Au début des années 1930 la jeune compagnie aérienne Air France prit, comme d’autres en Europe, le virage des avions de ligne trimoteurs. Les vedettes dans ce type d’appareils étaient alors le Wibault Wib.282T ainsi que les Dewoitine D.333 et D.338 destinés aux vols courts et moyens courriers. Leurs succès poussa le transporteur français à rechercher un trimoteur beaucoup plus ambitieux puisque capable d’accueillir jusqu’à trente passagers en deux classes. L’un des deux concurrents dans cette compétition fut le Bloch MB.300 Pacifique.
Jusque là l’expérience de Marcel Bloch et de ses équipes dans les trimoteurs de transport civil se limitait en fait au MB.60 postal et au MB.120 dédié aux opérations coloniales. Cette fois le programme est nettement plus ambitieux. Les designers et ingénieurs sont mis au courant de l’importance de ce futur avion de ligne. Il reçoit la désignation de MB.300 et le patronyme Pacifique.
Plusieurs éléments architecturaux ont été prélevé sur le bombardier MB.210, à commencer par la voilure et le train d’atterrissage. Cependant le fuselage de section rectangulaire doté d’un toit arrondi et l’empennage cruciforme sont nouveaux. Afin de propulser leur avion les ingénieurs de Bloch font le choix de moteurs à quatorze cylindres en étoile Gnome & Rhône 14N dérivés de ceux du même MB.210. Le moteur central est un 14N-17 et les deux de voilures des 14N-1. Chacun développe 915 chevaux.
La cabine passagers est prévue pour quatorze places en première classe et seize en seconde, dans les deux cas dans un luxe remarquable pour l’époque. Un bar avec percolateur est même aménagé en première.
Le Bloch MB.300 Pacifique débute ses essais de roulage en octobre 1935 sur le terrain d’aviation de Villacoublay, à l’époque à la fois civil et militaire. C’est le 15 novembre de la même année que les pilotes d’essais André Curvale et Jean Lapeyre le font décoller pour la première fois. Il arbore alors l’immatriculation civile française provisoire F-AONB.
La campagne d’essais en vol va démontrer qu’il faille apporter des modifications substantielles. Le fuselage est légèrement rallongé tandis que la voilure rognée de quelques centimètre. L’aménagement intérieur est également revu pour passer à vingt-quatre passagers en une unique première classe. Le bar ne disparait pas.
À l’été 1937 après qu’une seconde campagne d’essais en vol ait eu lieu, cette fois à Marignane, l’avion de ligne est enfin certifié. Son immatriculation change et devient F-AOUI. Le prototype MB.300 Pacifique est remis à Air France afin d’être testé en condition réelle d’exploitation commerciale. Ces essais ont lieu en parallèle de son concurrent, le Dewoitine D-620 très proche dans son esthétique mais d’une conception plus avancée. Pour autant ni l’un ni l’autre ne réussirent à convaincre la compagnie aérienne. Ironie de l’Histoire plutôt qu’un de ces trimteurs Air France acheta onze Potez 621 bimoteurs.
Au printemps 1938 l’unique Bloch MB.300 Pacifique fut convoyé jusqu’en Espagne afin d’être pris en compte par les forces républicaines en lutte contre les forces franquistes soutenues par Hitler et Mussolini. L’avion y aurait réalisé quelques vols de transport de troupes, notamment de parachutistes. On ignore cependant son sort final.
Surnommé la «Grosse Julie», en référence à sa taille vis-à-vis du Junkers Ju 52/3 et son sobriquet de «Tante Ju», le MB.300 Pacifique fut le dernier avion civil trimoteur conçu par Bloch. Aujourd’hui encore il est représentatif d’une époque où l’aviation civile commerciale était le fait d’une élite financièrement confortable. En atteste la persistance du bar malgré les modifications apportées au gré du programme.
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