Les déclarations du nouveau Président des États-Unis sur les marchés d’équipements fédéraux recentrés sur les entreprises américaines ont fait l’effet d’une mini-bombe médiatique en Europe. Décryptons donc cela et voyons en quoi le groupe Airbus n’a aucune raison d’être plus inquiet que ça de cette fausse nouvelle politique. Avec Joe Biden le géant européen va t-il vraiment cesser d’équiper l’US Department of Defense ? Rassurons aussi nos amis journalistes des grands médias généralistes qui ont un peu pédalé dans la semoule sur le sujet depuis quelques heures, et pas uniquement en France.

Car oui traditionnellement les présidents démocrates ont toujours eu une forte propension à faire appel au protectionnisme quand ils étaient aux affaires. Récemment cela s’est vérifié avec Jimmy Carter (1977-1981) et avec Bill Clinton (1993-2001), mais un peu moins avec Barack Obama (2009-2017). Pourquoi d’ailleurs Obama a t-il moins fait preuve de protectionnisme vis à vis des entreprises étrangères et notamment européenne ? Car à la différence de ses deux prédécesseurs il a présidé l’Amérique dans une économie mondialisée. Et ça ne va pas s’arranger sous Joe Biden.

Prenons donc le cas d’Airbus puisque c’est celui qui ici nous intéresse.
D’abord il faut savoir que le Président des États-Unis ne peut décider que pour les marchés liés aux administrations fédérales et aux forces armées. Les marchés relatifs aux états, comté, municipalités, ou toute autre collectivité échappent totalement à son pouvoir. Les services de police locaux et les bureaux de shériffs pourront donc parfaitement continuer à commander des Airbus Helicopters H125 Écureuil ou H145 comme ils le font actuellement.

Dans le même état d’esprit les entreprises privées, y compris celles sous contrat avec le gouvernement fédéral américain, peuvent acheter à peu près ce qu’elles veulent à qui elles le veulent sans avoir de compte à rendre à quiconque. Le géant aéronautique européen pourra donc par exemple continuer à vendre des avions de ligne mono-couloirs A321 à American Airlines ou encore des gros-porteurs A350-900 à Delta Air Lines. Pour mémoire ce sont deux des plus grosses compagnies aériennes installées aux États-Unis.

Et pour les programmes militaires alors ? C’est justement là qu’en théorie le bât blesse. Pourtant non. Car tous les contrats en cours ne seront pas rediscutés, cela coûterait trop cher à l’administration Biden soucieuse de faire des économies après les années bling-bling de l’administration Trump. Surtout les aéronefs d’état utilisés par les forces américaines et développés par le groupe Airbus sont globalement des machines très appréciées de leurs équipages et mécanos.
Ainsi le programme de modernisation des MH-65D Dolphin au nouveau standard MH-65E pour le compte de l’US Coast Guard se poursuivra. De même l’entretien et le soutien opérationnel aux HC-144A/B Ocean Sentry de la même garde côtière restera à la charge du groupe européen. Et que dire de l’hélicoptère léger polyvalent UH-72 Lakota en service dans l’US Army ? Bah rien, le programme se poursuit. Au second semestre 2020 l’armée américaine percevait son dernier UH-72A et elle doit recevoir son premier UH-72B de série doté notamment d’un rotor anticouple Fenestron dans les prochaines semaines. Le secrétaire à la défense Lloyd Austin est d’ailleurs un des grands artisans de ce programme qu’il avait copiloté quand il était à l’état-major de l’US Army.

Airbus DS HC-144B Ocean Sentry.

En fait les Européens ont une arme secrète : Airbus Group Incorporation. Sous ce nom se cache une société 100% américaine dont le siège est installé à McNair dans l’état de Virginie et qui emploie un peu plus de 2050 citoyens américains. La principale division de cette entreprise est Airbus Helicopters Incorporation basée elle Grand Prairie au Texas et pour laquelle 790 Américains travaillent actuellement.
Airbus Group Incorporation paye ses impôts aux États-Unis et fait travailler plusieurs centaines d’entreprises américaines sous-traitantes. C’est auprès d’elle que sont assemblés les aéronefs d’état commandés par le gouvernement fédéral américain.
Les Dolphin, Lakota, et autres Ocean Sentry y ont vu le jour à partir d’éléments produits en Europe. Grâce à Airbus Group Incorporation tout le monde est content : le géant européen car il remporte des contrats aux États-Unis et l’administration américaine car elle fait travailler des employés locaux et reçoit impôts et taxes. Airbus se paye même le luxe d’assembler une partie de ses avions de ligne sur le sol américain, c’est notamment le cas à Mobile dans l’Alabama du mono-couloirs de nouvelle génération A220.
Voilà désormais vous savez pourquoi les dirigeants d’Airbus n’ont pas de raison de se faire des cheveux blancs suites aux déclarations protectionnistes de Joe Biden.

Photos © US Department of Defense.

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7 COMMENTAIRES

  1. Du coup par rapport a ça, comment un groupe comme Leonardo est implanté aux Etats Unis ? Ce groupe doit il craindre pour de futurs contrats ? Ou bien si il est implanté comme Airbus, il a de quoi être serein ?

    • Leonardo a moins, beaucoup moins d’implantations aux USA qu’Airbus. Il faut dire que cette dernière société doit sa présence en terre américaine à feue Aérospatiale qui dès la fin des années 1970 y assemblait des hélicoptères.
      C’est à cause de sa faible implantation américaine que Leonardo a été obligé de s’allier à Boeing pour l’usinage de ses MH-139 Grey Wolf destinés à l’US Air Force.

  2. Salutations : Obama, Airbus et l’économie mondialisée.
    Ou les mésaventures de l’A 330MRTT au pays de la bannière étoilée ,dans un marathon politique et judiciaire digne d’un film.
    Et c’est Boeing qui gagne à la fin…

    • Sans rire qui pouvait honnêtement croire dans les chances de l’Airbus KC-45 face au Boeing KC-46 ? Pour un marché aussi stratégique que les avions ravitailleurs en vol l’Europe n’avait aucune chance. C’est dingue qu’aujourd’hui encore on trouve des gens qui y pensent encore.

  3. Airbus fabrique aussi des A320 à Mobile

    @Thomas Pour Leonardo c’est le même principe, ils ont par exemple une usine à Philadelphie pour l’assemblage de leur TH73-A (Hélico d’entrainement de l’US Navy)

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