement» par les écologistes brésiliens celui qui s’appela Foch dans la Marine Nationale est désormais un amas de ferrailles et de matériaux toxiques gisant par environ 5000 mètres de profondeur. Pas sûr que James Cameron en fasse un film à grand succès.

Quelques heures seulement avant cette décision inique nous abordions ce triste fait divers, sauf que le NAe Sao Paulo voguait encore, faisant des ronds dans l’eau de l’Atlantique sud depuis son refoulement des eaux territoriales méditerranéennes de la Turquie.
Triste fin donc que celle de celui qui fut construit pour la Marine Nationale comme un sister-ship du fameux Clemenceau et permit ensuite de remplacer le NAeL Minas Gerais dans la Marinha do Brasil. C’est aussi l’épilogue d’un feuilleton sur la décrépitude économique de la défense brésilienne à l’ère Bolsonaro, capable de parader avec de superbes Embraer U-100A Phenom et Saab F-39E Gripen mais totalement inapte pour penser l’après NAe Sao Paulo.

Car le sabordage par la Marinha do Brasil de cet ancien porte-avions n’est pas juste l’écocide que dénoncent désormais les écologistes du monde entier. C’est aussi tout l’échec d’un système, d’un mandat Bolsonaro durant lequel on a cru que les militaires brésiliens allaient jouir de budgets en conséquence mais qui ne se sont finalement révélés être que des financements de façade. L’ancien président, pourtant ancien officier supérieur, n’avait aucune vue à moyen ou long terme, juste à court terme, celui de sa volonté de rester au pouvoir. Là aussi c’est raté pour lui.

Et désormais c’est donc l’Atlantique sud qui pâtit de la nullité du régime bolsonariste. Pas uniquement les milliards de poissons et de mammifères marins qui l’habitent mais bien tout l’écosystème. Ils ont récupéré 30 000 tonnes de ferrailles et des centaines de tonnes de matières hautement toxique comme l’amiante ou les peintures au plomb. Bien sûr à 5000 mètres de profondeur la nature fera son œuvre et la pression exercée devrait tordre les superstructures du vieux porte-avions déjà bien affaibli mais il n’en demeure pas moins que le NAe Sao Paulo contamine déjà toute la zone. Et à la différence d’un paquebot heurtant un iceberg en Atlantique nord il ne s’agit pas là d’un accident mais d’un acte délibéré de la main de l’homme. Et je n’ai pas peur d’écrire, certains me le reprocheront sans doute, que le sabordage du porte-avions brésilien est un crime contre notre planète.

Photo © Marinha do Brasil.


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

11 réponses

  1. Merci, Arnaud, pour vos articles, commentaires avisés. Et, effectivement, avec vous, je soutiens les termes de « crime contre notre planète »…

  2. Ca en fait des navires coulé dans l’atlantique sud, entre le Gaf spee, le belgrano et le sheffield, il va y avoir plus de place a force!

    1. c’est rien comparé a l’atlantique nord (les millions de tonnes de navires coulé pendant les deux guerre mondial et les accident civil dans des transatlantique), le detroit de savo (qui a vu 5 bataille naval majeur pour le contrôle de guadalcanal en moins d’un an et a pris le surnom d’iron bottom sound) ou le golf de leyte (des dizaines de navire et plus d’un milliers d’avion detruit en moins de 3 jours)

  3. le pire c’est qu’il n’y a ici absolument aucune surprise possible. La dépollution du Clémenceau a dégagé une documentation complète des contaminants à extraire, le Brésil était donc très bien armé pour un appel d’offre de déconstruction, personne ne peut plaider la « surprise », comme cela a été le cas entre les Turques et les Brésiliens (si les brésiliens ont bien partagé les informations avec le chantier… à confirmer).
    Je ne sais pas quelle est la définition légale de crime, mais c’est bien ressenti comme tel.

    Par contre les 500 bars de pression à 5000 m de profondeur ne vont rien écraser côté superstructure: ce n’est pas un sous-marin qui s’enfonce au delà de sa limite; les brésiliens auront ouvert toutes les portes étanches pour que ça coule. Je ne sais pas si la coque a été plastiquée / coulée avec des torpilles / missiles etc… mais si ils ont juste explosé les vannes passe-coque, il a probablement coulé d’un seul morceau, et il le sera encore au moment de s’écraser au fond.

    Merci Arnaud de nous tenir au jus si vous avez vent de la méthode de sabordage, je n’ai rien lu / vu à ce sujet.

  4. C’est pas pire que les « fusees et autres satelites et stations spaciale » qu’ils font finir au point nemo…
    Mais la curieusement on ne parle pas de pollution.
    Quand l’arbre cache la forêt.
    Bref
    Par contre comment a t’il ete saboté ce fameux rafiot? Torpilles, missiles ou simplement explosifs.

    1. Sur les conditions du « sabordage » je n’ai pu extraire des éléments de réponse qu’ici:
      © Mer et Marine https://www.meretmarine.com/fr/defense/l-epave-du-porte-avions-sao-paulo-git-par-5000-metres-de-fond-au-large-du-bresil

      « L’opération a été conduite par la marine brésilienne, qui a placé des charges explosives à des points critiques de la coque, permettant apparemment d’ouvrir trois brèches principales par lesquelles l’eau s’est engouffrée dans le vieux bâtiment, qui avait été mis en service en 1963, vendu par la France en 2000 et désarmé depuis 2018. L’objectif était de permettre à l’épave de couler en limitant au maximum sa désagrégation pendant sa descente vers les abysses »

  5. Ne pas oublier que le donneur d’ordre est M. Lula président de gauche et écolo, Bolsonaro lui avait tout fait pour son démantèlement qui devait avoir lieu en Turquie, son successeur n’a rien fait pour trouver une autre solution que de le couler, une fois de plus M. Lula démontre, qu’il s’en bat le flan gauche avec une pelle a gâteau de l’écologie et de son peuple, il ne peut être que de gauche. Il vient de faire un crime contre l’environnement identique à un crime contre l’humanité ou sont les médias pour dénoncer cela……et montrer le vrai responsable.

    1. C’est rigolo comme les bolsonaristes sont capables des pires travestissements de la vérité, un peu comme leurs coreligionnaires trumpistes. Ils n’assument pas les dérives de leur ex leader, celui là même qui a lâchement fui en Floride afin de ne pas transmettre les pouvoirs au président nouvellement réélu. C’est évidemment un commentaire hautement mensonger de votre part monsieur ou madame Noca puisque c’est justement l’administration Bolsonaro qui a refusé de mettre en conformité le porte-avions avant son transfert vers la Turquie. De tels mensonges masquent mal la responsabilité de l’ancien autocrate, mais le représentent si bien. L’épave du NAe Sao Paulo est à mettre à son actif comme sa dramatique gestion du Covid-19 durant laquelle des centaines de milliers de Brésiliens sont morts.
      Espérons pour leur bien que les Brésiliens en ont fini avec les années de honte, les années Bolsonaro, les années d’un incapable populiste.

  6. Excusez moi, mais bien qu’un farouche anti bolsonaro, c’est bien sous la nouvelle ère Lula que la décision a été prise, non?

    1. La décision judiciaire oui. La volonté politique du gouvernement Lula était de poursuivre la recherche d’une solution plus écoresponsable. Mais un juge en a décidé autrement et a validé la volonté des militaires.
      C’est là l’héritage du bolsonarisme, des juges à la solde de l’armée.

  7. Quand on voit ce qu’il reste du Titanic au bout de 100 ans…
    Oui, c’est pas une bonne chose pour l’amiante et le plomb, mais faut pas non plus exagérer. Les crustacés et bactéries dévorent le fer et l’acier comme pas possible. Ça fertilise les fonds marins et ça, c’est prouvé. On ne peut pas l’écarter d’un revers de main. Tous ces crustacés et algues alimentent des poissons. Ils auront un peu de plomb, un peu d’amiante, mais c’est tout.
    Je serais plus embêté par des déchets radiologiques ou des armes bactériologiques.
    Pour du plomb ou de l’amiante, faut quand même garder les pieds sur terre. L’amiante est embêtant pour les voies respiratoires sous forme de poussière. Dans ce cas, il n’y a rien de sérieux. Pour le plomb, c’est soit le saturnisme (peu probable au fond de la mer) soit sa présence sous forme de particules dans l’atmosphère (impossible dans ce cas) qui sont problématiques.
    Je suis tout ouï si certains ont des vrais informations sur des problèmes que je ne cite pas.
    PS: je ne suis pas sensible au sensationnalisme ou aux passions, j’y vois une régression infantile. En revanche, je suis très ouvert à la raison. Je peux me tromper, mais on s’explique intelligemment et non sous le mode cris de panique ou pointage du doigt.

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