Durant une partie de l’entre-deux-guerres ainsi que pendant toute la Seconde Guerre mondiale l’aviation de l’armée impériale du Japon eut un système de désignation composé de l’initial Ki et d’un ou deux chiffres, exceptionnellement trois, à la suite. On citera parmi eux les célèbres Tachikawa Ki-9, Kawasaki Ki-32, ou encore Nakajima Ki-115. Pourtant avant cela exista durant une courte période, entre 1926 et 1932, un système basé seulement sur des appellations dites en Type et qui pouvait concerner n’importe quel genre d’aéronefs. L’un des plus célèbres reste sans nul doute le chasseur monoplace Nakajima Type 91.
Au début de l’année 1927 l’aviation impériale du Japon lança un programme visant au remplacement des chasseurs monoplaces Nakajima Ko-4 alors en dotation. Il s’agissait en fait de Nieuport-Delage NiD 29 d’origine française localement construits sous licence. Dans une volonté d’indépendance technologique les généraux nippons demandèrent aux avionneurs locaux de créer eux même le nouvel avion. C’était un secret de Polichinelle que beaucoup faisaient appel à des ingénieurs européens.
Nakajima n’y fit pas exception avec son NC dessiné par Maxime Robin et conçu par André Marie, deux Français, détachés par l’avionneur Dewoitine. Tous deux avaient travaillé auparavant sur les D.27 et D.37, deux modèles de chasseurs construits en série. Ils formèrent ainsi à la technologie du monoplan parasol les ingénieurs en chef Yasushi Koyama et Shigejiro Owada. Officiellement c’est eux qui développèrent le Nakajima NC.
Faute de moteur japonais performant les deux ingénieurs français firent le choix du Bristol Jupiter VI britannique à neuf cylindres en étoile. Développant un total de 450 chevaux il était réputé très fiable et relativement bon marché.
Très rapidement l’armée japonaise prit faits et causes pour le Nakajima NC. Elle en commanda un total de huit prototypes, dont trois pour des essais statiques. C’est le troisième d’entre eux qui vola le premier, en septembre 1929.
La crise financière américaine heurta l’ensemble du monde, y compris le Japon. Nakajima était au bord de la faillite et ne put retenir plus longtemps les deux ingénieurs français. Ils n’avaient pas été payés pendant trois mois. Pourtant avant de partir André Marie et Maxime Robin confièrent à Yasushi Koyama et Shigejiro Owada qu’ils entrevoyaient plutôt une production en série autour d’un Bristol Jupiter VII de 520 chevaux doté d’un capot annulaire rendant l’avion plus aérodynamique. Les deux ingénieurs japonais prirent notes et modifièrent ainsi le sixième prototype NC. Grand bien leur en prit.
Un lot de quatre cent vingt avions fut commandé, trois cent vingt devant être produits par Nakajima et les cent autres par Ishikawajima. La version de série du NC devint Type 91.
Les premiers avions de série entrèrent en service en décembre 1931. Il s’agissait alors du tout premier chasseur conçu spécifiquement pour répondre aux attentes de l’aviation impériale.
Extérieurement il se présentait sous la forme d’un monoplan parasol de construction mixte en bois entoilé, contreplaqué, et métal. Outre son moteur à neuf cylindres en étoile il possédait un train d’atterrissage classique fixe se terminant par un patin de queue. Son armement se composait de deux mitrailleuses synchronisées Type 89 de calibre 7.7 millimètres. Le pilote prenait place dans un cockpit à l’air libre. Extérieurement le Nakajima Type 91 était un avion ô combien académique.
Le Nakajima Type 91 fut un chasseur japonais de… temps de paix. Il ne vola donc quasiment que durant des exercices ou bien des missions de souveraineté. Il est à noter que les vingt-et-un derniers exemplaires furent fabriqués début 1934 comme Type 91-2 autour d’un moteur Nakajima Ha1 Kotobuki, une version dérivée du Bristol VII, et boostée à 580 chevaux. De ce fait les chasseurs de début furent désignés ainsi Type 91-1.
En 1935 un premier lot de douze avions fut retiré du service et vendu à la Chine.
Deux ans plus tard l’apparition de l’excellent biplan d’envergure inégale Kawasaki Ki-10 scella le sort du Nakajima Type 91. Tous les exemplaires furent retirés du service avant l’été 1937. Un lot de cent vingt-neuf, dont l’intégralité des Type 91-2, fut versé à l’aviation japonaise de Mandchourie, un état fantoche à la solde de l’empereur. Ils furent les seuls à connaître le feu, lors de la seconde guerre sino-nippone. Enfin si on oublie les douze Type 91-1 chinois achetés deux ans auparavant.
En 1940 il ne restait plus aucun Nakajima Type 91 en service.
Si on excepte l’avion de reconnaissance Mitsubishi Type 92 et l’amphibie d’entraînement Aichi H9A le Nakajima Type 91 est une des rares pénétrations de la technologie des monoplans parasols au Japon. C’est en tous cas le seul chasseur de ce genre construit en série, à avoir en outre connu le feu…tardivement.
De nos jours seul subsiste le fuselage de l’un d’eux, préservé par un musée de la ville japonaise de Tokorozawa dans le centre du pays.
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