Quand un avion tient toutes ses promesses le voir vieillir est forcément un crève-cœur pour ses utilisateurs. Les militaires n’y font pas exception, surtout si le dit avion a toujours su servir fidèlement. Bien sûr dans la très grande majorité des cas il faut tout de même lui trouver un successeur. Cependant à de très rares occasions le meilleur remplaçant d’un aéronef c’est lui-même, moyennant quelques améliorations et pourquoi pas un changement d’avionique et/ou de motorisation. C’est exactement la voie suivie par les ingénieurs des ateliers de la Royal Thai Air Force afin de donner naissance à l’avion d’entraînement initial B.ThO.4.
Quand en 1949 la Royal Thai Air Force acheta un lot de De Havilland Canada DHC-1 Chipmunk ceux ci avaient pour mission première de remplacer les Miles Magister d’origine britannique et Tachikawa Ki-36 Ida en provenance du Japon et totalement dépassés. Il s’agissait de reliquats de la Seconde Guerre mondiale. Le monomoteur canadien était tellement apprécié des pilotes thaïlandais qu’il réussit le tour de force de survivre à l’entrée en service de ses deux remplaçants désignés : le North American T-28 Trojan américain en et le PAC CT-4 Airtrainer néo-zélandais. Tous deux auraient dû effacer le Chippie dès leur entrée en service successive. Il n’en fut rien. L’avion canadien faisait de la résistance.
Pourtant au début des années 1970 il fallut se rendre à l’évidence : en Thaïlande le Chippie vieillissaient aussi. Les ingénieurs de la Royal Thai Air Force proposèrent alors de reprendre une quinzaine d’exemplaires et de les modifier en profondeur. Le programme fut désigné RTAF-4 et confié à une équipe de vingt personnes.
Les designers et ingénieurs thaïlandais conservèrent ce qui avait fait le succès de l’avion, à savoir son fuselage, sa voilure, et son empennage tous réputés robustes et facile d’entretien. Le train d’atterrissage fut revu et renforcé, les ingénieurs envisageant un temps de le rendre amovible avant de revenir à la raison. Une telle modification structurelle aurait eu des répercussions sur la voilure. Le moteur britannique à quatre cylindres en ligne De Havilland Gipsy Major d’origine laissa la place à un Continental IO-360 à six cylindres à plat d’origine américaine développant 210 chevaux contre 150 à l’origine. Le poste de pilotage en tandem et sa verrière furent également repensés. L’avion reçut la désignation officielle de B.ThO.4.
Son prototype réalisa son premier vol le 25 septembre 1972. Une guerre commerciale éclata entre De Havilland Canada et l’état thaïlandais, sans succès. Mais pas sans conséquence puisque la Royal Thai Air Force annula une commande pour deux DHC-5 Buffalo, en représailles. Par ailleurs son avion d’entraînement indigène allait être produit en série à hauteur de douze exemplaires… au lieu des quinze initialement annoncés. Il s’agissait là du résultat de négociations menées entre avocats canadiens et thaïlandais.
Les RTAF B.ThO.4 de série entrèrent en service dans la Royal Thai Air Force en février 1974 sous la désignation militaire de BF.17 et le patronyme de Chanthra. À l’instar des PAC CT-4 Airtrainer ils assuraient la mission d’entraînement initiale et de formation aux vols de nuit. Mais en plus les généraux thaïlandais en firent leurs avions de sélection en vol, malgré des qualités de voltige assez discutables. C’est d’ailleurs durant un tel vol, le 3 août 1982, que l’exemplaire codé 003 s’écrasa. Les deux membres d’équipage furent tués sur le coup.
L’enquête s’orienta vers une erreur du pilote instructeur, et dédouana l’avion.
Finalement la carrière du RTAF BF.17 Chanthra fut plus brève que celle du De Havilland Canada DHC-1 Chipmunk puisqu’elle ne dura que quinze ans et demi. Les avions furent en effet retirés du service en décembre 1989 et remplacés par des SIAI-Marchetti SF.260 d’origine italienne bien plus modernes. D’ailleurs ces derniers ont depuis donné naissance aux TAI B.ThO.6 prouvant ainsi que les vieilles méthodes sont toujours bonnes.
En 1990 trois exemplaires ont été vendus sur le marché civil thaïlandais, dont deux se produisent encore dans des meetings aériens sous des livrées fantoches américaines et allemandes. L’exemplaire codé 004 est préservé par le National Aviation Museum of the Royal Thai Air Force, aux côtés notamment du surprenant RTAF B.ThO.5 demeuré expérimental.
Il est intéressant de voir que les Chipmunk de la Força Aérea Portuguesa volent avec le même moteur que les B.ThO.4 tout en conservant leur désignation canadienne d’origine.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Voir les autres images


















