C’est un coup de tonnerre révélé ce lundi 20 avril 2020 par le très sérieux Der Spiegel. Le Bundeswehr a décidé d’acheter un total de quarante-cinq avions de combat de facture américaine auprès de Boeing. Il s’agit de trente F/A-18F Super Hornet et de quinze EA-18G Growler qui assureront ainsi le remplacement des quatre-vingt-neuf actuels Panavia Tornado. C’est grâce au travail des journalistes d’investigation allemands que nous avons appris la nouvelle, rendons-leur ici hommage.

Tout est parti d’un courriel confidentiel échangé ce jeudi 16 avril 2020 entre madame Annegret Kramp-Karrenbauer, ministre fédérale de la défense allemande, et monsieur Mark Esper, le secrétaire américain à la défense. Ayant fuité auprès des journalistes de Der Spiegel il indique que la Luftwaffe a fait son choix : Boeing emporte le contrat de dotation de nouveaux avions de combat sur Airbus DS. Le scoop était tellement énorme que le célèbre hebdo allemand en a fait sa une, une rareté outre-Rhin pour les questions de défense.

L’EF-2000 Typhoon proposé par Airbus DS ne remplacera donc pas les Panavia Tornado IDS et ECR actuellement en dotation dans l’aviation allemande. Rien n’y aura fait, la concurrence américaine était trop forte. Boeing a gagné !

Ce sont donc quarante-cinq biplaces F/A-18F Super Hornet qui assureront les missions de combat, tant air-air qu’air-sol, en remplacement des actuels soixante-huit Tornado IDS. Le remplacement ne se fait pas au nombre pour nombre, les budgets de la défense ayant diminué depuis l’époque de la guerre froide durant laquelle les avions européens à géométrie variable furent commandés.
Le contrat prévoit également (surtout ?) la livraison de quinze biplaces EA-18G Growler de guerre électronique et de destruction des systèmes de défense sol-air ennemis. Il s’agit là d’une spécialité allemande, acquise à l’époque avec le Tornado ECR. Ces quinze avions américains remplaceront vingt-et-un appareils européens.

Patrouille de Tornado ECR allemands survolant les abords du célèbre château de Hohenzollern.

À Berlin cette affaire des Growler et Super Hornet tourne désormais au scandale institutionnel. En effet l’opposition allemande dénonce le manque de clarté et de transparence dans les propos de la ministre de la défense, qui jusqu’au dernier moment a soufflé le chaud et le froid entre Airbus et Boeing. Alors que visiblement elle avait pris sa décision depuis longtemps.
L’Allemagne n’avait plus acheté d’avion d’arme conçu et construit aux États-Unis depuis les années 1970 et le McDonnell F-4F Phantom II. Elle devient le deuxième client export du Growler derrière l’Australie et le troisième du Super Hornet après la même Australie et le Koweït.

Photos © Bundeswehr

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16 COMMENTAIRES

  1. Donc l’Allemagne n’achète même pas un avion dont elle a financé le développement ? Dont elle est « propriétaire » a travers ses participations dans Airbus ?

    Le SCAF a déjà du mal à réellement démarrer avec les réticences du parlement allemand, ce n’est pas cette décision qui va rassurer les partenaires des Allemands !

    Enfin, à une époque où presque toute les armes cherchent à rationaliser au mieux leurs parc de matériel, c’est une décision étonnante de la part de l’Allemagne qui dispose déjà d’un stock important de Typhoon.

  2. C’est bien triste pour l’industrie d’armement Européenne….. Mais on savait déjà que l’Europe de la défense n’existe pas et là c’est encore une fois la confirmation…..

    • L’Europe de défense existe même avec du matériel non-européen. L’exemple parfait en est le transport aérien militaire qui pourtant repose en partie sur des C-130J Super Hercules acquis aux USA. Si les Européens avaient su proposer un avion capable de succéder au Tornado ECR sans doute que les Allemands l’auraient préféré à ce Boeing EA-18G Growler. Mais en l’absence d’autre chose que d’un bidouillage à la va-vite ils sont allés sur le meilleur avion du moment. Et oui il est américain.

      • Oui, il est américain, et cela ne me dérange pas….. Je trouve cela juste dommage. L’Europe de la défense n’existe pas dans le sens où il y a trop de dépendance vis à vis des USA, et qu’il n’y a pas de volonté européenne forte pour que cela change.

  3. La raison l’a emporté et on voit mal comment il aurait pu en être autrement. Le Typhoon ECR sorti du chapeau à la dernière minute n’était qu’une ébauche quand les EA-18 volent depuis plusieurs années déjà. J’imagine que l’argument suivant a été la rationalisation du parc (et potentiellement une belle ristourne) pour ajouter une quarantaine de F-18 au panier.

  4. Argument infaillible: Pouvoir intégrer la bombe nuc B-61!
    Voyons le bon côté des choses, ça aurait pu être le F-35 et ce serait un danger pour la continuation du SCAF.
    D’autre part, peut-être un début de l’aéronautique navale outre-Rhin?

  5. Pour la mission de brouillage offensif et de destruction des systèmes sol/air adverses, les Allemands avaient-ils réellement le choix ? Je ne crois pas que le F-35 ait ce genre de capacité.

  6. Le Rafale on n’en parle même pas ? Je croyais qu’il était multirôle… J’imagine qu’il ne répond pas aux critères ?
    D’un coté, difficile d’acheter des Rafales quand on a préféré participer au programme Typhoon !

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