Il est devenu le rêve brisé de toute une industrie aéronautique. Ce dimanche 27 février 2022 le gouvernement ukrainien a confirmé ce que nous redoutions depuis quelques dizaines d’heures : la destruction totale de l’hexaréacteur Antonov An-225 Mriya. Il est désormais avéré que l’avion a brûlé dans un hangar de l’aéroport de Hostomel où il était basé. C’est donc le scénario du pire qui a malheureusement eut lieu pour cet avion ô combien attachant, impressionnant, et puissant.

Si la responsabilité militaire russe ne fait aucun doute dans cette perte très importante pour l’industrie aéronautique ukrainienne et pour l’histoire de l’aviation la cause est elle beaucoup plus nébuleuse. On ignore encore à ce stade, et on risque de l’ignorer durant de longues années, si l’avion a été volontairement ou non visé par les forces ennemies.
Ce qui a été factuellement reconnu par le gouvernement ukrainien c’est que l’avion a subi l’assaut des flammes dans un hangar de Hostomel, l’aéroport qui lui servait de nid. Celui-ci fut la cible des missiles de croisières et des avions et hélicoptères envoyés par Vladimir Poutine dès les premières heures de l’agression russe.

Maintenant deux scénarios se dégagent quant aux origines de l’incendie :

  1. Une frappe volontaire, ciblée, de la Russie réalisée sans doute par un missile de croisière ou un missile air-sol tiré depuis un avion d’attaque Sukhoi Su-24 Fencer ou Su-25 Frogfoot. L’Antonov An-225 Mriya était en effet un symbole de puissance aéronautique et donc pouvait représenter un intérêt quelconque dans l’esprit tordu du dictateur russe ou d’un de ses généraux. Ne pouvant mettre la main dessus faute de pilotes qualifiés sur la machine Poutine préféra le voir partir en fumée et en cendres. C’est ce qu’on appelle la politique de la terre brûlée, c’est quelque chose de connu depuis l’antiquité.
  2. Un dommage collatéral issu de la violence des combats entre forces russes et ukrainiennes et dont la destruction n’avait pas été planifiée à l’avance faute d’intérêt tactique ou stratégique. L’Antonov An-225 Mriya était avant tout un avion de transport hors norme à vocation civile, ne réalisant que marginalement des soutiens à des forces de défense.

La thèse du dommage collatéral est fortement mise en avant depuis que l’on sait que les missiles de croisières russes ne dispose d’absolument aucune précision ! Il suffit de voir les images de ces dizaines de tours et de barres d’habitations éventrées et à demi effondrées par ces tirs. À la différence nette des forces de l’OTAN la Russie ne peut pas appuyer ses munitions prétendument de précision sur le système GPS. Celui-ci est en effet américain et n’a jamais été confié aux militaires russes. La précision des tirs russes s’en fait donc ressentir, le bilan humain civil ukrainien en attestant cruellement.

En outre il faudrait véritablement être complètement fou pour envisager que la destruction de l’Antonov An-225 Mriya puisse avoir la moindre portée tactique ou stratégique pour la Russie. Par contre comme symbole comme symbole de l’Ukraine du 21e siècle elle peut galvaniser la résistance de tout un peuple contre l’oppression du dictateur Vladimir Poutine.

Sur un point de vue purement aéronautique la perte est colossale ! L’Antonov An-225 Mriya n’était pas seulement un des rares avions hexaréacteurs a avoir volé il fut surtout le plus gros avion de l’Histoire et un des rares vrais supers géants opérationnels. À tout ces titres il était aussi essentiel à notre histoire aéronautique que l’Éole de Clément Ader, l’hydravion de Henri Fabre, le Spirit of Saint-Louis de Charles Lindbergh, ou encore le Bell X-1.
Pour l’avoir vu volé à trois reprise je peux attester que l’avion était superbe, très élégant, et furieusement attachant. C’est déchirant de savoir que la folie d’un dirigeant a réduit à néant tout le génie des concepteurs et ouvriers d’Antonov.

Photo © Pavel Vanka

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16 COMMENTAIRES

  1. Comparé aux drames humains actuels, ceci n’est que du matériel certes mais une grande perte pour l’aéronautique.
    On peut juste espérer qu’un jour ils vont le refaire, il me semble que les chinois ont acheté les plans

  2. Quelle tristesse de le savoir détruit.
    J’ai eu l’occasion de le visiter au salon du Bourget en 97 ou 99 me semble t’il.
    C’était vraiment une machine magnifique et impressionnante. Une vrai cathédrale.

  3. Bonjour,
    Une petite question concernant la précision des missiles. La Russie dispose de « glonass ». Connaissez-vous sa précision en version militaire ou au moins une approximation ?
    Merci encore pour la qualité de votre site.

  4. Merci pour cet article Arnaud.
    C’est en effet un évènement dramatique et symbolique dans l’histoire de l’aéronautique…
    Pour ce qui est des missiles russes, honnêtement, je ne pense pas que leur absence de précision soit dû à l’absence de GPS, les russes ont leur propre technologie, le GLONASS, dont la précision serait de 2,8 à 10 mètres… Sans être expert militaire, je pense que ça peut être lié à de mauvaises désignations de cibles ou au fait qu’ils volent très bas pour éviter les radars ukrainiens…
    On n’aura sans doute jamais le fin mot de l’histoire de toute manière.

  5. Franchement la destruction de l’AN-225 Mirya sera à mettre au crédit de Vladimir Poutine et de ses armées de sagouins. En quoi cet avion les dérangeait ? En rien. Ce sont des barbares ces russes.

  6. Triste…. j’avais eu l’occasion de le voir atterrir a Istres voici quelques annees. Une vue impressionante que ce mastodonte, Son gigantisme etait tel qu’il m’avais paru presque immobile suspendu la, dans les airs.

  7. à propos, Arnaud,
    Avec toutes les réserves évidemment qu’on doit y apporter, avez-vous des infos sur les avions européens « promis » à l’Ukraine?
    Ce matin, à 11:14 je pouvais lire en réponse à un internaute sur le live du monde, que le parlement ukrainien faisait état de:
    « – la Bulgarie va fournir 16 avions de chasse Mig-29 et 14 avions d’attaque au sol Su-25 ;
    – la Pologne, 28 chasseurs Mig-29 ;
    – la Slovaquie, 12 chasseurs Mig-29. »
    Cordialement

    • Bonjour, la seule certitude que l’on a actuellement c’est que six MiG-29 polonais ont été destockés et envoyés en révisions ce weekend afin d’être livrés dans les prochaines heures aux pilotes ukrainiens. Pour le reste il n’y a que des supputations.

      • Franchement cette histoire d’avions de chasse donnés me donne des réserves. Cela ne fera qu’exacerber les tensions pour un résultat de court terme. Je ne pense pas que quelques dizaines de vieux Mig29, même si j’adore cette avion, vont pouvoir faire la différence face aux Sukhoi 30/35 bien plus moderne, même si le Mig29 est redoutable en dogfight, aux redoutables S300 sans oublier les 9K35 Strela-10. Ça risque de ressembler à du tir au pigeon. Une solution rustine mais suicidaire.
        De plus un avion de chasse, comme tout les autres à besoin de maintenance après chaque vol. Aucune base ou aérodrome en Ukraine n’est à l’abri de frappes russes. Le personnel comme les avions seront vulnérables pendant les longues heures, jours, d’immobilisation au sol. Peut-être utiliseront ils les autoroutes pour décoller ?

  8. C’est triste, cet avion est un veritable symbole pour tous les passionnés d’aviation. Quel gachis, acte incomprehensible sachant que la Russie a un heritage historique sur cette appareil…
    Esperons qu’Antonov ne disparaisse pas, ça va etre difficile pour eux, les Ukrainiens sont courageux et temeraires, cette entreprise merite de continuer l’aventure!!

    HS: J’aurais jamais pensé que des Mig-29 puissent faire mouche en 2022, sacré pieds de nez aux technologies! Parfois un avion rustique se posant dans des endroits somaires, necessitant « peu » d’entretients et usant de methodes resilientes (basse altitude) est plus utile qu’une petite flotte ultra tech qui est gourmande en ressources…
    Quel courage de decoller a bord de ces engins d’une autre epoque!

    Que la paix l’emporte!!

  9. Pour info 5 des 7 Antonov 124 de Antonov Airlines sont rescapés. Ils était à l’étranger pendant l’invasion russe. 2 sont aujourd’hui à Istres et sont utilisés pour acheminer le contingent français en route vers la Roumanie. Tout un symbole.

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