Il ne s’agit pas d’une nouvelle à proprement parler, mais d’un mouvement qui prend de l’ampleur. De plus en plus de transporteurs réclament le développement de l’Airbus A220-500, une version allongée du populaire A220-300. Air France mène la charge en menaçant de commander des appareils Boeing 737MAX pour compléter la modernisation de sa flotte d’avions court et moyen courrier.

Rappelons que cette modernisation fut lancée en juillet 2019 avec l’annonce d’une commande ferme de 60 appareils A220-300, assortie de 30 options et de 30 droits d’acquisition supplémentaires. Ces appareils qui seront assemblés à Mirabel au Québec remplaceront progressivement la flotte vieillissante d’avions A318 et A319 d’Air France. Pour ce qui est de la soixantaine de ses A320 et A321, Air France souhaite pouvoir les remplacer en partie par des appareils A220-500. D’une capacité prévue un peu moindre que l’A320Neo (15 passagers de moins), l’A220-500 présenterait toutefois l’avantage de consommer moins de carburant et d’être plus rentables sur les lignes moins achalandées. Également intéressé par l’A220-500, le transporteur airBaltic qui connaît une croissance remarquable a fait le pari d’une flotte tout A220 en se débarrassant de ses derniers Boeing 737 en 2020.

Airbus Canada A220-300

Il faut savoir que dès sa conception, les ingénieurs de Bombardier prévoyait des versions allongées du CSeries 300 (renommé A220-300), l’A220-100 n’étant qu’une version plus courte du modèle de base. C’est d’ailleurs ce qui inquiétait Boeing qui, avec la complicité de l’ancienne administration Trump, a lancé les hostilités contre Bombardier pour tenter de tuer dans l’œuf cet éventuel compétiteur du 737MAX. Lors des discussions qui ont précédé l’alliance Bombardier / Airbus, l’avionneur européen manifestait un intérêt particulier pour le modèle 500 et même demandé à Bombardier des simulations de performances pour d’éventuels modèles 700, 900 et 1000.

Alors que l’A319Neo peine à trouver son marché face au plus moderne A220-300, on pourrait croire qu’Airbus hésite à développer l’A220-500 de peur de nuire aux ventes de son populaire A320Neo. Or le carnet de commandes du A320Neo déborde et conséquemment l’offre d’une plus grande famille d’appareils A220 risque de nuire davantage à Boeing. Airbus dispose déjà de deux chaînes d’assemblage de l’A220 (Mirabel et Mobile) afin de répondre à une demande croissante de nouveaux clients. Airbus Canada annonçait d’ailleurs en décembre 2020 une augmentation de la cadence de production à Mirabel.

Avec les déboires de Boeing et son 737MAX à l’avenir incertain, l’A220-500 (et un éventuel modèle 700) intéresse un nombre croissant de transporteurs. La crise du transport aérien causée par la pandémie du COVID 19 a conforté les actuels opérateurs d’appareils A220. Alors qu’une grande partie de la flotte mondiale d’avions commerciaux est clouée au sol, pratiquement tous les A220 en service continuent à voler dû à leur faible coût d’opération. Il y a bien sûr les transporteurs déjà convertis aux avantages du A220 et très intéressés d’acquérir des A220-500: outre Air France et airBaltic, mentionnons Swiss et Delta Airlines. Même d’inconditionnels utilisateurs d’avions Boeing envisagent dorénavant l’A220 comme alternative au 737MAX, tel le géant Southwest Airlines.

Airbus Canada A220-100

Selon plusieurs analystes de l’industrie aéronautique, la question n’est pas de savoir si Airbus va développer l’A220-500 ou non, mais plutôt quand. Avec un retour à la normale dans le transport aérien anticipé en 2023, plusieurs parient qu’Airbus en fera l’annonce d’ici-là. Malgré le manque actuel de liquidités chez Airbus causé par la pandémie, le géant européen est en bien meilleure posture financière que son rival américain. Boeing devra développer, plus tôt que tard, un successeur à l’antédiluvien 737. Boeing sera contraint de concevoir à partir de zéro un monocouloir de nouvelle génération, alors que l’investissement pour le développement de l’A220-500 sera comparativement minime et que l’A220 jouit déjà d’une excellente réputation. La menace d’Air France apparaît donc n’être qu’un simple bluff pour mettre de la pression sur Airbus qui tarde à annoncer ses intentions.

Publicité

9 COMMENTAIRES

  1. Ce genre de provocation ne porte pas la marque d’Air France mais de Ben Smith. Le patron canadien du groupe européen Air France – KLM n’en est pas à son coup d’essais. Il était spécialiste des provocs quand il dirigeait Air Canada il le refait ici.
    Après des Boeing 737 sous livrée d’Air France n’auraient rien de nouveau. La compagnie a utilisé entre les années 1980 et la fin des années 2000 des 737-200 Adv, 737-300, et 737-500. Tous ont cédé la place à l’A320 et ses dérivés.

    Perso je ne serais pas aussi sévère que toi Marcel vis à vis de l’A319Neo qui n’arrive pas à trouver son marché. La donne depuis un an et demi environ est compliquée pour lui comme elle l’est pour l’A220-100 et l’A220-300. Il serait à mon avis contreproductif d’opposer les avions Airbus européens aux avions Airbus nord-américains. Je les vois plus comme complémentaire. Mais ce n’est que mon avis.

  2. Vu la situation financière d’Air France et la pression de l’UE concernant la recapitalisation, je vois mal Air France envisager le remplacement d’avion dans les 5 ans.
    Ceci étant dit le développement d’une famille d’entrée de gamme chez Airbus est souhaitable et porterait un coup dur à Boeing. Gageons que l’état américain sera faire face pour aider son constructeur.

    • Le temps de développement, des vols d’essais, du processus de certication puis de mise en production va nécessiter quelques années de toute façon. Les transporteurs doivent toutefois planifier dès maintenant le retour à la normale. Air France client de lancement du A220-500 ? L’avenir le dira.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Merci d'écrire votre commentaire !
Merci de renseigner votre nom