Le monde du sport automobile pleure son ancien surdoué, mais il n’est pas le seul. Ce lundi 20 mai 2019 l’ex pilote autrichien de formule 1 Niki Lauda est décédé à l’âge de 70 ans. Ce que peu semblent se souvenir aujourd’hui dans les grands médias c’est que l’homme fut aussi un grand passionné d’aéronautique, ayant créé au total trois compagnies aériennes. Malheureusement toutes ne lui ont pas survécu.

Alors bien sûr le nom de Niki Lauda est avant tout, et c’est logique, rattaché à la formule 1 dans les années 1970 et 1980. Il faut dire que durant ces deux décennies le pilote a remporté trois titre mondiaux : en 1975 et 1977 sur Ferrari et en 1984 sur McLaren. Malgré ce dernier le pilote autrichien était surtout connu pour ses coups d’éclats aux commandes des bolides rouges de facture italienne.
Un pilote de génie qu’à l’époque beaucoup de journalistes n’hésitaient pas à comparer à un pilote de chasse, tant en raison de ses réflexes hors-pairs que par la minutie qui caractérisait sa maîtrise de la machine. Ce qui l’amusait, dit-on. Car Niki Lauda avait la passion de l’aviation depuis sa plus tendre enfance, ayant même pris quelques cours de pilotage d’avions légers.

Et c’est alors qu’il est au top de sa carrière que Niki Lauda pense déjà à sa reconversion future. En 1979 il dépose à Vienne en Autriche les statuts d’une compagnie aérienne charter. Cependant pour diverses raisons administratives mais également à cause de sa totale méconnaissance des règles en la matière il ne peut débuter ses activités aériennes que six ans plus tard en 1985. Fort modestement la compagnie s’appelle Lauda Air. Ses premiers avions à l’époque ont été rachetés d’occasion auprès de plusieurs transporteurs d’Europe occidentale. On trouve ainsi dans sa flotte des BAC 1-11, Boeing 737-200 et -200 Advanced, et Fokker F27 Friendship. Les destinations alors couvertes sont essentiellement touristiques : l’Espagne, la France, la Grèce, l’Italie ou encore le Royaume-Uni. Niki Lauda va trouver le filon en passant des contrats avec les tours opérateurs.

Boeing 737-200 Advanced aux couleurs de Lauda Air.

Les années 1990 sont synonymes aussi de modernisation. Adieu ces vieux modèles Lauda Air investit dans des Boeing 737-300 et 737-400 encore achetés d’occasion puis petit à petit dans des avions plus récents. Sur les lignes courts-courriers les Fokker laissent la place à des Bombardier CRJ100, Lauda Air sera une des premières compagnies européennes à faire du transport régional sur biréacteur. Nous sommes alors en 1994.
Ensuite vient la période de faste avec les achats d’Airbus A320-200, de Boeing 767-300ER et 777-200ER. Dans le même temps Niki Lauda continue de faire confiance aux 737 et modernise avec des versions -600, -700, et -800. Lauda Air est même à cette époque la première compagnie aérienne privée autrichienne derrière Austrian Airlines. Pourtant c’est l’arbre qui cache la forêt.

Car depuis 1991 et le terrible drame du vol NG004 les clients boudent parfois trop souvent la compagnie. Niki Lauda ne peut compter que sur les contrats signés avec les tours opérateurs et quelques sociétés européennes. Pour mémoire cet accident aérien survenu en Thaïlande avait coûté la vie aux 223 passagers et membres d’équipage d’un Boeing 767-300ER. La communication de la compagnie avait été catastrophique, après la révélation d’une erreur du commandant de bord. Celui-ci avait déployé par erreur en plein vol un inverseur de poussée. L’avion s’était disloqué à environ 1200 mètres du sol, ne laissant aucune chance à ses occupants. L’ancien pilote de formule 1 en avait été dit-on très affecté, mais n’en avait rien montré devant les caméras de télévision.

Immatriculé en Autriche mais opéré en Italie un 767-300ER de Lauda Air Italia.

En septembre 1990 Niki Lauda créa Lauda Air Italia, une filiale transalpine de sa compagnie, basée en Lombardie. Ses avions, trois Boeing 767-300ER puis autant d’Airbus A330-200 voleront principalement à partir des plateformes aéroportuaires de Turin et Milan. Ils assurent alors principalement des vols transatlantiques, notamment à destination de la station balnéaire mexicaine de Cancún. Seulement voilà après plusieurs soucis financiers la compagnie est absorbée en septembre 2005 par la compagnie à bas coût Livingston… qui elle aussi disparaitra neuf ans plus tard.

Finalement Lauda Air disparut le 1er juillet 2012, rachetée par Austrian Airlines. Mais c’était loin d’être la fin de l’aventure aéronautique de Niki Lauda. Car dès 2003 il avait créé une compagnie aérienne à bas coûts baptisée Niki et opérant sur Airbus A320-200, A321-200, et bien entendu Boeing 737-700 et -800. Entre Niki Lauda et le biréacteur monocouloir américain c’était une vieille amitié. Et sa compagnie fonctionne plutôt bien, elle arrive au bon moment sur ce marché alors émergent du transport commercial de masse à petits prix. Les avions de Niki reliaient Vienne à la plus part des pays européens et nord-africains.

Airbus A320 dans l’étrange livrée de Niki.

Mais l’arrivée d’une concurrence féroce, notamment de la part d’Easyjet et surtout de Ryanair, les deux géants européens du secteur tua Niki. À tel point que l’ancien pilote automobile dut l’intégrer en 2018 dans un nouveau transporteur nommé Laudamotion et n’opérant que des Airbus A320 et A321. Ironie de l’histoire cette compagnie appartient aujourd’hui… à Ryanair.

En 2019 le nom de Lauda est toujours inscrit sur le flanc d’avions, ceux de Laudamotion.

Mais au moins deux jours après le décès de Niki Lauda son nom vole toujours. Pour combien de temps encore ? Bon vol monsieur Lauda, et gaffe aux excès de vitesse !

Photos © Wikimédia commons.

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5 COMMENTAIRES

    • Oh je peux vous promettre que les passionnés de sport automobile se souviennent bien de ce grand champion, ainsi que pas mal d’aérophiles.

    • Je confirme ce que dit Arnaud. Monsieur Lauda est encore bien connu. Ne serait ce qu’il était encore très actif en F1 dans l’équipe Mercedes en tant que directeur non exécutif / conseillé. ou en tant qu’ami / proche connaissance de certains pilote (voir par exemple ce qu’en disent Hamilton / Vettel ).
      Il faut dire qu’il avait un certain humour et franc parlé, chose que l’on trouve de plus en plus rarement par les temps qui courent.

      PS : Entièrement d’accord avec Victor ci dessous.

  1. Pour ceux qui, comme moi, n’étaient pas nés pour voir les exploits de Niki Lauda sur piste, on peut se jeter sans hésiter sur le très bon film « Rush », avec un Chris Hemsworth cabotin comme il faut et surtout un Daniel Brühl exceptionnel en Niki Lauda.

  2. Le client du premier Bombardier Global 7500 livré en Europe en mars dernier était nul autre que Niki Lauda. Dommage qu’il n’ai pu profiter plus longtemps de son acquisition. Merci Arnaud pour cet hommage à un homme qui osait toujours foncer !

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