Quand les bombardements alliés de 39/45 mettent en danger les populations actuelles.

Pour nous autres passionnés d’aviation militaire les Avro Lancaster et Handley Page Halifax britanniques ainsi que les Boeing B-17 Flying Fortress et Consolidated B-24 Liberator américains figurent des avions de légende. Et factuellement ils le sont tous comme ils ont été des engins de mort durant la Seconde Guerre mondiale. Quatre-vingt un an après la libération les bombes qu’ils lançaient sur le France occupée continuent de mettre en péril les populations comme cela a été le cas ce dimanche 19 avril 2026 à Colombes en proche banlieue parisienne. Un héritage encombrant pour nombre de régions françaises qui nécessite à chaque fois l’engagement de moyens humains très conséquents.

L’effort de guerre des Alliés contre l’Allemagne hitlérienne est aussi passé par un déluge de feu et d’acier contre les objectifs stratégiques, systématiquement placés par les forces nazies au milieu des populations civiles. Si les bombardements anglo-américains contre les villes allemandes de Dresde, de Francfort, ou encore de Hambourg sont restés dans les mémoires en raison de leur violence et de leurs bilans humains inédits il ne faut cependant pas oublier que la France aussi a payé un lourd tribut.

On se souviendra qu’un certain Paul Cornu, père de l’hélicoptère moderne, est lui-même mort tué par un de ses bombardements alliés dans sa Normandie natale en préparation du Débarquement. Une région qui comme la Provence quelques semaines plus tard fut le théâtre d’âpres frappes aériennes des bombardiers de la Royal Air Force et de l’US Army Air Force. On ne compte plus dans ces régions les familles endeuillées par les bombardements anglo-américains.

Or ce dimanche 19 avril 2026 c’est à Colombes dans les Hauts-de-Seine, à quelques kilomètres seulement au nord-ouest de Paris, qu’une bombe aérienne de 39/45 a été au cœur de toutes les inquiétudes. Un engin de 227 kilogrammes, une munition typique des forces américaines et britanniques à cette époque.
Mais au fait pourquoi Colombes ? Certes Paris n’a pas été massivement bombardé par les Alliés. On ne peut pas en dire autant de sa banlieue. Les terrains d’aviation du Bourget et d’Orly, les gares de triage de Drancy Le Bourget et de Villeneuve-Saint-Georges, ou encore le port de Gennevilliers étaient des cibles prioritaires pour les forces alliées. Les Allemands s’y étaient implantés. Et Colombes, d’autant plus le site où la bombe a été découverte, n’est qu’à quelques centaines de mètres seulement de la célèbre zone portuaire sur la Seine et de ses darses visibles depuis la haute altitude.

Asnières, Aubervilliers, Colombes, Dugny, Gennevilliers, Pantin, Saint-Denis, sont autant de villes dans lesquelles les populations ont appris à vivre avec le danger de ces bombes aériennes non explosées. Ce dimanche dans les Hauts-de-Seine les experts démineurs du LCPP, le prestigieux Laboratoire Central de la Préfecture de Police, n’ont pas eu d’autres choix que d’enfouir la munition et de la faire exploser. Il aurait été trop dangereux de l’évacuer au milieu de la boucle nord de la Seine, une des zones les plus densément peuplées d’Île-de-France. Déjà 15 000 riverains avaient été évacués et plusieurs autres milliers confinés chez eux.

À haute altitude les bombes anglo-américaines tombaient… aléatoirement !

En Île-de-France, comme en Normandie ou encore en Provence, chacun sait que des bombes aériennes restent enfouies ça et là. Elle n’attendent pas forcément d’exploser, juste d’être découvertes et traitées par les démineurs français. À Colombes la vie reprend son cours, les vacances de printemps vont effacer le stress de nos plus jeunes.

Photos © US Air Force Museum


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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Commentaires

5 réponses

  1. 14-18 : 1 milliard d’obus tirés sur notre territoire.
    39-45 : 600.000 tonnes de bombes reçus partout en France.
    Au rythme actuel, le neutralisation de ces engins non explosés prendra plus de… 700 ans. Pas de chômage en vue pour les démineurs !

  2. Petit oubli la gare de Brétigny Sur Orge aussi avait pris une ration (je ne sait pas si l’aérodrome avait aussi été pris pour cible).

    Mon grand père avait un bout de rail à sa ferme qui en provenait…

    1. Si vous allez par là Laurent il faut savoir que les Américains en 1944 ont bombardé les villes de Courbevoie et de Puteaux croyant taper les installations allemandes du port de Gennevilliers. Ils s’étaient juste tromper d’un côté de la boucle de la Seine.

  3. Bonjour,
    Si ma mémoire est bonne, j’ai lu voici bien longtemps, que lors du bombardement des usines Renault de Boulogne-Billancourt, des bombes étaient tombées jusque sur Neuilly sur Seine.

    Plus près de chez moi, la cathédrale de Nevers et le quartier autour a été lourdement endommagé lors de bombardement(s?) en 1944 sur la gare.

    Le manque de précisions/le nombre de victimes civiles liés aux bombardements d’infrastructures diverses était tel que la propagande vichyssoise imprimait des affiches, de mémoire entre autres:
    – « les assassins reviennent sur les lieux de leurs crimes » à la suite de bombardement(s?) sur Rouen;
    – une autre avec des villes bombardées et le nombre de victimes civiles.

    Je sais que les anglais faisaient déposer des « fusées repère » pour aider les bombardiers qui suivaient au moyen de Mosquito. Mais ce n’était pas toujours suffisant ( à cause de la météo, Flak, chasseurs de nuit).

    Merci à l’équipe pour ses publications

  4. En 1944 Les bombardements alliés étaient tout sauf précis. Le diamètre moyen d’erreur en 1943 était de 360 m, ce qui signifie que seulement 16 % des bombes tombaient à moins de 300 m du point de visée. L’historien Stephen L. McFarland en a expliqué le principe en prenant pour exemple un B-17 volant à 300 km/h à 6900 m et larguant une bombe de 300 kilos . La bombe a été larguée à une distance, mesurée au sol, de 2700 m de la cible. Elle a chuté pendant 38 secondes. Si la vitesse calculée pour l’avion était erronée de 3 km/h et l’altitude erronée de 7,5 m, cela faisait une différence de 345 m au point d’impact ! Donc pas étonnant qu’on retrouve des bombes non éclatées autour des cibles alliées en France bombardées en 1943/44…

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