L’été dernier l’écrasement de l’hélicoptère Morane 29 avait fait comprendre à l’ensemble des Français que la menace des feux d’espaces naturels n’était plus limitée au seul tiers sud du pays. Cette semaine l’Île-de-France, la région parisienne si vous préférez, a connu son premier feu d’ampleur importante en forêt de Fontainebleau nécessitant l’engagement de Bombardier CL-415 et Dash 8. Est-ce le début d’une nouvelle ère dans la guerre du feu qui nécessitera que le tiers nord du pays dispose de sa propre base aérienne pour ces avions bombardiers d’eau ? Les plateformes aéroportuaires de Cormeilles Pontoise ou encore du Bourget sont-elles appelées à se réinventer dans un futur proche ?
Cet article ne repose nullement sur des prospectives officielles du ministère de l’Intérieur ou même de la Direction de la Sécurité Civile et de la Gestion de Crise mais seulement sur mon ressenti et mon appréciation de la situation. Si vous voulez du strictement factuel je ne saurais que trop vous conseiller d’arrêter là la lecture de l’article. Si par contre comme moi vous vous inquiétez de ce qui se passe actuellement je pense que vous pouvez lire ce qui se trouve ci-dessous.
Des Canadair de la Sécurité Civile écopant dans la Seine à une cinquantaine de kilomètres au sud de Paris, l’image est inhabituelle. D’autant qu’il ne s’agissait pas là d’un exercice mais bien d’une intervention en urgence afin de tenter de sauver le poumon vert de l’Île-de-France. Au début de la semaine la forêt de Fontainebleau connaissait son premier incendie majeur depuis 1949 ; elle brûle toujours.
Au plus fort du combat contre les flammes, ce lundi 13 puis ce mardi 14 juillet 2026, les moyens aériens engagés sont passés de l’hélicoptère Eurocopter AS.350B Écureuil local Morane 77 à deux Canadair et un Dash 8 puis encore deux Canadair et deux hélicoptères supplémentaires. Particularité notable les cinq avions bombardiers d’eau de la Sécurité Civile sont arrivés de la BSC de Nîmes et n’ont pas été stationnés de nuit en région parisienne. Histoire de complexifier encore un peu plus la situation le Dash 8 ne pouvait opérer auprès d’aucun pélicandrome francilien. Il n’en existe pas un seul. Son équipage était obligé de réaliser des trajets Fontainebleau Angers à chaque fois qu’il devait recharger en retardant, soit un peu plus de 260 kilomètres à l’aller et autant au retour.
La Base de Sécurité Civile de Nîmes est distante de la forêt de Fontainebleau de 525 kilomètres à vol d’oiseau. Ça fait une trotte pour venir éteindre le feu.
Aussi avec l’avènement des évènements caniculaires appelés à se multiplier du fait du réchauffement climatique, conjugués avec des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents les massifs forestiers de Bretagne, du Centre, d’Île-de-France, et ensuite sans doute des Hauts-de-France ou de Normandie sont appelés à brûler de plus belle. Et à chaque fois il faudra demander Canadair et Dash 8 en renfort depuis la Provence où ils nidifient à l’année.
Aussi mon interrogation est sur l’opportunité de créer une base dans le tiers nord du pays. Elle pourrait être proche de la capitale, la région parisienne étant riche en terrains d’aviation capables d’accueillir de tels avions, ou bien en région à proximité. J’ose croire que nos politiques qui ont choisi de commander en urgence quatre De Havilland Canada DHC-515 et de louer des Air Tractor comprendront qu’il est impérieux de très vite redessiner la carte des implantations d’avions bombardiers d’eau.
Cependant je ne suis pas naïf. Je sais que tout cela répond autant à des contingences matérielles et économiques qu’à des influences purement idéologiques. On se souviendra à l’été 2023 d’un Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, qui eut le courage de lancer le développement d’une base dans les Landes. Moins de deux ans plus tard, au printemps 2025, son successeur Bruno Retailleau enterrait le projet préférant attribuer les fonds à la traque et à la reconduite frontière des migrants plutôt qu’à la protection des espaces naturels et des populations exposées au feu.
Face au pragmatisme et à la vision à moyen et long terme l’idéologie et la vision à court terme l’ont emportées. On dirait du Trump… à la française.
Bombardier CL-415, les fameux Canadair, en attente de mission sur leur base gardoise de Nîmes.Dans quelques semaines la campagne présidentielle sera lancée. Droite, gauche, extrême droite, extrême gauche, tous et toutes vont s’invectiver et parler des sujets qui leur tient à cœur. Combien auront le courage de rappeler qu’en cet été 2026 nous avons tous et toutes globalement crevé de chaud ? Et que l’une des réponses à apporter c’est de repenser durablement notre vision de la lutte contre le réchauffement climatique et ses effets. Dans ces derniers la guerre du feu n’est pas des moindres, et avec elle la tactique et la stratégie. Donc aussi les implantations de bases d’avions bombardiers d’eau !
Photos © DSCGC
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Une réponse
Quelques Pélicandromes supplémentaires cela ne serait déjà pas si mal . Et pourquoi ne pas détacher un ou deux avions sur un terrain éloigné de Nimes . Il ya quelques années 2 Trackers étaient positionnés à Carcassonne pendant la saison des feux de forêts d’ où ils ont rendu d’appréciables services: Guet Aérien Armé et attaque des feux naissants.