Des Houthis à l’Iran, la Royal Saudi Air Force change de dimension

Ce sont les images et vidéos de la destruction par les Houthis d’un F-15SA de la Royal Saudi Air Force (RSAF) déferlant sur les réseaux sociaux depuis le 16 septembre dernier qui ont fait naître chez moi l’idée de cet article. En soi l’engagement de l’armée de l’air saoudienne contre la milice armée yéménite connue internationalement sous le nom des Houthis n’est pas nouveau, mais la perte de cet appareil et le sort inconnu de son équipage nous ont rappelé les opérations en cours et surtout que celles-ci ne se limitent désormais plus au seul Yémen.

Outre la perte du F-15SA en septembre 2026, permettez moi une petite rétrospective de la campagne aérienne saoudienne au-dessus du Yémen.  Car cette dernière a déjà été marquée par plusieurs pertes. En 2015, deux AH-64 Apache et un F-15S furent ainsi perdus, avant qu’un nouvel Apache ne soit perdu l’année suivante. En 2017, un UH-60 Black Hawk et un Eurofighter Typhoon vinrent à leur tour s’ajouter au bilan. L’année 2018 fut marquée par la perte d’un Tornado IDS et d’un nouvel Apache, puis un autre Apache fut perdu en 2019. En 2020 enfin, un second Tornado IDS fut perdu après avoir été ciblé par la défense antiaérienne houthie.

Le F-15SA de septembre 2026 vient donc s’ajouter à un bilan qui, en plus de dix années d’opérations au Yémen, aura vu plusieurs types d’appareils saoudiens disparaître, même si toutes ces pertes ne sont pas directement imputables à l’action ennemie.

Toujours est-il qu’en 2026, et ce depuis l’intervention armée des États-Unis et d’Israël sans mandat onusien en début d’année, le royaume saoudien s’est retrouvé directement exposé aux frappes iraniennes. Notamment parce que plusieurs installations saoudiennes servent de soutien aux forces américaines engagées contre Téhéran. La base aérienne de Prince Sultan, qui accueille notamment des moyens américains, a ainsi été visée en mars conduisant, notamment, à la destruction au sol d’un avion de guet aérien E-3 Sentry, dont la perte fut largement relayée sur le net.

Capture de la vidéo diffusée par les Houtis eux même faisant apparaitre les débris du F-15SA Saoudien, on reconnait ici la dérive bâbord …

Pour la RSAF, la menace ne vient donc plus uniquement du sud et donc du Yémen. En mai, Reuters révélait que des avions de combat saoudiens avaient également frappé des positions de milices irakiennes alignées sur l’Iran (au nord, vous l’aurez compris), après des attaques de drones et de missiles contre plusieurs pays du Golfe. Le type exact des appareils employés n’a pas été rendu public. Plus étonnant encore, toujours selon Reuters s’appuyant sur deux responsables occidentaux et deux responsables iraniens, l’Arabie saoudite aurait mené à la fin du mois de mars des frappes non annoncées en représailles aux attaques iraniennes contre le royaume directement contre le territoire iranien. Les cibles exactes de ces opérations n’ont cependant pas pu être établies par l’agence, pas plus que le type d’appareil employé… Nous restons donc sur notre faim d’informations.

Ainsi, la RSAF doit donc démultiplier ses forces afin d’intercepter des missiles et des drones, mener des frappes au Yémen, mais aussi être capable d’agir bien au-delà de ses frontières face à des menaces liées à l’Iran. On pourrait croire au regard du nombre d’aéronefs saoudiens que ces missions sont toutes accessibles. Mais nous pouvons nous demander comment peut-elle relever ces défis ?

Une guerre qui ne se gagne pas seulement avec des chasseurs

La RSAF compterait 384 avions de combat. De cette somme d’avions de combat, nous retrouvons pas moins de 232 chasseurs multirôles F-15 Eagle dans différentes versions.

Et pour essayer de la faire courte, les premiers exemplaires ont rejoint l’Arabie saoudite dès 1981, faisant de l’Eagle l’un des piliers de la puissance aérienne du royaume depuis plus de quatre décennies. Ces premiers appareils étaient des F-15C et F-15D destinés principalement aux missions de supériorité aérienne et d’entraînement. Riyad commanda ensuite 72 F-15S, dérivés du F-15E Strike Eagle, dont les livraisons se sont déroulées entre 1996 et 1998. Plus polyvalents, ces appareils ont permis à la RSAF de disposer d’une véritable capacité de frappe à longue distance en complément de ses F-15C/D. Enfin, 84 exemplaires neufs F-15SA ont été commandés en 2010, tandis qu’une partie des F-15S existants devait être modernisée au même standard. Les premiers exemplaires sont arrivés en Arabie saoudite en décembre 2016, et le dernier F-15SA neuf a été livré en décembre 2020. Les F-15S transformés prennent quant à eux la désignation de F-15SR.

Les 232 Eagle sont complétés par 72 Eurofighter Typhoon plus ou moins récents eux aussi multirôles dans les faits. Ces appareils appartiennent pour partie à la Tranche 2 et pour les 24 derniers à la Tranche 3. Les premiers Typhoon saoudiens sont arrivés à partir de 2008 et le dernier a été livré en juin 2017.

Une paire de Typhoon en formation. Photo © RSAF

Enfin, la RSAF compte encore dans ses rangs un appareil qui est davantage proche du retrait que de son introduction, le Tornado IDS, dont les premiers exemplaires sont arrivés en 1986 puis complétés par un second lot en 1993. Au plus fort de sa présence les Tornado étaient présent à hauteur de 120 unités dont 24 Tornado ADV de défense aérienne, retirés en 2007 et remplacés par les Eurofighter Typhoon. Il resterait aujourd’hui encore 81 exemplaires !

Mais derrière chacun de ces appareils se trouve toute une chaîne de soutien. Parmi laquelle le ravitaillement en vol, le renseignement, la surveillance, le contrôle aérien, la maintenance et la protection des bases sont autant de fonctions indispensables à une campagne aérienne à grande échelle. La RSAF dispose notamment de 6 Airbus A330 MRTT, auxquels s’ajouteront quatre appareils supplémentaires commandés en 2024 et dont les premières livraisons sont prévues à partir de 2027. Cette flotte permet aux F-15 et aux Typhoon de rester plus longtemps en l’air et surtout d’éloigner les zones de ravitaillement des bases les plus exposées. Pour le soutien au niveau du renseignement, la RSAF exploite notamment 5 E-3 Sentry comme avions de détection et de commandement aéroporté, auxquels s’ajoutent des moyens de renseignement et de surveillance comme l’unique RE-3A. Riyad cherche par ailleurs à renforcer ses capacités dans le domaine des drones MALE et de la patrouille maritime.

Un A330 MRTT ravitaillant en vol un F-15SR tout deux appartenant à la RSAF. Photo © RSAF

L’attaque de Prince Sultan a cependant rappelé une réalité particulièrement désagréable pour toutes les forces aériennes modernes. N’importe quel avion reste vulnérable lorsqu’il est posé au sol. Les images apparues après les frappes de mars ont montré les dégâts infligés à des moyens américains stationnés sur la base, dont le E-3 Sentry de l’US Air Force. Cette attaque a visé également les infrastructures indispensables au fonctionnement de la puissance aérienne américaine dans la région. Pour les saoudiens le problème est similaire, car leurs bases aériennes, leurs centres de commandement et les installations radar deviennent eux aussi des objectifs dont un simple impact contribuera à alimenter la presse internationale.

Une flotte appelée à changer

Ce contexte donne aussi un éclairage différent aux futurs programmes saoudiens. Vous l’aurez constaté, la RSAF ne manque pas de chasseurs modernes, mais cette flotte va tout de même progressivement évoluer.

Les F-15SA resteront vraisemblablement une composante majeure de la RSAF pendant encore de nombreuses années, d’autant que Riyad poursuit leur maintien en condition opérationnelle. Les Eurofighter doivent eux aussi être renforcés, avec une nouvelle commande autorisée par Berlin en 2024.

Deux F-15SA, l’ailier (au second plan) rompt la formation, dévoilant son ventre et ses deux Harpoon tandis qu’il largue une salve de flares. Photo © twz.com

Mais aux côtés de la flotte existante, le Lockheed Martin F-35A pourrait bien faire son apparition. Riyad fut déjà par le passé intéressé, mais Washington à proposé seulement en septembre 2026 la vente de 48 exemplaires de son bestseller estampillé Lockheed-Martin. À ce stade, il s’agit d’une proposition et non d’une livraison imminente.

Vous pourriez certes questionner avec moi l’intérêt d’un tel appareil « furtif » pour traiter des cibles liées aux Houthis dont les moyens de détection sont inexistants. Mais son utilisation potentielle face à l’Iran revêtirait un plus grand intérêt au regard des opérations menées avec cet appareil par les Israéliens et les Américains en Iran ou ailleurs. Dont désormais la pénétration n’est plus à prouver

Je pense que le remplacement d’un avion par un autre n’est pas la question, Riyad semble chercher à se constituer un système de combat aérien toujours plus complet. Mais le F-35 n’est pas le seul appareil occidental à avoir été évoqué pour venir renforcer la flotte saoudienne. Le Rafale français a lui aussi fait une apparition remarquée dans les discussions. En octobre 2023, l’Arabie saoudite aurait demandé à Dassault Aviation un devis pour 54 appareils, une information confirmée à l’époque par le ministre français des Armées. Cette piste était notamment apparue alors que Riyad rencontrait des difficultés pour obtenir un nouveau lot d’Eurofighter Typhoon. Depuis, rien n’a cependant permis de transformer cette possibilité en commande ferme. Le Rafale reste donc pour l’instant une possibilité parmi d’autres, et non un futur appareil de la RSAF.

Un Tornado saoudiens bien camouflé au décollage lesté de trois réservoirs de carburant externes de 2 250 litres ! Photo © Rich Benner

Pendant des décennies, la RSAF a été très largement structurée autour de matériels américains et britanniques. Désormais, Riyad regarde également vers la Turquie et le Pakistan avec lesquels un accord de défense mutuelle fut signé cet été. En revanche, je ne trouve pas concrètement les modalités de cette assistance, mais des échanges entre les chefs militaires des trois pays ont déjà débuté a la fin de l’été. Nous pouvons supposer que cette nouvelle alliance pourrait permettre à l’Arabie saoudite de solliciter des moyens turcs ou pakistanais pour renforcer la défense du royaume et ainsi préserver une partie de ses propres moyens pour ses opérations extérieures. Nous pourrions voir prochainement un déploiement de F-16 turc et pakistanais aux côtés des F-15 et Typhoon saoudiens ?

Avant même ce rapprochement, le futur TF KAAN turc faisait régulièrement l’objet de discussions avec l’Arabie saoudite, tandis que des négociations autour du JF-17 Thunder pakistanais ont été rapportées comme relancée en septembre 2026. Pour l’heure, je n’ai pas davantage d’information sur ces pistes. Et nous ne pouvons pas encore parler d’intentions établies. À la rigueur, ces pistes montrent que l’Arabie saoudite cherche à multiplier ses options industrielles et militaires.

Dans le même temps, les partenariats existants restent particulièrement importants. En septembre 2026, Londres a ainsi annoncé la mise à disposition d’un Airbus A330 MRTT Voyager de la Royal Air Force pour ravitailler les avions saoudiens dans le cadre du soutien britannique à la défense du royaume et aux opérations en appui du gouvernement yéménite. Mais avant ce déploiement récent, les accords de défenses bilatéraux entre le Riyad et Rome produisit déjà des effets. Depuis le printemps, Rome a mis en place la Task Force Air Arabia, un dispositif d’environ 400 militaires répartis entre l’Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn. Désormais quatre Eurofighter F-2000A sont en charge de la défense de l’espace aérien, un E-550A CAEW pour l’alerte avancée et la surveillance et un C-130J Hercules pour le transport et soutien logistique dont la mission est ponctuellement appuyé par un KC-767A effectuant des rotation avec la péninsule italienne. Une partie de ces moyens s’inscrit dans la continuité de la présence italienne déjà établie au Koweït dans le cadre de l’opération Prima Parthica, mais leur emploi est désormais également intégré à la défense des pays partenaires du Golfe. Quant à la France, le Président annoncait la semaine passée l’envoi de soldats, de radars et de systèmes de défense pour protéger notamment les infrastructures saoudiennes. Contrairement aux Italiens et aux Britanniques, Paris ne prévoit donc pas, à ce stade, de déployer des avions de combat ou de ravitaillement aux côtés de la RSAF.

Une RSAF transformée par la guerre

En guise de conclusion, nous pouvons revenir sur la perte du F-15SA au-dessus du Yémen il y a quelques jours. Cette perte n’est donc pas seulement une perte matérielle, car elle rappelle aussi que la RSAF est désormais engagée dans une guerre où la menace peut venir du sol, du ciel ou de très loin au-delà des frontières du royaume. Pendant longtemps, le F-15 aura résumé à lui seul la puissance aérienne saoudienne. En 2026, il en reste évidemment l’un des symboles les plus visibles. Mais derrière lui se trouve désormais une architecture beaucoup plus complexe. Et les nouveaux programmes montrent que Riyad veut encore renforcer cet ensemble, avec quatre A330 MRTT supplémentaires, de possibles MQ-9B, de nouveaux Eurofighter et peut-être, à terme, des F-35A.

Ainsi, ces prochaines années, le défi principal pour les Saoudiens ne résidera plus dans l’accumulation d’avions de combat toujours plus performants. Mais il sera de faire fonctionner tous ces aéronefs ensemble et de coordonner leurs actions dans un environnement régional beaucoup plus dangereux. Une aide d’alliés, qu’ils soient occidentaux ou pas, sera sûrement naturellement proposée pour que la RSAF relève ce défi. Et c’est probablement là que se joue sa véritable entrée dans une nouvelle ère.

Comme dit le copain, affaire à suivre…


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Loïc
Passionné d’aéronautique et d’histoire depuis toujours, je m’intéresse aussi bien aux grandes machines qu’aux appareils plus méconnus qui ont parfois laissé une empreinte discrète dans l’histoire. Maquettiste amateur, je prends autant de plaisir à construire un avion qu’à rechercher son histoire, ses variantes, ses marquages et les anecdotes qui l’entourent.
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Commentaires

5 réponses

  1. A propos de l’engagement en début 2026 des USA et d’Israël (comme dit au début de l’article), autant que je sache, ce n’était pas sous mandat Onusien…. Ils y sont allés la fleur au fusil comme des grands.

  2. Bonjour à tous
    Très bel article de Loïc sur un sujet très intéressant. Je me permets juste une remarque sur le fait qu’un paragraphe apparait 2 fois dans l’article « Outre la perte du F-15SA en septembre 2026,…. »
    Très bonne continuation!
    Un lecteur fidèle depuis plusieurs années

    1. Merci !! Effectivement j’ai relu l’article avant de passer aux commentaires.. et j’ai vu la bourde que je me suis empressé de corriger, mais les lecteurs assidus sont déjà présents en commentaires ;). C’est un paragraphe que je voulais rajouter quelques jours après l’écriture du texte initial, manifestement je ne savais pas où le placer …

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