Vu de l’extérieur l’industrie aéronautique allemande de l’époque hitlérienne a tout d’un outil rationnel et déshumanisé. Rien n’est moins faux. Malgré une totale mainmise des nazis les designers et ingénieurs disposaient d’une réelle indépendance au point parfois de concevoir des aéronefs pour le moins surprenants. L’Histoire a bien entendu retenu les Blohm & Voss Bv 141 Assymmetric et Focke-Wulf Fw 189 Uhu de reconnaissance. Pour autant elle a en grande partie oublié le très surprenant Siebel Si 201 de coopération terrestre demeuré à l’état expérimental.
La coopération terrestre consiste pour une force aérienne à mettre en œuvre des avions aux profits stricts de l’armée, pour des missions comme les liaisons, le commandement aéroporté, ou encore la reconnaissance à vue. C’est la Royal Air Force qui dès les années 1920 avec ses Airco D.H.9 se porta en précurseur avant d’en faire une spécialité en utilisant des biplans comme le Hawker Audax ou encore le Westland Wapiti.
Toujours à l’affût d’innovations les généraux allemands choisirent fin 1935 d’adapter cette fonction à la Luftwaffe en demandant à plusieurs constructeurs de proposer leur vision des choses. Onze se mirent sur les rangs, quatre seulement furent retenus : Arado, Fieseler, Messerschmitt, et enfin Siebel. Chacun proposaient en fait un avant projet très différents les uns des autres. Les sept avionneurs non retenus ne semblaient pas assez innovants pour les décideurs du RLM, le Reichsluftfahrtministerium.
Désigné Si 201 l’avion proposé par Siebel était sans doute le plus étrange des quatre. Afin de dégager de l’espace visuel vers l’avant et les côtés les designers et ingénieurs allemands de l’entreprise avaient fait le choix de doter leur appareil d’un moteur à huit cylindres en V Argus As 10C entraînant une hélice quadripale propulsive. Celle-ci tournait donc vers l’arrière de l’avion. Le fuselage rectangulaire particulièrement vitré donnait l’impression d’une véranda avec une voilure haute et un train d’atterrissage classique fixe. Un pilote et un observateur prenaient place en tandem à bord. La poutre de queue était particulièrement fine.
Particularité notable du programme : quand Siebel débuta l’assemblage de son Si 201 le prototype de l’avion de Fieseler avait déjà volé. De ce fait il avait pris une longueur d’avance sur le programme.
Pour autant quand en janvier 1938 il réalisa son premier vol l’avion à hélice propulsive intéressa vraiment la Luftwaffe. Pas forcément comme avion de coopération terrestre, le Fi 156 Storch ayant largement remporté le programme devant le Si 201 et ses deux concurrents l’Arado Ar 198 et le Messerschmitt Bf 163.
Les généraux allemands entrevoyaient dans le Siebel Si 201 un avion de surveillance du champ de bataille et de réglage des tirs d’artillerie. Malheureusement le bimoteur Fw 189 se révéla plus adapté à ces deux tâches pour lesquelles il avait été pensé. Une fois encore cet étrange avion était rejeté. Il ne le serait pas une troisième fois.
Alors qu’un second prototype était en cours d’assemblage le programme fut abandonné.
Début 1939 les deux prototypes furent envoyés à la casse. Le Siebel Si 201 avait fortement marqué les esprits chez l’avionneur, au point que ses designers et ingénieurs ne se hasardent plus à des plans étonnants. Une rigueur qui leur permit de donner naissance au révolutionnaire Si 204 construit après-guerre en France comme NC.701 Martinet.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Voir les autres images



















