Mini-révolution pour la Marine royale canadienne

À l’instar de l’Aviation royale canadienne (ARC), qui célébrait son centenaire en 2024, la Marine royale canadienne (fondée en 1910) a également entrepris un vaste chantier de modernisation de sa flotte. En juillet dernier, le gouvernement Carney annonçait que l’entreprise allemande Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS) était retenue pour doter le Canada d’une douzaine de sous-marins d’attaque furtifs de la classe 212CD, également commandés par la Norvège et l’Allemagne. Côté navires de surface, au chantier Irving de Halifax, prend forme le premier d’une quinzaine de destroyers du Type 26, d’origine britannique, qui remplaceront la douzaine de frégates actuellement en service. En sus, le dernier de six nouveaux navires de patrouille extra-côtiers et arctiques fut livré par le même chantier naval en 2025. À l’autre bout du pays, le premier de deux nouveaux navires ravitailleurs est actuellement en voie de finalisation au chantier Seaspan à Vancouver. Tous ces navires de surface sont évidemment dotés de ponts d’envol pour hélicoptères, dont le Sikorsky CH-148 Cyclone de lutte anti-sous-marine. Toute une montée en puissance, mais pas de porte-avions en vue comme à l’âge d’or de l’aéronavale canadienne !

Plus discret, le programme visant à doter la Marine royale canadienne d’un premier système d’hélicoptère sans pilote poursuit son petit bonhomme de chemin. Dérivé de la plate-forme Schiebel S-100, le drone canadianisé CU179 Peregrine est le fruit d’une collaboration entre les entreprises autrichienne et canadienne MDA Space. Rappelons que le Schiebel S-100 est conçu pour fonctionner par tous les temps, de jour comme de nuit, dans une fourchette de températures allant de -40 °C à +55 °C. Il est capable de décoller et d’atterrir de manière autonome grâce à son système de précision Deckfinder et à son système de capture Harpoon Grid, conforme aux normes OTAN. Il s’agit d’une plateforme éprouvée, en service depuis plus d’une décennie et utilisée par une douzaine de pays, dont des alliés du Canada comme le Royaume-Uni, la France, la Norvège, l’Allemagne, l’Italie et l’Australie. Encore une fois, le Canada privilégie un aéronef européen, au détriment du Fire Scout américain.

Schiebel S-100 / CU179 Peregrine

Début septembre dernier, eurent lieu les premiers vols du CU179 Peregrine au Centre d’essais et d’expérimentation maritime des Forces canadiennes (CEEMFC), près de Nanaimo, en Colombie-Britannique. Le CU179 est conçu pour opérer à partir de navires de guerre canadiens et sera initialement déployé sur les frégates actuelles, avant de passer aux nouveaux destroyers. Ces drones assureront une surveillance au-delà de l’horizon du navire grâce à des capteurs avancés, un radar à longue portée et des charges utiles de surveillance à large spectre. Les essais en mer, à bord de frégates, sont prévus en 2027. La capacité opérationnelle du CU179 est visée pour le premier trimestre de 2028. Une mini-révolution pour les marins canadiens qui doivent apprivoiser cette nouvelle bête.

Au-delà des missions militaires, un partenariat entre MDA Space, Transport Canada et l’entreprise québécoise Whale Seeker a permis de tester le Schiebel S-100 pour détecter la présence de Baleines noires (Eubalaena glacialis) dans les eaux côtières canadiennes. Surnommée la Baleine des Basques, et jadis abondante dans l’Atlantique Nord avant que la chasse ne décime sa population, cette espèce est aujourd’hui en danger critique d’extinction. Elle fait conséquemment l’objet d’une surveillance particulière. Plutôt lentes, et se tenant souvent près de la surface, elles sont vulnérables aux collisions avec les navires. Le drone S-100, équipé de capteurs multi-spectraux et d’imagerie avancé, couplés à l’application d’intelligence artificielle développée par Whale Seeker, permet d’identifier la présence de ces baleines en dépit des reflets et des conditions de surface  de l’eau changeantes. Les données géo-localisées en temps réel sont transmises aux autorités maritimes afin de déclencher rapidement des limitations de vitesse pour les navires naviguant à proximité des baleines. De la traque de menaces militaires à la protection de baleines, le petit Schiebel S-100 autrichien fait ses preuves au Canada !

Schiebel S-100 / Whale Seeker

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Marcel
Fils d’aviateur militaire (il est tombé dedans quand il était petit…) et biologiste qui adore voler en avion de brousse, ce rédacteur du Québec apprécie partager sa passion de l'aéronautique avec la fraternité francophone d’Avions Légendaires.
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