Les C-27J Spartan II australiens retirés après seulement une décennie de service !

Ils n’auront finalement pas fait long feu dans les rangs de la Royal Australian Air Force (RAAF). Entrés en service au milieu des années 2010, les dix C-27J Spartan II australiens doivent prochainement être retirés du service ! La décision australienne remonte à ce printemps 2026 et est évoqué dans le document « Stratégie nationale de défense (SND) 2026 ».

Canberra avait fait de ces bimoteurs turbopropulsés italiens les successeurs de ses vénérables DHC-4 Caribou. Une carrière australienne particulièrement courte pour des appareils dont le dernier exemplaire n’a été livré qu’en 2018 !

Si nous nous tenons aux propos de la SND 2026, nous apprenons que les australiens prévoient de remplacer les Spartan par une ou plusieurs solutions commerciales, tout en renforçant parallèlement sa flotte de transport tactique Lockheed-Martin C-130J Hercules.

Pour autant, il faut se méfier des propos d’internautes anglophones qui a la faveur de cette annonce en profite pour signifier que le C-27J s’est révélé incapable de remplir ses missions.

Un C-27J Spartan II à l’atterrissage

Le « petit biturbopropulseur italien » de 30t a notamment été employé pour le transport de personnels et de matériels, les opérations humanitaires et les missions de soutien dans la vaste région du Pacifique avec me semble-t-il brio.

A la lecture des chiffres et données communiquées par la RAAF elle-même et des rapports annuels de la Défense australienne, cette retraite intervient alors que l’activité de la flotte australienne avait pourtant sensiblement progressé ces dernières années.

Après seulement 3 014 heures de vol réalisées en 2019-2020, les dix C-27J Spartan II ont effectué 4 668 heures en 2022-2023, puis 4 916 heures en 2023-2024. L’exercice 2024-2025 a même vu la flotte atteindre 5 048 heures, soit davantage que les 4 800 heures alors prévues par le ministère australien de la Défense. Cela représente en moyenne un peu plus de 500 heures de vol par appareil sur l’année.

En guise d’illustration de cette activité nous pouvons revenir sur l’opération Kuru Kuru menée aux Fidji en 2024. Le C-27J engagé avait volé chaque jour où il était programmé, à l’exception d’une journée annulée pour cause météorologique, conduisant le commandant du détachement à faire état d’une disponibilité de 100 % et d’une réussite de toutes les missions effectuées. Loin d’être cantonnés à des missions d’entraînement, les Spartan ont également conservé une activité opérationnelle importante dans le Pacifique. Lors d’un premier déploiement en Papouasie-Nouvelle-Guinée en 2023, un seul appareil avait ainsi transporté près de 1 000 passagers et environ 38 tonnes de fret. Plus récemment, en août 2026, un C-27J engagé dans l’opération Solania aux Îles Salomon a effectué dix missions de surveillance couvrant quelque 320 000 km² et permettant d’identifier 19 navires d’intérêt.

Un Spartan de la RAAF au dessus des eaux du pacifique

Alors, pourquoi l’Australie se sépare-t-elle aussi rapidement d’une capacité qu’elle avait précisément recherchée quelques années auparavant, me direz-vous ?

Pour tenter de répondre à cette question, il faut remonter au début des années 2000. La RAAF cherchait alors un successeur à ses DHC-4 Caribou, dont certains exemplaires étaient en service depuis les années 1960. Ces bimoteurs canadiens furent longtemps l’unique vecteur de transport tactique léger des australiens. Ils étaient très appréciés par leur rusticité et leur capacité à opérer depuis des pistes non préparer et bien souvent courtes.

Le retrait des derniers Caribou en 2009 laissa ainsi un vide entre les avions de transport tactique plus lourds et les hélicoptères en dotation dans les rangs de la RAAF. Canberra lança donc le programme destiné à retrouver une capacité comparable, mais avec un appareil moderne.

Le choix se porta finalement sur le C-27J Spartan II développé par Alenia, devenu depuis Leonardo. Ici il faut y voir le fait que Canberra ne retenait pas simplement le C-27J face au C-295 de chez Airbus. Elle choisissait plus précisément la version développée pour le programme américain Joint Cargo Aircraft, dotée notamment de systèmes de protection et pensée pour s’intégrer à la chaîne logistique des C-130J Hercules et C-17 Globemaster de la RAAF.

Le Spartan est dérivé du G.222 italien mais profondément modernisé, et ce dernier se caractérise notamment par sa capacité à transporter plusieurs tonnes de fret ou des personnels tout en conservant des qualités adaptées aux opérations depuis des infrastructures relativement sommaires.

L’Australie commanda dix exemplaires dans le cadre du programme américain Joint Cargo Aircraft. Le premier C-27J australien arriva en juin 2015 et les livraisons s’achevèrent en 2018. Les appareils furent regroupés au sein du 35 Squadron, basé à Amberley puis à Richmond.

L’histoire australienne du Spartan fut cependant rapidement compliquée par les évolutions du programme américain auquel Canberra avait choisi de participer. Les États-Unis abandonnèrent finalement leur propre flotte de C-27J, ce qui eut des conséquences sur le soutien, la formation et la logistique du programme australien. La flotte australienne dut donc évoluer dans un environnement différent de celui initialement prévu. Des difficultés de maintenance et de disponibilité apparurent et les depuis les critiques des afficionados anglophones de l’aérien critique le choix initial de Canberra.

Entre temps, le rôle du Spartan évolua. Alors qu’il avait été acquis dans une logique de transport tactique, ses missions furent largement réorientées vers le transport logistique, les opérations humanitaires et le soutien aux populations lors de catastrophes naturelles. Une évolution finalement assez logique pour un pays dont le territoire et la zone d’intérêt stratégique s’étendent sur une immense partie de l’Indo-Pacifique. Les C-27J furent ainsi régulièrement engagés dans des missions au profit des territoires australiens et des États insulaires de la région. Capable d’opérer sur de courtes pistes sommairement aménager leur utilisation fut particulièrement intéressantes par rapport aux gros appareils de transports de la RAAF comme le C17.

Le paradoxe de la décision australienne apparaît alors clairement. La décision s’inscrit dans une transformation beaucoup plus large de la flotte de transport australienne ainsi que dans la manière dont l’Australie envisage désormais ses besoins dans le Pacifique.

La principale réponse à notre questionnement sur le retrait de ces plateformes pourtant efficaces repose sur le simple fait que les autorités australiennes estiment que toutes les missions de transport ne nécessitent pas réellement un avion militaire tactique. Selon elles, pour une partie des liaisons logistiques ou du transport de personnels, un appareil commercial pourrait effectivement se révéler plus simple et moins coûteux à exploiter. Mais cette solution ne reproduira pas nécessairement toutes les capacités du Spartan. Il convient donc de ne pas résumer la carrière australienne du Spartan à une simple succession de problèmes de disponibilité. Si des difficultés de maintenance et de soutien ont bien marqué les premières années du programme, les données disponibles montrent une activité qui s’est ensuite nettement redressée.

Pour la Royal Australian Air Force, il ne s’agit cependant pas de renoncer au transport aérien dans le Pacifique. Canberra fait au contraire le choix d’une flotte plus importante de C-130J, complétée par des solutions commerciales, afin de répondre à l’évolution de ses besoins.

Un des C-130J Hercules qui devront compenser le retrait des C-17J Spartan II

La question demeure donc désormais celle du devenir des dix appareils de la RAAF. Leur retrait devrait intervenir alors qu’ils sont encore loin d’avoir atteint une ancienneté comparable à celle des nombreux avions militaires australiens qu’ils ont remplacés.

Une page va donc prochainement se tourner pour les Spartan australiens. Arrivés dans la RAAF pour prendre la succession des mythiques Caribou, les dix C-27J auront finalement connu une carrière australienne particulièrement brève. Reste maintenant à savoir si certains d’entre eux connaîtront une seconde vie sous d’autres cocardes.

Affaire à suivre…


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Loïc
Passionné d’aéronautique et d’histoire depuis toujours, je m’intéresse aussi bien aux grandes machines qu’aux appareils plus méconnus qui ont parfois laissé une empreinte discrète dans l’histoire. Maquettiste amateur, je prends autant de plaisir à construire un avion qu’à rechercher son histoire, ses variantes, ses marquages et les anecdotes qui l’entourent.
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Commentaires

6 réponses

    1. J’ai beau cherché, je ne trouve pas pour l’instant de chiffres sur les conséquence des ces choix. Disons que nous sommes encore un peu tôt car le retrait n’est pas encore effectifs. Ce retrait d’ailleurs ne signifie pas un remplacement immédiat par du matos US. Comme évoqué des solutions commerciales civiles doivent pouvoir reprendre des missions logistiques et il est fort à parier qu’externaliser ces derniers reviendra moins cher à l’état australien.

  1. Comme quoi s’acoquiner avec les Américains en général et leur Joint Cargo Aircraft en particulier n’est pas nécessairement gage de réussite. Le choix du C-27J Spartan II semble avoir été dicté par les fortes recommandations de l’oncle Sam… Pour finalement utiliser un avion de plus en plus inadapté aux contraintes du continent australien, même si le Spartan n’a manifestement pas démérité.
    P.S. : Dans un autre registre, j’attends de voir les résultats de l’alliance AUKUS avec les (pas) nouveaux sous-marins Aussies (d’occase) à la sauce Ketchup. (Mais là, je suis hors sujet…Aïe)

    1. J’ai beau cherché, je ne trouve pas pour l’instant de chiffres sur les conséquence des ces choix. Disons que nous sommes encore un peu tôt car le retrait n’est pas encore effectifs. Ce retrait d’ailleurs ne signifie pas un remplacement immédiat par du matos US. Comme évoqué des solutions commerciales civiles doivent pouvoir reprendre des missions logistiques et il est fort à parier qu’externaliser ces derniers reviendra moins cher à l’état australien.

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