Conçu en 1917 à partir du D.III comme un appareil capable de se mesurer aux meilleurs chasseurs alliés de l’époque, l’Albatros D.V se caractérisait par un fuselage plus profond, à section transversale elliptique afin de réduire la traînée et d’accroître les performances en matière de vitesse et d’agilité. L’Albatros D.V était également doté d’un nouveau plan supérieur de voilure, d’un gouvernail de direction transformé et de systèmes de commande des ailerons modifiés. Il fut conçu dans un contexte de course aux performances aériennes, où l’infanterie allemande, en dépit de ses succès terrestres au début de l’année 1917, se heurtait à une supériorité croissante des forces aériennes alliées. L’Albatros D.V fut donc lancé dans une tentative de redresser la balance dans les cieux du front occidental. Son développement s’inscrivait dans une stratégie de modernisation rapide de l’Aéronautique Impériale allemande, qui cherchait à compenser l’avance technologique des chasseurs britanniques et français. Le D.V fut présenté comme le successeur direct du D III, dont les performances, bien qu’efficaces en 1916, s’effritaient face aux nouveaux modèles comme le SE.5 ou le Spad XIII. L’Albatros D V fut donc attendu comme une réponse décisive à la menace aérienne alliée.
L’Albatros D.V entra en service en mai 1917, mais, comme le plan inférieur de la voilure avait tendance à se briser quand l’appareil partait en piqué, l’Albatros D.V, qui était déjà surclassé par les chasseurs alliés plus modernes, devint très rapidement impopulaire au sein des unités de chasse allemandes. Cette fragilité structurelle, causée par une surcharge de contraintes mécaniques dans la zone du longeron inférieur, entraîna plusieurs accidents mortels et découragèrent fortement les pilotes. L’impression de vulnérabilité, combinée à une performance globale insuffisante face aux nouveaux adversaires, fit que l’appareil fut rapidement considéré comme dépassé. Les pilotes de la Luftstreitkräfte préféraient les Fokker D.VII, qui, bien qu’ayant été mis en service un peu plus tard, offraient une meilleure fiabilité, une maniabilité supérieure et une robustesse structurelle inégalée. L’Albatros D.V, malgré ses ambitions, ne parvint pas à s’imposer comme un véritable concurrent sur le front, et son utilisation fut limitée dans le temps. Il fut rapidement remplacé par des modèles plus performants, et sa production fut interrompue en 1918, après avoir atteint un volume relativement modeste.
Le D.V était un biplan de chasse monoplace, doté d’un moteur Mercedes D.IIIa, développant environ 160 chevaux. Cette propulsion, bien que fiable, ne suffisait pas à compenser les lacunes aérodynamiques et structurelles du projet. L’empennage arrière, bien que révisé, restait fragile, et les commandes, bien qu’améliorées par rapport au D.III, présentaient une réactivité inégale, surtout en vol à haute vitesse. L’armement, composé de deux mitrailleuses synchronisées à l’axe de vol, était standard pour l’époque, mais ne représentait pas un avantage décisif face aux armes plus puissantes des adversaires. Le cockpit, ouvert, offrait une bonne visibilité, mais la cabine était peu protégée, exposant le pilote aux éléments et aux tirs ennemis. La conception du fuselage elliptique, bien que novatrice, n’eut pas l’effet escompté en termes de réduction de traînée, et les performances en altitude restèrent médiocres comparées à celles des SE.5 britanniques, qui pouvaient atteindre des altitudes supérieures tout en maintenant une vitesse supérieure.
La production de l’Albatros D.V fut limitée à environ 600 exemplaires, selon les sources historiques les plus fiables, dont une majorité fut livrée à des unités de chasse du front de l’Ouest, notamment à des escadrilles comme la Jagdstaffel 17 ou la Jagdstaffel 23* Ces unités, souvent composées de pilotes expérimentés, utilisèrent le D.V principalement pour des missions de reconnaissance et de soutien aérien, plutôt que pour des combats aériens directs. L’absence de succès en combat aérien, combinée à la réputation de fragilité, fit que l’appareil fut progressivement retiré des unités de première ligne. En 1918, certaines variantes furent utilisées pour des missions de formation, où la faible vitesse de croisière et la maniabilité réduite étaient moins critiques. Une version améliorée, l’Albatros D.Va, fut même envisagée, mais elle ne fut jamais mise en production en raison de l’urgence du conflit et de la priorité donnée aux modèles plus fiables.
L’Albatros D.V fut, dans l’ensemble, un échec technique et opérationnel, malgré ses ambitions. Il incarnait une tentative de modernisation tardive du programme de chasse allemand, mais son développement avait été trop accéléré, et les compromis techniques compromettaient sa fiabilité. L’erreur principale résidait dans une surconfiance en la capacité du D.III à évoluer vers un chasseur supérieur sans une refonte complète du plan de voilure. En réalité, le D.V souffrait de la même faiblesse que son prédécesseur : la structure du plan inférieur, conçue pour supporter des charges plus faibles, ne pouvait résister aux contraintes d’un vol en piqué, qui était une manœuvre courante dans les combats aériens de l’époque. Cette faiblesse fut rapidement exploitée par les pilotes alliés, qui apprirent à provoquer des défaillances structurelles en utilisant des manœuvres de piqué serré.
Malgré son échec, l’Albatros D.V laissa une trace dans l’histoire de l’aéronautique militaire. Il illustrait les limites de la stratégie allemande en matière de développement aéronautique pendant la Première Guerre mondiale, où les innovations techniques étaient souvent compromises par des contraintes de production, de délais et de pression politique. Son existence témoignait également de la complexité du processus de conception aéronautique, où une amélioration dans un domaine (comme la réduction de la traînée) pouvait entraîner des défaillances dans un autre (comme la résistance structurelle). L’Albatros D.V fut donc un exemple classique de l’échec d’un projet ambitieux, malgré des efforts considérables de la part des ingénieurs de la Albatros Flugzeugwerke.
En résumé, l’Albatros D.V fut un chasseur allemand de la Première Guerre mondiale, conçu en 1917 comme un successeur du D.III, mais dont les performances furent compromises par une fragilité structurelle et une obsolescence rapide. Bien qu’il bénéficiât d’une conception aérodynamique innovante, notamment par son fuselage elliptique, il ne put rivaliser avec les chasseurs alliés comme le S.E.5a, le Spad S.XIII ou le Nieuport 17, qui étaient plus rapides, plus fiables et plus agiles. Sa courte carrière opérationnelle, marquée par des accidents fréquents et une réputation négative parmi les pilotes, fit qu’il fut rapidement remplacé par des modèles plus performants. L’Albatros D.V reste donc un exemple emblématique des limites de l’innovation militaire en temps de guerre, où la pression du front pouvait conduire à des choix techniques risqués. Son histoire illustre aussi la nécessité d’un équilibre entre performance, fiabilité et sécurité dans le développement d’un aéronef de combat.
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