Lockheed D-21

Lockheed D-21


Fiche descriptive

Appareil : Lockheed D-21
Constructeur : Lockheed Aircraft Corporation
Désignation : D-21
Nom / Surnom :
Code allié / OTAN :
Variante : Q-12
Mise en service : 1969
Pays d'origine : Etats-Unis
Catégorie : Drones - U.A.V.
Rôle et missions : Drone de reconnaissance lointaine, espionnage aéroporté.

Histoire

Lockheed D-21 :
Le mini-Blackbird sans pilote

Durant la Guerre froide, les États-Unis déployèrent un arsenal de reconnaissance et de renseignement aérien des plus hétéroclites afin de surveiller les territoires chinois et soviétiques. Cela allait du Lockheed U-2 au Martin RB-57 en passant par une flopée de systèmes plus différents les uns que les autres. Un des plus surprenants, n’ayant pourtant servi que deux années seulement, fut un étonnant drone lancé depuis un avion porteur et capable de survoler les zones les plus dangereuses de la planète : le Lockheed D-21.

Le début des années 1960 fut marqué par la perte très médiatisée du Lockheed U-2 piloté par Gary Powers au-dessus de l’URSS. Dès lors, non-seulement le KGB et le pouvoir soviétique avaient la preuve des survols quasi quotidiens des avions espions américains mais en outre la CIA et l’US Air Force savaient que le système de DCA soviétique était à même d’abattre leurs précieux monoréacteurs Dragon Lady.

C’est en partant de ce constat que les ingénieurs américains des Skunk Works, le bureau d’étude des programmes les plus secrets de l’avionneur Lockheed, durent développer un avion de reconnaissance à très grande vitesse. À défaut de se jouer des radars soviétiques, il pourrait éviter au mieux les canons anti-aériens et les missiles sol-air de l’Armée Rouge. Ce programme donna naissance au Lockheed A-12 Oxcart, un avion qui lui même déboucha sur le légendaire SR-71 Blackbird, le premier avion capable de voler à Mach 3 qui soit construit en (relativement petite) série.

Mais dans l’esprit des généraux américains le territoire ennemi était trop bien gardé et les progrès de l’industrie soviétiques trop rapides dans la mise au point de nouveaux missiles anti-aériens. Ils chargèrent alors l’ingénieur en chef Clarence Kelly Johnson de développer un drone de reconnaissance qui pourrait venir remplacer les A-12 Oxcart et SR-71 Blackbird au-dessus des secteurs les mieux défendus.

Johnson ne mit pas longtemps à entrapercevoir tout le potentiel d’un tel programme. Lui qui avait conçu quelques années auparavant un des premiers véritables avions sans pilote à grande vitesse au monde, le très secret Lockheed X-7 qui avait donné naissance à l’AQM-60 Kingfisher, un drone-cible utilisé par les opérateurs de défense anti-aérienne pour simuler des attaques de missiles de croisière et de missiles balistiques. L’ingénieur décida donc de retravailler le concept même de l’AQM-60.

En fait, Kelly Johnson espérait depuis longtemps pouvoir travailler sur un drone capable de dépasser trois fois la vitesse du son. Il s’intéressait depuis plusieurs années aux travaux de deux ingénieurs européens spécialistes du statoréacteur : le Français René Leduc et le Suisse Fritz Zwicky. Johnson espérait doter son futur drone d’un tel propulseur, un des seuls capables alors de propulser son futur engin à des vitesses trisoniques.

Le programme fut lancé sous la désignation de Lockheed Q-12. En fait il était tellement secret que même l’état-major de l’US Air Force ignorait son existence, si bien que le Q-12 ne fut connu des militaires américains qu’après son entrée en service opérationnel au sein de la même USAF. Rapidement le Q-12, désignation trop évidente à comprendre, vit sa désignation modifiée et devint le D-21.

Après avoir envisagé de le lancer depuis des bombardiers et des avions-cargos spécialement modifiés l’idée la plus évidente fut le recours au Blackbird. Cependant il existait trop peu d’avions de ce type pour se permettre d’en modifier certains comme avions porteurs du Lockheed D-21. Deux Lockheed A-12 furent prélevés alors sur les stocks de la CIA et transportés à Burbank en Californie pour être transformés. Ils devinrent des Lockheed M-21, la lettre M signifiant alors Mothership, vaisseau-mère en français.

Le premier vol du prototype du Lockheed D-21 eut lieu le 22 décembre 1964, le drone étant alors monté sous l’aile d’un avion porteur Boeing NB-52. Extérieurement le Lockheed D-21 se présentait sous la forme d’un drone monoréacteur, construit intégralement en métal, dont une partie de l’usinage fait appel au titane afin de le protéger aux hautes vitesses. Son statoréacteur Marquardt RJ43-MA-11 développait une poussée de 680kg. Il emportait principalement des appareils photos à très hautes sensibilités et des capteurs infrarouges. Même encore aujourd’hui la majorité des données techniques concernant cet avion sans pilote sont difficiles d’accès. On sait cependant que ces engins disposaient d’un système d’autodestruction en cas d’échec de la mission.

En 1966, la perte en vol d’un des deux Lockheed M-21 causa l’abandon du programme d’avion porteur trisonique pour le drone D-21. Cependant le second M-21 demeura en service et ne servit pas uniquement aux phases de développement des deux exemplaires de présérie développés. En 1967, la CIA ordonna la fabrication de 35 exemplaires de série pour un montant d’environ sept milliards de dollars. Le premier D-21 de série vola au milieu de l’année 1969.

La récupération de ces onéreux drones était confié à des Lockheed JC-130B, des Hercules de sauvetage modifiés pour des missions ultra-secrètes d’extraction d’agents américains derrières les lignes ennemies ou de captures de drones. Ces avions préfiguraient en fait les Lockheed MC-130E Combat Talon.

En fait, cinq exemplaires furent construits comme D-21A destinés à être installés au-dessus de l’extrados de fuselage de l’unique Lockheed M-21 restant tandis que les trente autres étaient des D-21B destinés à être montés sous la voilure d’un bombardier stratégique Boeing B-52H Stratofortress. Le premier vol en missions intervint en novembre 1969 lors d’une reconnaissance aérienne au-dessus d’une zone fortement militarisée en Chine communiste.

Leur architecture générale et leur très grande vitesse rendaient ces drones quasi furtifs pour les radars de la défense aérienne de ces deux pays. En effet un écho radar aussi réduit ne pouvait en aucun cas être un avion de reconnaissance, même pas le SR-71 Blackbird dont les services de renseignement soviétiques connaissaient désormais l’existence.

Le programme du Lockheed D-21 subit un sérieux tort le 20 mars 1971 lorsqu’à l’issu d’une mission chinoise le drone fut perdu et récupérer par les forces communistes. L’autodestruction avait échoué. Cela mit fin au programme officiel de ce drone trisonique.

Sur trente-cinq Lockheed D-21A et D-21B construits, seuls quatre réalisèrent des missions opérationnelles. En 2016 encore ce drone était le plus onéreux de l’histoire aéronautique, surtout au regard de la faiblesse de son impact stratégique. Plusieurs exemplaires sont actuellement exposés dans des musées aéronautiques américains, souvent auprès de SR-71 Blackbird.

Photos

Caractéristiques techniques

Modèle : Lockheed D-21A
Envergure : 5.80 m
Longueur : 12.82 m
Hauteur : 2.14 m
Motorisation : 1 statoréacteur Marquardt RJ43-MA-11
Puissance totale : 1 x 5400 kgp.
Armement : Aucun.
Charge utile :
Poids en charge : 5050 kg
Vitesse max. : 3560 km/h à 18500 m.
Plafond pratique : 29000 m
Distance max. : 5550 Km
Equipage : 0
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Profil Couleur

Profil couleur du Lockheed D-21

Vidéo

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Arnaud
Passionné d'aviation tant civile que militaire depuis ma plus tendre enfance, j'essaye sans arrêt de me confronter à de nouveaux défis afin d'accroitre mes connaissances dans ce domaine. Grand amateur de coups de gueules, de bonnes bouffes, et de soirées entre amis.