Au cours de la seconde moitié des années 1930 l’Union Soviétique fit tout pour moderniser son aviation afin de la mettre au même niveau que celles qui existaient en France, en Grande Bretagne, ou encore en Italie. Aussi surprenant que cela puisse paraître elle envoya une mission d’achats aux États-Unis afin de trouver des avions et hydravions capables de renforcer les VVS via des contrats de construction sous licence. L’un des rares programmes qui aboutit donna naissance au bombardier en piqué Kochyerigin BSh-1, un des pires avions d’armes de l’histoire soviétique.
Fin 1934 les VVS émirent un cahier des charges destiné à la conception et à la réalisation d’un bombardier en piqué de nouvelle génération. Cette désignation indiquait que le futur avion devait être un monoplan à aile basse et poste de pilotage fermé. Or aucun avionneur soviétique n’avait alors la moindre expérience dans ce genre de rôle.
Alors que les VVS volaient alors sur biplans Polikarpov R-5 elles apprirent qu’en Allemagne le développement des Heinkel He 118 et Junkers Ju 87 avançait bien. La course à l’armement entre Berlin et Moscou fonctionnait plein pot. Les Soviétiques prirent alors la décision d’inclure le bombardier en piqué dans la fonction de leur mission d’achats aux USA.
En avril 1935 les émissaires soviétiques passèrent commande pour quatre exemplaires du Vultee V-11GB, deux étant appelés à être transportés entiers et les deux autres en kits. Mais surtout le bureau d’étude Kochyerigin obtenait une licence de production pour cent exemplaires. Les autorités soviétiques avaient juste omis un détail : les plans et données cotées fournies par les Américains étaient en unités impériales et non métriques. Sergei Kochyerigin et ses équipent durent donc réaliser les calculs de conversion afin de permettre de construire leur prototype dérivé du V-11.
Dans le même temps le seul moteur disponible en URSS pour équiper cet avion était le Shvetsov ASh-62 à neuf cylindres en étoile d’une puissance de 1000 chevaux, donc 200 de moins que le Pratt & Whitney R-1830-17 Twin Wasp américain de quatorze cylindres qui équipait les Vultee V-11. Mal taillé, sous-motorisé, ce nouvel avion désigné Kochyerigin BSh-1 ne partait pas sous les meilleurs auspices. Niveau armement il disposait de cinq mitrailleuses de calibre 7,62 millimètres, quatre en position de chasse sous les ailes et une cinquième sur affût mobile arrière. La charge offensive du bombardier en piqué ne dépassait pas 400 kilogrammes.
Le prototype réalisa son premier vol le 11 décembre 1936.
Les premiers Kochyerigin BSh-1, BSh pour Bronirovanny Shturmovik ou avions d’assaut blindés en français, entrèrent en service dans les VVS en juillet 1937. Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’avion ne suscita pas un grand intérêt par ses équipages. Il était lent, trop lourd à faire voler, incapable de bombarder en piqué si sa charge offensive dépassait 150 kilogrammes, et totalement inapte à virer.
Début 1938 l’état-major soviétique choisit même d’annuler la licence de production pour cent exemplaires de cet avion mal taillé et pensé trop vite. Seuls trente exemplaires de série en furent produits. Ils étaient encore tous en service quand en septembre 1939 l’Union Soviétique entra en guerre contre une Pologne déjà mise à genou par les nazis quelques jours auparavant. De ce fait les BSh-1 ne furent pas engagés au combat.
En juin 1940 il devint évident pour les généraux soviétiques que le Kochyerigin BSh-1 était un avion raté. Surtout les cinq qui avaient été perdus depuis leur entrée en service l’avaient été de manière accidentelle, souvent lors de phases de décollages ou d’atterrissage. Les VVS prirent alors la décision de les retirer du service. Ce qui fut officiel en juillet. C’est le Sukhoi Su-2, nettement plus réussi, qui prit la relève.
Pour autant cela ne sonna pas le glas de ces bombardiers en piqué. Désarmés, et rendus monoplaces seize furent versés à la compagnie aérienne étatique Aeroflot qui les employa sous la désignation PS-43 comme avion de transport de courrier et de petits colis. Ils volèrent sous immatriculation civile soviétique, et restèrent en service jusqu’en 1948. Usés jusqu’à la corde ils furent remplacés par des Antonov An-2 bien plus modernes et surtout nettement plus adaptés.
Avion ô combien décevant le Kochyerigin BSh-1 peut cependant être considéré comme un précurseur avant la loi de Prêt-Bail. Rappelons qu’au titre de celle ci le Douglas C-47 Skytrain américain fut localement produit sous licence comme Lisunov Li-2… une fois les tables de conversion établies.
Aucun BSh-1 / PS-43 n’est parvenu jusqu’à nous.
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