25 ans après que reste t-il du Sukhoi Su-80 ?

Selon les communicants russes du début de ce 21ème siècle l’avion allait révolutionner le transport aérien civil et militaire. Qui 25 ans après son premier vol se souvient encore de ce Sukhoi Su-80 construit à (seulement) huit exemplaires et dont un seul semble encore en état de vol ? C’est une des rares incursions de ce mythique avionneur sur un segment de marché qui n’était pas le sien. Pourtant à priori ses concepteurs avaient mis toutes les chances de leur côté.

Imaginez un peu un avion russe destiné à remplacer aussi bien l’Antonov An-28 Cash, le Casa C-212 Aviocar, le De Havilland Canada DHC-6 Twin Otter, l’I.A.I. Arava, et le Let L-410. Franchement c’est ambitieux et on s’attend à retrouver derrière un tel programme un avionneur comme Ilyushin ou Yakovlev, c’est à dire un spécialiste incontesté du transport aérien. En fait non c’est Sukhoi qui a essayé de s’y coller avec l’aide du motoriste américain General Electric.
Oui oui il s’agit bien ici du Sukhoi à l’origine des mythiques avions de combat Su-15 Flagon, Su-22 Fitter-K, ou encore Su-27 Flanker. Certes il avait bien de l’expérience dans l’aviation civile mais en tant que constructeur d’avions de voltige aérienne, pas de transport.

Donc les ingénieurs russes relèvent ce défi un peu dingue de concevoir un avion pouvant remplacer des appareils aussi réussis et pour certains carrément légendaires à l’image de l’Aviocar et du Twin Otter. On pourrait se dire qu’ils allaient faire comme leurs prédécesseurs canadiens et espagnols, c’est à dire aller à l’essentiel de l’aviation. Bah non.
Ils ont parfaitement appliqué le concept du «pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?». Leur Su-80, d’ailleurs d’abord appelé S-80, ressemble à une sorte de mélange entre un N.2501 Noratlas français et un OV-10 Bronco américain, le tout ayant subi un lifting quatre étoiles. Niveau design c’est incontestable que cet avion avait de la gueule. On peut même dire qu’il possédait un charme fou.

Pour autant après son premier vol survenu il y a pile poil 25 ans, le mardi 4 septembre 2001, on ne peut pas dire que les clients se soient bousculés au portillon. Avec trois exemplaires commandés afin de remplacer ses petits triréacteurs Yakovlev Yak-40 Codling le Pogranichnaya Sluzhba Komiteta Natsional’noy Bezopasnosti Respubliki Kazakhstan, soit la garde-frontière du Kazakhstan, demeure sa principale utilisatrice. La seule aussi ayant eu un niveau étatique. Car tous les autres contrats n’ont jamais dépassé deux avions construits à la fois. Résultat le Sukhoi Su-80 n’a pas été produit à plus de huit exemplaires, prototype compris. Sa commercialisation a officiellement été refermée en 2010.

Sur le papier ses deux turbopropulseurs américains General Electric CT7-9B d’une puissance de 1750 chevaux aurait dû permettre aux trente passagers de franchir 1550 kilomètres selon un standard occidental. Sauf que celui-ci n’y était pas. D’abord à pleine charge il ne dépassait pas les 1400 kilomètres et ensuite visiblement les ingénieurs russes de la fin du 20ème siècle et du début du 21ème ignoraient tout des standards commerciaux en vigueur en Amérique du Nord et en Europe. Avec trente passagers le Su-80 ressemblait plus à une bétaillère type An-24 Coke qu’à un avion contemporain de transport commercial. Deux clients russes, qui possédaient chacun un exemplaire, les firent modifiés afin qu’ils accueillent… 18 passagers.

Et donc aujourd’hui que reste t-il de cet avion ayant volé il y a 25 ans ? Sans doute beaucoup de regrets chez l’avionneur russe et un peu de dépit aussi. Plus aucun n’est en état de vol, nul part dans le monde. Au moins deux sont réputés pour pourrir sur un aéroport moscovite tandis que les trois exemplaires étatiques kazakhs ont été officiellement retirés du service à l’automne 2021, faute de pièces de rechange. Pour la petite histoire l’OTAN ne prit même pas la peine de coder cet avion que même l’Aeroflot avait refusé !
L’aventure du Su-80 est vraiment triste mais elle illustre bien l’impréparation des avionneurs russes en matière d’aviation civile commerciale, que l’on retrouva quelques temps plus tard chez le même Sukhoi avec son biréacteur Superjet 100 et sa cohorte d’accidents et d’incidents en tous genres.

Photos © Wikimédia Commons


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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.
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