Cette affaire pourrait bien faire imploser les institutions de ce pays d’Amérique du Sud et certains y voient clairement la main de Washington DC. En début de semaine le président péruvien José María Balcázar annonçait suspendre l’acquisition ferme de douze chasseurs Lockheed-Martin F-16V Viper, ainsi que l’option pour douze exemplaires supplémentaire. Sans en tenir compte 36 heures plus tard son premier ministre de cohabitation Luis Arroyo Sánchez annonçait le versement à l’avionneur américain d’une provision de 462 millions de dollars US. Problème majeur la Banco Central de Reserva del Perú dit de son côté respecter les instructions présidentielles de gel des fonds.
Qui dit vrai ? Qui ment ? Dans cette affaire on a un peu l’impression de chacun joue selon ses opinions politiques. En homme de gauche sud-américain le président Balcázar est fidèle à la tradition anti-américaine renforcée depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Dans le même temps le premier ministre Sánchez, en bon homme de droite totalement aligné sur les USA avec le doigt sur la couture du pantalon, ne veut pas décevoir la Maison-Blanche. En plus l’ancien officier général qu’est Sánchez n’a jamais caché son admiration pour la politique menée par l’actuel président américain.
Donc quand Balcázar dit non et renvoie la patate chaude à son successeur qui sera désigné par voie électorale dans quelques semaines Sánchez de son côté dit oui. Les urnes c’est une chose, plaire à Trump en est une autre. On appelle cela une crise institutionnelle ; un truc que nous autres Français mais aussi nos amis Belges connaissons bien.
Sauf que le Pérou est un état de droit. S’il veut s’acheter des avions de combat auprès de Lockheed-Martin c’est par la voie officielle qu’il les payera. Et cela passe donc par sa banque centrale, localement appelée Banco Central de Reserva del Perú. À sa tête depuis presque vingt ans l’économiste Julio Velarde est réputé légitimiste. Du coup quand l’homme reçoit l’ordre du président Balcázar de geler les 3,42 milliards de dollars alloués à l’achat des douze F-16V forcément il gèle. C’est un président de banque centrale, il fait ce que le pouvoir exécutif lui intime l’ordre.
Du coup si les dits 3,42 milliards de dollars US sont pris dans les glaces d’où sortent les 462 millions que le gouvernement Sánchez dit avoir versé à l’avionneur américain ? Ce n’est pas exactement une toute petite somme.
Quelques heures seulement après que José María Balcázar ait choisi de suspendre l’achat des douze F-16V Viper un coup de pression est arrivé à la présidence péruvienne. Vous savez de qui ? Bernie Navarro.
Rien à voir avec la bonhommie du commissaire de police longtemps incarné à la télé par Roger Hanin. Ce Navarro là serait plutôt du genre colérique. C’est l’ambassadeur des États-Unis à Lima. C’est donc un diplomate, quelqu’un dont on attend qu’il essaye d’arrondir les angles. Sauf que Bernie Navarro est un fervent MAGA, autrement dit un vrai trumpiste, un pur un dur. Si Balcázar dit non au F-16V alors Balcázar devient l’ennemi de l’Amérique. Ça peut paraître extrême et totalement débile pourtant c’est bien la pensée du diplomate américain en place au Pérou.
Et comme Bernie Navarro fait partie de l’administration Trump ce n’est pas par la voie diplomatique qu’il menace le président péruvien mais via le réseau social X. Il a osé tweeter ses propos.
Alors officiellement ce jeudi 23 avril 2026 au soir l’acquisition des douze F-16V Viper est suspendue, les fonds alloués ont été intégralement gelés par le président péruvien et sa banque centrale, pour autant une partie a été fournie à Lockheed-Martin contre toute logique macro-économique. Et dans le même temps l’ambassadeur des USA au Pérou vocifère et menace le même Pérou. Si vous y comprenez quelque chose faites moi signe car perso c’est franchement à se taper des migraines de compétition…
Affaire à suivre.
Photo © Lockheed-Martin
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