Qu’un destroyer japonais abatte un avion d’attaque américain on s’attend logiquement à ce que ce dernier ait été un Curtiss SB2C Helldiver ou un Douglas SBD Dauntless. Sauf qu’en ce mardi 4 juin 1996 ces deux modèles avaient quitté le service actif depuis des décennies, leur principaux descendants étant alors les Grumman A-6 Intruder et McDonnell-Douglas F/A-18 Hornet. Et c’est justement un exemplaire du premier d’entre eux deux qui fut accidentellement descendu par le destroyer nippon JS Yūgiri. Retour sur une bavure à l’issue heureusement rassurante.

En ce mois de juin 1996 l’équipage du destroyer japonais s’exerçait dans le Pacifique aux côtés du porte-avions américains USS Independence. Ces manœuvres devaient préparer les hommes à bord du JS Yūgiri à travailler en conditions de haute intensité. Le navire de guerre devait participer quelques semaines plus tard à l’exercice international RimPac 1996.

La météo étaient clémente, et la mer calme. Sur le pont d’envol de l’USS Independence deux avions d’attaque au sol Grumman A-6E Intruder appartenant à l’escadron VA-115 Eagles se préparent pour le catapultage. Ils ont une mission : simuler une attaque aérienne à basse altitude contre le JS Yūgiri. Dans les postes de pilotage des deux avions les quatre marins américains sont archi-concentrés. Ils connaissent par cœur ce genre de scénario.

Après avoir été catapulté les deux A-6E Intruder se dirigent au ras des flots vers le destroyer japonais. À du JS Yūgiri les officiers s’attendent à une telle possibilité. Ils ont détecté le décollage des deux avions, puis les ont perdu au radar. Par intermittences ils les récupèrent. Le radar de défense aérienne est accroche l’un d’entre eux puis décroche. Ainsi à deux reprises, puis à la troisième c’est la bonne. Le pacha du destroyer ordonne qu’on abatte l’Intruder.
Bien entendu le bâtiment de guerre est en mode exercice, Américains et Japonais ne sont plus en guerre depuis un demi-siècle. Mieux même ils sont alliés.

Le JS Yūgiri a deux systèmes de défense anti-aérienne : une batterie de huit missiles surface-air RIM-7 Sea Sparrow et deux canons Phalanx-CIWS de 20mm à grande cadence de tir. C’est à cette dernière DCA que le radar est couplé en mode exercice. Ou tout du moins devrait t-il l’être en ce mardi 4 juin 1996. Car dans la réalité des faits le système Phalanx-CIWS est bien opérationnel. Et quand l’ordre de tir est donné celui-ci est réel.
Une rafale longue de calibre 20mm vient déchiqueter littéralement un des deux Grumman A-6E Intruder. Le second rompt la formation.
À bord du destroyer japonais et du porte-avions américains c’est l’effarement qui règne.

Avant que l’avion ne s’abîme dans les eaux du Pacifique l’équipage a le temps d’actionner l’éjection de ses sièges respectifs. Les deux hommes du VA-115 Eagles retombent quelques minutes plus tard dans l’eau. L’hélicoptère Mitsubishi SH-60J Seahawk embarqué sur le destroyer s’envole immédiatement avec un plongeur et un médecin à bord. Les deux membres d’équipage de l’avion sont repêchés, sains et saufs. Après un rapide examen médical ils sont rapatriés à bord de l’USS Independence.

De retour à son port-base de Yokosuka le JS Yūgiri est placé sous scellé pour quelques jours. L’expertise américano-japonaise mettra en lumière un court-circuit dans le système Phalanx CIWS. La chaîne de commandement nippone est rassurée. En même temps les restes du A-6E Intruder furent remontés à bord du porte-avions.
Moins d’un an plus tard, en février 1997, l’US Navy se séparait définitivement du Grumman A-6 Intruder.
Quand au Phalanx CIWS il est présent sur toutes les classes de destroyers japonais, y compris la très moderne Asahi. Les Japonais ne sont pas rancuniers.

Pour la petite histoire, le clin d’œil de l’Histoire, ce Grumman A-6E Intruder fut le premier avion étranger abattu par le Japon depuis la guerre du Pacifique… à laquelle participa activement l’escadron VA-115 Eagles.

Photo © US Navy.

NDLR : La photo d’illustration représente deux A-6E Intruder, mais n’appartenant pas au VA-115 Eagles et n’ayant pas servis à bord de l’USS Independence.

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1 COMMENTAIRE

  1. Je ne connaissais pas cet incident heureusement sans pertes humaines.
    En tout cas, cet incident démontrait la réelle efficacité du système Phalanx 🙂

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