Parmi les nombreuses apparitions aéronautiques de la Première Guerre mondiale l’une des plus étonnantes fut celle des hydravions de chasse. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire cela a concerné aussi bien des appareils à coques qu’à flotteurs, même si ces derniers étaient numériquement parlant les plus importants. Peut-être du fait de son insularité le Royaume-Uni fut une des nations qui se servit le plus de ces aéronefs dont les plus marquants durant la Grande Guerre fut le Sopwith Baby.
C’est sur fonds propres qu’au printemps 1915 l’avionneur Sopwith se mit en tête de développer un hydravion monomoteur monoplace destiné au Royal Naval Air Service. Il n’était alors pas vraiment question que l’engin puisse remplir des missions de chasse, mais plutôt d’observation armée, de reconnaissance, voire de surveillance côtière. L’ingénieur Thomas Sopwith ne partit cependant pas d’une feuille blanche, s’inspirant d’une machine similaire appelée Sopwith Schneider et alors en dotation dans les rangs du RNAS.
Ce dernier employant ses exemplaires aussi pour des missions de chasse, à l’image des deux exemplaires embarqués en avril 1915 à bord du HMS Ark Royal, demanda cependant à Thomas Sopwith que son futur hydravion soit adapté à la destruction des autres hydravions voire des avions. Reprenant les grands traits du Schneider mais en les améliorant sensiblement tout en réduisant la voilure l’ingénieur décida de baptiser son nouvel aéronef du nom de Baby. S’il abandonna le moteur français à neuf cylindres rotatifs Gnome Monosoupape de 100 chevaux aux profits d’un Clerget de même architecture d’une puissance de 110 chevaux ce nouvel hydravion conservait le positionnement des deux flotteurs principaux à l’avant et du flotteur secondaire sous l’empennage.
L’armement du Baby dépendait de sa mission dédiée : une mitrailleuse synchronisée de calibre 7,7 millimètres ainsi que 60 kilogrammes de bombes légères sous les ailes sur les hydravions de reconnaissance et de surveillance côtière et deux mitrailleuses identiques sur ceux de chasse. Ces derniers n’emportaient aucune bombe.
Le prototype du Baby effectua son premier vol en septembre 1915 et fut immédiatement commandé en série par le Royal Naval Air Service.
Celui-ci avait commandé 285 exemplaires de l’hydravion. Les 100 premiers Sopwith Baby devaient être assemblés chez Sopwith en tant qu’appareil de reconnaissance armée et de surveillance côtière, la mission d’observation armée étant abandonnée depuis quelques semaines, tandis que les 185 suivants furent construits par Blackburn en tant que chasseurs.
Le Sopwith Baby entra en service en novembre 1915.
Outre pour le compte du Royal Naval Air Service le constructeur Blackburn fut chargé d’assembler une trentaine d’exemplaires de chasse à destination de la Marine Nationale et une dizaine d’autres de reconnaissance armée pour la Marinens, la force navale norvégienne. Fin 1916 l’Italie passa commande pour cent exemplaires, également de chasse. Devant l’importance de la commande l’Amirauté accepta que Sopwith octroie une licence de production au constructeur Ansaldo.
En service opérationnel, aussi bien auprès du Royal Naval Air Service que de la Marine Nationale, ses deux principaux utilisateurs sur le front, le Sopwith Baby se révéla un bien meilleur hydravion de chasse que de reconnaissance ou de surveillance.
Au sein des unités françaises les trente-trois exemplaires furent chargés de protéger les arsenaux de Cherbourg, Brest, et Toulon. Plusieurs d’entre eux furent localement modifiés de manière à emporter et tirer dix fusées Le Prieur, l’ancêtre du missile air-air. Dans ce cas l’une des deux mitrailleuses était déposée afin de gagner en masse. Ainsi les marins du ciel français pouvaient attaquer les Zeppelins allemands qui menaçaient les bases navales de la Marine Nationale. Tirant les enseignements de cette utilisation le RNAS équipa certain de ses Baby de fléchettes explosives Ranken.
Assez paradoxalement l’Italie engagea assez peu au combat ses Sopwith Baby, ceux ci étant chargés comme en France d’assurer des missions de chasse autour des implantations de la Marina Militare.
Le Sopwith Baby vola largement jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, étant donc pris en compte en 1918 par la jeune Royal Air Force héritière de la fusion du Royal Naval Air Service avec le Royal Flying Corps. Une fois la paix revenue en Europe après l’Armistice du 11 novembre 1918 la carrière du Baby se poursuivit. Blackburn assemba trois exemplaires pour le Chili, quatre pour les États-Unis, et enfin vingt pour la Grèce. Globalement ces hydravions de chasse demeurèrent en service en France, en Italie, et au Royaume-Uni jusqu’en 1920-1922.
Il faut savoir que le Sopwith Baby a donné naissance à deux versions construites en série durant la Grande Guerre, l’avion de chasse Parnall Hamble Baby et l’hydravion de chasse Fairey Hamble Baby. Ceux-ci étaient suffisamment différents pour posséder leur propre personnalité. Le Fleet Air Arm Museum de Yeovilton en Angleterre conserve le seul Baby connu à ce jour, il s’agit d’un hydravion reconstruit à partir de deux exemplaires différents.
En savoir plus sur avionslegendaires.net
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Voir les autres images
























