La semaine dernière les tensions entre les Chinois et les Philippins se sont encore accentuées ! Un Cessna C-208 en mission de patrouille maritime a été intercepté par des chasseurs chinois aux abords du récif de Scarborough, en mer de Chine méridionale.
Selon Manille, l’un des appareils chinois, identifié comme un Shenyang J-16, a multiplié les manœuvres dangereusement rapprochées. Selon le porte-parole des forces armées philippines, le J-16 se serait même approché jusqu’à environ 100 mètres du C-208, avant de le dépassé et de se placer dans son sillage. Les Philippines estiment que cette dernière manœuvre visait à perturber l’écoulement de l’air autour du C-208 et compromettre sa stabilité. L’équipage philippin a néanmoins pu regagner sa base sans dommage signalé. Pékin affirme de son côté avoir intercepté et chassé un appareil qui aurait pénétré illégalement dans l’espace aérien qu’il revendique. Après visionnage de la courte vidéo prise par l’équipage philippin, je ne peux cependant pas dire que je suis choqué par l’agressivité de la manœuvre. Celle-ci laisse simplement entrevoir le J-16 se rapprocher du C-208, puis le dépasser, avant que la vidéo ne se coupe.

Situé à environ 230 kilomètres des côtes philippines, le récif de Scarborough est depuis longtemps au cœur du différend territorial entre les deux pays. La Chine en assure le contrôle effectif depuis 2012, tandis que les Philippines continuent d’y mener des patrouilles maritimes et aériennes. Ces vols permettent notamment de surveiller les activités chinoises et de documenter les mouvements dans une zone revendiquée par Manille. Ils sont régulièrement contestés par Pékin, qui cherche à affirmer sa présence autour du récif.
Selon les autorités philippines, le C-208 a rencontré deux appareils militaires chinois, dont un J-16 clairement identifié. Le chasseur se serait rapproché à plusieurs reprises du monoturbopropulseur, manœuvrant devant lui et autour de lui au point de créer un risque pour la sécurité du vol.
De son côté, la Chine présente une version différente des événements. C’est le commandement du théâtre sud qui affirme avoir expulsé l’appareil philippin, accusé d’avoir pénétré illégalement dans son espace aérien. Une vidéo diffusée par l’Armée populaire de libération montre des chasseurs J-16 intercepter le Cessna. Néanmoins, à partir de ces seuls éléments, nous ne pouvons ni reconstituer précisément toutes les manœuvres ni déterminer les distances entre les appareils.
Arrêtons-nous un instant sur le contraste entre les deux avions. Le Cessna C-208 Caravan est un monomoteur à turbopropulseur conçu initialement pour le transport léger. Ses qualités de simplicité et d’endurance en font une plateforme adaptée aux missions de surveillance, pour lesquelles la capacité à observer une zone compte davantage que la vitesse. Le J-16 est, à l’inverse, un chasseur multirôle biréacteur dérivé de la famille du Su-27, doté d’une avionique moderne et capable d’emporter un important armement air-air et air-sol. L’écart de vitesse et de performances entre les deux appareils est considérable, ce qui pousse le J-16 de réaliser des manœuvres proches de la vitesse de décrochage très rapprochées autour du Cessna !

Mais dans ce type d’interception, il n’est pas nécessaire d’employer ses armes pour exercer une pression sur l’avion adverse. Des passages rapprochés et des changements de trajectoire peuvent suffire à intimider son équipage et à lui signifier que sa présence est contestée.
Mais rappelez-vous, une rencontre de ce type n’est pas un cas isolé. Le 21 décembre 2022, un chasseur chinois J-11 s’était approché à moins de six mètres du nez d’un RC-135 américain, obligeant son équipage à effectuer des manœuvres d’évitement. Aussi quelques mois auparavant c’était cette fois un J-16 chinois qui avait déjà intercepté un P-8A Poseidon australien en mission de surveillance maritime au-dessus de la mer de Chine méridionale. Selon le ministre australien de la Défense, le chasseur avait d’abord largué des leurres infrarouges avant de couper la trajectoire du Poseidon et de libérer un paquet de paillettes métalliques. Certaines avaient été aspirées par les moteurs de l’avion australien, qui avait néanmoins pu regagner sa base sans blessé. Canberra avait alors dénoncé une manœuvre dangereuse mettant en péril son équipage.
Un autre épisode, autrement plus grave, remonte au 1er avril 2001. Ce jour-là, un avion de renseignement électronique EP-3E Aries II de l’US Navy était entré en collision avec un chasseur chinois J-8II au-dessus de la mer de Chine méridionale, à proximité de l’île de Hainan. Le pilote chinois avait disparu en mer et avait été présumé mort. Gravement endommagé, l’appareil américain avait dû effectuer un atterrissage d’urgence sur une base chinoise. Ses 24 membres d’équipage avaient ensuite été détenus pendant onze jours, tandis que l’avion était conservé par les autorités chinoises avant son retour aux États-Unis en pièces détachées.
Ces précédents rappellent que les interceptions aériennes constituent un instrument de pression régulièrement employé dans les espaces contestés d’Asie orientale et ailleurs. Elles permettent de contester la présence d’un appareil sans recourir directement à la force, mais elles comportent aussi un risque évident d’accident !
Photo de couverture © Philippine Air Force
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