FICHE DESCRIPTIVE

Appareil : Bloch MB.210
Constructeur : Société des Avions Marcel Bloch
Désignation : MB.210
Nom / Surnom :
Code allié / OTAN :
Variante : MB.218
Mise en service : 1936
Pays d'origine : France
Catégorie : Bombardiers avant 1950
Rôle et missions : Bombardier moyen nocturne

HISTOIRE

Bloch MB.210 :
Un bombardier conçu pour les marins et adopté par les aviateurs”

La Bataille de France, qui se déroula du 10 mai au 22 juin 1940, fut une des plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale. Et pas seulement car elle vit l’annihilation des forces aériennes et terrestres françaises par le rouleau compresseur allemand. Dans le ciel elle démontra surtout la totale impréparation de l’Armée de l’Air tout autant que sa dotation parfois anachronique. Nombre de ses avions étaient dépassés quand d’autres n’étaient tout simplement pas aussi performants que ceux de l’ennemi. Dans ce dernier cas on retrouvait alors un avion pourtant au demeurant réussi mais qui avait très mal vieillit : le Bloch MB.210.

L’histoire du développement de ce bombardier moyen est symptomatique des atermoiements militaires français des années 1930.
Au cours de l’année 1932 la Marine Nationale émit un cahier des charges concernant un bombardier torpilleur bimoteur capable de frapper les plus navires de guerre ennemi. Sauf qu’à cette époque la France n’a pas d’ennemi disposant de cuirassiers ou de navires de ligne nécessitant un tel avion. Pour autant elle le veut.
L’ingénieur Marcel Bloch décide d’y répondre sous la forme d’un monoplan à aile basse cantilever construit intégralement en métal. Les premières ébauches apparues au cours de l’automne 1933 laissent entrapercevoir un avion dont l’architecture est inspirée du bombardier MB.200 alors développé pour l’Armée de l’Air. À cela près que le futur bombardier torpilleur est beaucoup plus fin et élégant.
Deux prototypes sont commandés sous la désignation de Bloch MB.210.

C’est dans l’usine Bloch de Courbevoie, alors dans le département de la Seine, que les deux prototypes virent le jour. Extérieurement il s’agissait pour chacun d’un monoplan à aile basse cantilever de construction métallique. Doté d’un fuselage de section rectangulaire et d’un train d’atterrissage classique fixe caréné le Bloch MB.210 était propulsé par deux moteurs à quatorze cylindres en étoile Gnome & Rhône 14K Mistral Major. Une tourelle pouvant recevoir une mitrailleuse mobile fut installée à l’avant de l’avion ainsi qu’un poste de tir dorsal. Une poste ventral en forme de gondole était également aménagée. La ou les torpilles étaient quant à elles entreposées dans une soute de fuselage.
C’est dans cette configuration, entre les mains du pilote d’essais André Curvale, que le premier vol de l’avion intervint le 24 novembre 1934.

Malgré une adaptation quasi parfaite au cahier des charges d’origine la Marine Nationale était circonspecte. Marcel Bloch proposa alors de faire de son MB.210 01 un avion doté d’un train réctractable afin d’augmenter son aérodynamisme. L’aéronavale française eut une demande plus radicale : transformer l’avion en hydravion à flotteurs.
Cela ne faisait pas fondamentalement peur à l’avionneur qui s’exécuta. Le chantier de transformation de la machine dura cependant durant toute l’année 1935 puisque finalement l’hydravion fut prêt à déjauger pour la première fois le 12 janvier 1936 depuis l’étang de Berre près de Marseille. Malgré des résultats assez décevants la Marine Nationale passa commande pour huit exemplaires de série alors désignés MB.218.

En parallèle l’Armée de l’Air s’était très vite intéresser à ce bombardier torpilleur qu’elle imaginait comme bombardier moyen nocturne. Le second prototype, commandé initialement par la Marine Nationale, fut repris à son compte par la jeune Armée de l’Air dès l’année 1934. Et les généraux français passèrent commande d’un développement de celui-ci comme BN4, c’est à dire bombardier de nuit quadriplace. L’option du train rétractable fut adoptée par les aviateurs.
Par un miracle administratif bien français ce second prototype fut lui aussi désigné MB.210 01 par l’Armée de l’Air. Et c’est dans une configuration désarmé qu’il vola à son tour le 12 décembre 1935.

Pour l’Armée de l’Air ce Bloch MB.210 était appelé à devenir le principal bombardier moyen, assurant même le remplacement rapide de son contemporain MB.200 autant que des biplans Lioré et Olivier LeO.20. Car en ce début d’année 1936 l’accession récente au pouvoir outre-Rhin du chancelier Adolf Hitler et son réarmement de l’Allemagne laissent craindre un nouvel embrasement de l’Europe. Tout comme la Royal Air Force en Grande Bretagne l’Armée de l’Air en France devait être le rempart face à cette Luftwaffe naissante.
Les bombardiers français se devaient donc de pouvoir frapper l’ennemi si la situation l’exigeait.
Sauf que la politique allait s’en mêler.
L’année 1936 fut aussi celle de la victoire des socialistes de la SFIO qui menés par Léon Blum allaient prendre les commandes du pays. Dans un grand effort de nationalisation le ministère de l’air de Pierre Cot fit fusionner les ateliers de plusieurs avionneurs. Ceux de Marcel Bloch se retrouvèrent intégrer à la toute nouvelle SNCASO, la Société Nationale de Construction Aéronautique du Sud-Ouest. Pour autant début 1937 le Bloch MB.210 et ses différentes sous-versions avait été commandé à 274 exemplaires pour le compte de l’Armée de l’Air.

Lors de leur entrée en service actif en novembre 1936 les Bloch MB.210 démontrèrent quelques défauts. Très modernes, sans doute trop pour les pilotes français de l’époque, ces avions avaient aussi un moteur mal adapté, trop peu puissant. Après une valse-hésitation entre le Hispano-Suiza 12Y en ligne de 1000 chevaux et le Gnome-Rhône 14N en étoile de 910 chevaux c’est finalement ce second qui fut acquis. Hormis quelques machines d’origine, très rapidement affectés à la transformation opérationnelle en école de pilotage tous les MB.210 furent construits comme tels.

Lorsque l’Allemagne nazie envahit la Pologne en septembre 1939, forçant la France et la Grande Bretagne a lui déclarer la guerre, le Bloch MB.210 était un des principaux bombardiers en service dans l’Armée de l’Air. Douze des trente-trois groupes de bombardements français, soit un peu plus d’un tiers, volaient sur ce bimoteur. Ses équipages avaient appris à l’apprécier et à en tirer le meilleur.
Durant la Drôle de Guerre, période entre septembre 1939 et mai 1940, les équipages de MB.210 passèrent de quatre à cinq membres. De BN4 l’avion passa à BN5. Désormais chaque poste de tir était doté d’un servant durant toute la mission. Jusque là le servant de la mitrailleuse dorsale devait se contorsionner pour rejoindre en vol le poste ventral tout en assurant le rôle de radionavigateur. Désormais il n’avait plus à se soucier de la gondole ventrale.

Les rapports des services de renseignement belges, britanniques, et français allaient tous dans le même sens : la Luftwaffe disposait d’avions hors du commun. Les pilotes français craignaient particulièrement les chasseurs Messerschmitt Bf 109 monomoteurs et Bf 110 bimoteurs. Les équipages de Bloch MB.210 comprirent bien vite que leurs avions allaient devenir des cibles de choix pour ceux-ci dès lors que les hostilités débuteraient réellement.
C’est la raison pour laquelle au début de l’année 1940 il fut décidé que les nouveaux Amiot 351 et Lioré et Olivier LeO.451 seraient affectés en priorité aux groupes de bombardement évoluant sur MB.210.
Trop tard.

Quand le 10 mai 1940 l’Allemagne hitlérienne déroula sa Blitzkrieg sept groupes de bombardement de l’Armée de l’Air volaient encore partiellement voire totalement sur Bloch MB.210. Jugés inaptes aux opérations de jour en raison des dangers de la chasse et de la DCA allemandes ces bimoteurs furent renvoyés en arrière ligne où ils réalisèrent des missions de harcèlement nocturne.
Lorsque le maréchal Pétain signa l’armistice avec Hitler le bilan des pertes de MB.210 en opération était quasi miraculeux. Seuls cinq avions avaient été abattus par les chasseurs allemands tandis que deux s’étaient percutés au retour d’une mission. Douze autres avaient été partiellement ou totalement détruits par des attaques de l’aviation et de l’armée allemandes. Il est à signaler que les équipages de huit MB.210 différents réussirent à gagner le sud de l’Angleterre afin de continuer la lutte au sein de la Royal Air Force puis des Forces Aériennes Françaises Libres. On ignore ce qu’il advint de leurs bombardiers.

Comme elle le fit avec les aviations belges, néerlandaises, et polonaises la Luftwaffe saisit une grande quantité d’avions français pour ses propres besoins. Au moins trente-sept de ces avions furent capturés par l’ennemi et envoyés en Allemagne où ils servirent pour l’entraînement avancé des équipages de bombardiers et des radionavigateurs jusqu’à la fin 1943. Faute de pièces détachés ils furent ferraillés sur place.
En 1941 la Luftwaffe cependant céda six de ses Bloch MB.210 à l’aviation bulgare qui les employa comme bombardiers torpilleurs et mouilleurs de mines en Mer Noire.
Il est à noter qu’un seul pays avait réellement décidé d’importer le bombardier français : la Roumanie. Sa force aérienne royale passa commande en 1938 pour vingt-quatre exemplaires. En raison de la guerre seuls les dix premiers purent être livrés. Les derniers d’entre eux furent retirés du service à l’été 1945.

Et les huit hydravions Bloch MB.218 dans tout ça ? Jamais la Marine Nationale n’en réceptionna le moindre. Seul le prototype servit quelques temps depuis la base aéronavale de Saint-Raphaël dans le Var. Il fut interdit de vol en juin 1940.

Avion moderne lors de son entrée en service le Bloch MB.210 était à l’image de nombreux autres appareils français qui furent ringardisés par les fulgurants progrès technologiques des ingénieurs allemands. Pour autant il demeure un bombardier à l’esthétique élégante et finalement une réussite. Simplement il n’aurait pas du combattre en 1940. Il fut le dernier bombardier conçu par Marcel Bloch et construit en série avant le Dassault Mirage IVA.
De nos jours plus aucun MB.210 n’existe.

 

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PHOTOS

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

Modèle : Bloch MB.210, en configuration BN5
Envergure : 22.81 m
Longueur : 18.90 m
Hauteur : 6.15 m
Motorisation : 2 moteurs en étoile Gnome-Rhône 14N
Puissance totale : 2 x 910 ch.
Armement : Trois mitrailleuses mobiles de calibre 7.5mm en poste avant, dorsal, et ventral. Une charge de bombes en soute pouvant atteindre 1300kg.
Charge utile :
Poids en charge : 10200 kg
Vitesse max. : 335 km/h au niveau de la mer
Plafond pratique : 9900 m
Distance max. : 1000 Km à charge maximale
Equipage : 5
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PLAN 3 VUES

Plan 3 vues du Bloch MB.210

PROFIL COULEUR

Profil couleur du Bloch MB.210

VIDÉO

Vidéo d'archive (en anglais) du Bloch MB.210.