Le 21ème siècle a inventé un nouveau mot effrayant, de celui qui refile des cauchemars à n’importe qui : le mégafeu. Il s’agit d’incendies d’espaces naturels capables de couvrir des dizaines voire même des centaines de milliers d’hectares et de tout détruire sur leurs passages. Face à ces géants nés des sécheresses consécutives au réchauffement climatique l’une des idées, venues des États-Unis, a été de concevoir les VLAT. Ces Very Large Air Tankers sont des titans des airs, des avions bombardiers d’eau hors norme dont le plus célèbre est sans doute le Boeing 747 Supertanker.
L’idée d’adapter un avion de ligne à la lutte contre les feux de forêts ou de broussaille n’a rien de nouveau. Des quadrimoteurs Douglas DC-6 ont ainsi été employés jusque dans les années 1990 aussi bien aux États-Unis qu’en France. Le Lockheed L-188 Electra a lui aussi rendu ce genre de service jusque dans les années 2000.
Des avions de ligne biréacteurs monocouloirs Boeing 737 et McDonnell-Douglas MD-82 réalisent aussi de telles attaques du feu à l’aide d’eau ou de retardant. Pour autant le 747 Supertanker demeure un avion à part.
D’abord c’est un géant des airs. Ou plutôt ce sont trois géants des airs. Car ces avions ont été produits en toute petite série à partir de Boeing 747 de seconde main.
Le premier d’entre eux est le 747-200 ayant été livré en juin 1974 à feue la compagnie aérienne américaine World Airways disparue en 2014. L’avion portait alors l’immatriculation civile N749WA puis est passé de mains en mains jusqu’à son rachat en décembre 1989 par la compagnie aérienne Evergreen International Airlines. L’avion a alors reçu l’immatriculation N470EV. Ce n’est pourtant qu’en 2002 que la compagnie aérienne a choisi de le faire transformer en avion bombardier d’eau.
S’inspirant de ce qui avait été fait précédemment les ingénieurs en charge de sa conception et de sa transformation installèrent des buses dans le fuselage afin de permettre à l’avion de larguer ses 74 000 litres d’eau et/ou de retardant. Une série de cuves, inspirées de celles du MAFFS embarqué par les Lockheed C-130H Hercules de l’US Air Force, furent installés en cabine ainsi qu’un système de caméras de télévision permettant de surveiller les bombardements depuis le poste de pilotage. L’avion réalisa son premier vol le 19 février 2004 et fut officiellement certifié par la Federal Aviation Administration en octobre 2006.
C’est alors que la désignation 747 Supertanker apparut !
Engagé dès le printemps 2007 sur des feux aux États-Unis ce premier Boeing 747 Supertanker était appelé à être rapidement rejoint. Un autre avion de la flotte d‘Evergreen International Airlines fut prélevé sur ses stocks, cette fois un 747-100. Entré en service en novembre 1970 chez Delta Airlines il volait alors sous l’immatriculation civile américaine N9898 et connut lui aussi une carrière riche et variée. Racheté en 1991 à la Pan Am après sa faillite il reçut l’immatriculation N479EV et servit principalement comme avion charter.
Les mêmes modifications que celles du 747-200 en firent un 747 Supertanker en 2009.
Jusqu’à l’automne 2011 et la fin de leur exploitation par Evergreen International Airlines les deux Boeing 747 Supertanker furent principalement employés aux États-Unis même s’ils se virent également déployés en Espagne ou encore en Israël. Des pourparlers furent engagés avec la France et l’Italie mais sans succès, ces deux pays trouvant l’avion trop gros et surtout son prix de location dispendieux. La compagnie américaine demandait alors 360 000 euros de l’heure de vol, hors chargement d’eau et/ou de retardant.
C’est ce coût d’emploi des deux avions qui fit qu’après l’automne 2011 plus aucun contrat ne vint. Deux ans plus tard Evergreen International Airlines déposait le bilan.
On pensait alors le 747 Supertanker mort et enterré, d’autant que les deux avions avaient été promis à la destruction par une décision de justice. Le premier le fut en 2014 le second eut un répit de trois ans. En effet le système de bombardement de l’avion fut étudié par les équipes de l’entreprise américaine Global SuperTanker Services et reporté sur un ancien Boeing 747-400BCF racheté, ironie de l’Histoire, à Evergreen International Airlines.
Réimmatriculé N744ST l’avion possédait une livrée à dominante rouge et blanche particulièrement adaptée à sa mission anti-incendie.
Ayant réalisé son premier vol en décembre 2015 il a été certifié en mars suivant et a commencé les attaques du feu à l’été 2016 en Californie et dans le Montana. Lui aussi a été engagé à l’étranger, Global SuperTanker Services étant un contractor. Son Boeing 747 Supertanker ne décollait et n’attaquait les flammes qu’une fois les contrats dûment signés.
Pourtant en 2019 il vole très peu et plus du tout l’année suivante. Le confinement planétaire résultant de la pandémie du Covid-19 aura eu raison du quadriréacteur. En avril suivant l’entreprise est en banqueroute et revend son bombardier d’eau géant à la compagnie National Airlines qui l’exploite sous l’immatriculation N936CA comme avion de transport de fret. À l’été 2026 il était toujours opérationnel comme tel.
Avec sa charge d’attaque de 74 000 litres on pourrait penser que le Boeing 747 Supertanker allait connaître une carrière longue. L’avion a toujours été trop onéreux à l’emploi pour permettre d’envisager une exploitation pérenne. En 2022 un rapport officiel de l’US Forest Service reconnaissait que le taux de réussite des attaques du feu par ces trois énormes quadriréacteurs n’a jamais dépassé les 30% et flirtaient en général plutôt aux alentours de 13 à 17%. Par comparaison le Boeing 737 Fireliner se trouve lui au-delà des 75%.
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