À bien des égards la société fondée par Anthony Fokker aux Pays-Bas au lendemain de la Première Guerre mondiale a profondément marqué l’histoire de l’aviation. D’abord parce qu’elle a su développer très tôt des avions de qualité comme le monomoteur de ligne F.II et ensuite en raison de la diversité de ses conceptions et productions. Fokker se lança tous azimuts dans des programmes aussi bien de chasseurs, que de bombardiers, ou même d’avions écoles. Dans ce dernier cas une de ses premières réussites fut le S.III à moteur en V et sa version améliorée à moteur en étoile S.IV.
Après le succès en demi-teinte de son S.II l’ingénieur allemand Reinhold Platz, en charge des bureaux d’études Fokker, décida d’améliorer le principe de ses avions d’entraînement. Il reprit tous ses travaux de zéro et décida en premier lieu d’en finir avec les moteurs à cylindres rotatifs comme le Le Rhône-Oberursel qu’il avait sélectionné. Pour autant il continua de faire confiance aux productions françaises puisqu’il choisit d’articuler son futur biplan autour d’un Hispano-Suiza 8Ac à huit cylindres en V d’une puissance de 180 chevaux entraînant une hélice bipale en bois. Comme sur le S.II les ailes étaient d’envergure inégale, un phénomène encore plus accentué cette fois. Destiné à l’entraînement de base le nouvel avion n’était pas appelé à être armé, l’instructeur et son élève prenant places dans de simples postes de pilotages à l’air libre. En fait il s’agissait d’un appareil très académique pour l’époque.
Logiquement désigné Fokker S.III celui-ci réalisa son premier vol en décembre 1922. L’aviation néerlandaise le bouda immédiatement. En effet elle était pleinement satisfaite de ses S.II récemment entrés en service et ne voyait pas l’intérêt d’un tel avion développé par l’avionneur sur fonds propres. Le S.III fut alors proposé aux forces aéronavales qui de leur côté se montrèrent parfaitement satisfaites par ce biplan, d’autant plus que Fokker avait consenti un petit rabais sur son prix initial. Dix-huit exemplaires en furent commandés, qui entrèrent en service à l’automne 1923. Ils permirent aux pilotes de l’aviation navale néerlandaise de disposer de leur propre cursus de formation. Les S.III demeurèrent en service jusqu’en 1938, époque de leur remplacement progressif par le Fokker S.IX nettement plus avancé dans sa conception. En quinze ans de carrière l’avion ne connut qu’un seul accident corporel.
Il est à signaler qu’en 1924 l’aviation militaire danoise acheta deux S.III afin d’en faire des avions de liaisons, les doubles commandes ayant été déposées. Ces avions volèrent jusqu’à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Un exemplaire supplémentaire fut construit par Fokker pour les besoins de l’avionneur américain Wright qui l’employa de l’été 1927 à sa destruction dans un accident au début de l’année 1929. Les Américains étant à l’époque fermé à la numérotation romaine il fut rebaptisé S-3 et assemblé par Atlantic Aircraft.
Devant les réussites du S.III auprès de l’aéronavale la force aérienne néerlandaise révisa son jugement à son endroit. Cependant les généraux hollandais exigèrent une version à moteur en étoile. Un tel changement nécessita bien des modifications, et notamment un agrandissement du fuselage. Par ailleurs deux versions étaient demandées, l’une avec une puissance de 100 chevaux pour les vols de formation primaire et la seconde portée à 130 chevaux pour les vols d’instruction intermédiaire. Le nouvel avion reçut la désignation de S.IV.
Plusieurs modèles de moteurs en étoile furent essayés. Un Armstrong Siddeley Mongoose Mk-I à cinq cylindres et un Bristol Lucifer à trois cylindres tous deux britanniques et développant chacun 130 chevaux, un Clerget 9B et un Le Rhône 9J français à neuf cylindres de respectivement 130 et 110 chevaux, et enfin un Siemens-Halske Sh 11 allemand à sept cylindres de 100 chevaux.
Finalement l’aviation militaire néerlandaises abandonna l’idée de deux sous versions à deux motorisations différentes et sélectionna le moteur Le Rhône 9J et ses 110 chevaux de puissance. Les essais en vol débutèrent avril 1924. Trois mois plus tard une commande officielle était passée pour trente exemplaires.
Le premier Fokker S.IV entra en service en mars 1925. L’avion séduisit très vite les instructeurs néerlandais par sa robustesse mais aussi sa finesse en vol. En 1931 plutôt que de les remplacer il fut décidé de les remotoriser avec les Armstrong Siddeley Mongoose Mk-I essayés sept ans auparavant. De cette manière les S.IV pouvaient continuer de voler. Tous étaient encore opérationnels au printemps 1940 quand l’Allemagne hitlérienne envahit les Pays-Bas. Sept S.IV réussirent à décoller au nez et à la barbe des Allemands et à rejoindre le nord de la France. Quelques jours plus tard cinq d’entre eux prenaient le chemin du sud de l’Angleterre. Arrivés sur place ils furent placés sous scellés et ne revolèrent jamais.
Construits en petite série les Fokker S.III et S.IV sont représentatifs d’une époque où les avions d’entraînement étaient très fréquents et où l’exportation s’en trouvait de ce fait très difficile. Aucun d’entre eux n’est parvenu jusqu’à nous.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Voir les autres images























