Quand on prononce le mot Loire on imagine immédiatement ce majestueux fleuve qui de sa source au mont Gerbier-de-Jonc en Ardèche jusqu’à son embouchure à Saint-Nazaire en Loire-Atlantique serpente sur un peu plus de 1000 kilomètres. Évidemment vient immédiatement en tête les splendides et si remarquables châteaux de la Loire comme Amboise, Chenonceau, Chinon, et bien entendu Chambord ; la merveille de la Renaissance française.
Quand on prononce le mot Loire en aviation on voit un avionneur aux productions pour le moins insolites avec un nombre très important d’aéronefs n’ayant pas dépassés le stade du prototype. Le plus curieux est sans nul doute l’avion de reconnaissance Loire 30 à l’esthétique improbable…
Fin 1931 l’Aéronautique Militaire émet un cahier des charges relatif à un avion du type RN3, c’est à dire un avion triplace de reconnaissance nocturne. Devant la complexité du programme peu d’avionneurs se propose d’y répondre.
Amiot annonce une version améliorée de son Am.130 rejeté l’année précédente dans la catégorie R2 de reconnaissance diurne biplace. ANF-Les Mureaux propose un avion inédit appelé Type 120 tandis que Loire a la même démarche avec son Loire 30 et Weymann avec son CTW-100. Avec quatre avions en lice la compétition est officiellement lancée en février 1932. Très rapidement elle se ressert autour des propositions d’ANF-Les Mureaux et de Loire. Amiot et Weymann abandonnent.
Alors que l’ANF-Les Mureaux 120 est un biplace à aile médiane le Loire 30 de son côté est un trimoteur à aile haute. Sa configuration générale détonne, même à cette époque.
Construit en bois entoilé sur une structure en tubes d’aciers le Loire 30 est animé par trois moteurs à neuf cylindres en étoile Salmson 9Ab d’une puissance unitaire de 230 chevaux entraînant chacun une hélice bipale en bois. Chaque moteur est monté sur des mâts les rendant totalement indépendant les uns des autres. Le pilote est seul dans le cockpit fermé tandis que les deux observateurs servent également les mitrailleuses défensives, des Darne de calibre 7,5 millimètres installées deux en position jumelées à l’avant et l’autre unique en dorsale derrière le poste de pilotage. Le Loire 30 possède un train d’atterrissage tricycle fixe.
C’est dans cette configuration que le premier vol à lieu en mai 1932.
Bizarrement les généraux français le jugent étrange mais ne renoncent pas à lui. Le Loire 30 les intéresse mais ils demandent à l’avionneur de revoir sa copie en proposant une version blindée dans laquelle les observateurs seraient installés uniquement à l’avant.
Loire est alors le seul avionneur encore en compétition, ANF-Les Mureaux ayant été éliminé. Les propos de l’Aéronautique Militaire ne laissent personne indifférents et les ingénieurs français vont s’inspirer d’un bombardier en développement à la même époque en Grande Bretagne : le Boulton Paul P.75 Ovestrand.
Comme pour ce dernier vis-à-vis du P.29 Sidestrand dont il est un dérivé les ingénieurs de Loire vont greffer une tourelle au Loire 30. Le Loire 301 est né. Sauf que là où les ingénieurs britanniques ont mûrement réfléchi leur démarche leurs homologues français tâtonnent.
L’énormité de la tourelle oblige d’ailleurs à revoir en profondeur la position des moteurs. Quand des ingénieurs proposent que le nouvel avion soit bimoteur avec une puissance accrue les responsables de Loire voient une autre option. On conserve les Salmson 9Ab mais on modifie leur positionnement sur l’extrados de voilure. Les moteurs n°1 et n°3, aux extrémités, ne bougent pas, le moteur n°2 est retourné. Il devient ainsi propulsif tandis que les deux autres restent tractifs. De cette manière l’hélice n’est nullement gênée par la tourelle.
Le prototype Loire 301 vole à la toute fin de l’année 1932 et est confié à l’Aéronautique Militaire en janvier 1933.
Son accueil est… mitigé. Rapidement les mécanos le surnomment «la lessiveuse volante» en raison de la forme de sa tourelle. Un premier vol d’essais est réalisé par les pilotes militaires fin janvier. Ils doivent s’y reprendre à quatre fois avant de réussir à faire décoller ce Loire 301 qui a une fâcheuse tendance à piquer vers l’avant. En vol ses qualités sont inexistantes. L’avion ne vire quasiment pas sur l’aile et le pilote est sans cesse obligé de redresser le manche. Une fois revenu au sol il déclare que pour rien au monde il ne remontera à bord de cet avion. Un deuxième vol d’essais est planifié pour une semaine plus tard avec un nouveau pilote ainsi qu’un passager, un des généraux français dirigeant l’Aéronautique Militaire. Il prend place dans la tourelle. Là encore le Loire 301 peine à décoller. En vol les conditions sont telles que le général, ancien pilote de bombardier de la Grande Guerre, est malade. Il vomit ; ce qui ne lui était alors jamais arrivé à bord d’un avion. Une fois revenu sur le plancher des vaches il déclare que jamais sous son commandement le Loire 301 ne servira. Le contrat de développement est annulé le jour même.
Honteux d’avoir fait voler une telle machine les militaires français rendent le Loire 301 à son constructeur en le faisant… rouler à bord de camions. Pour une première réalisation militaire l’avionneur Loire n’a pas franchement réussi son coup.
Aujourd’hui encore le Loire 301 figure parmi les avions les plus incompréhensibles de son temps, au même niveau sans doute qu’un Blériot 125 ou qu’un Dyle et Bacalan DB-70. Il reste également un des plus étranges push-pull à avoir volé.
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